Gatignol Lucas

Les pratiques diasporiques au sein des communautés chagossiennes déportées de l’Océan Indien

Sous la direction de A.-C. Trémon, Université de Lausanne.

Résumé

Situé au centre de l’Océan Indien, l’archipel Chagos a, comme de nombreux ensembles insulaires de la région, connu ses premières populations sédentaires vers la fin du 18ème siècle sous l’impulsion de colons français ayant acheminé des populations esclavagisées d’origine africaine ou malgache pour établir une économie de plantation. La particularité de cet archipel tient néanmoins à la réactualisation récente de cette expérience de déracinement. Dans les années 1970, l’armée britannique va secrètement vider l’archipel de ses quelques 2'000 habitants pour préparer l’installation d’une base militaire américaine. Les habitants de l’archipel se retrouvent alors dispersés entre l’île Maurice et les Seychelles et n’ont à ce jour toujours pas l’autorisation de retourner sur leur terre natale.  

Malgré le caractère exemplaire de la dispersion traumatique, parler de diaspora chagossienne dans un tel contexte nécessite une certaine prudence. L’enjeu majeur de cette thèse sera justement de venir interroger les modalités de passage d’une dispersion traumatique à une forme d’organisation diasporique. En plaçant l’analyse au niveau des acteurs et de leurs représentations, il s’agira de laisser ouverte la possibilité d’un échec ou d’une fin de la diaspora, pour venir interroger le processus de diasporisation dans toute sa complexité, sa fragilité et sa singularité. Pour saisir à travers quelles pratiques ou représentations, le lien à l’archipel s’exprime et se transmet au-delà des simples catégories ethniques, l’enquête explorera divers questionnements relevant de l’anthropologie de la mémoire, de l’anthropologie économique ou encore de l’anthropologie politique.

Ce travail se distingue par sa volonté d’inclure des franges de la population chagossienne jusqu’ici négligées, à savoir les Chagossiens résidant aux Seychelles et les membres de la communauté peu impliquées dans les activités politiques. Autre particularité, cette thèse a pour ambition de replacer la situation contemporaine dans une perspective historique, avec notamment l’ambition d’explorer les connexions entre l’expérience de la déportation et celle de la traite esclavagiste. Pour appréhender au mieux l’éclatement spatio-temporel de cet objet de recherche, des outils relevant de l’ethnographie globale seront mobilisés, notamment l’analyse d’archives et l’ethnographie multi-située.

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