OME

Formations données par l'OME

Les cours donnés par l'OME s’inscrivent dans le cadre des formations “Mauvais traitements envers les enfants et les adolescents” qui alternent chaque année des cours de base (sur 5 jours) et des thèmes spécifiques (sur 2 jours). 

La maltraitance et les abus sexuels n’affectent pas seulement les victimes et l’entourage, mais également les professionnels qui y sont confrontés. En présence de ces situations, ces derniers peuvent être tentés d’adopter des conduites d’évitement, de banalisation, de déni, ou au contraire, d’agir dans l’excès ou la précipitation.

En aidant les professionnels à mieux comprendre le phénomène de la maltraitance ainsi que les réponses sociales développées à son égard, cette formation suggère des pistes susceptibles d’offrir une protection face à l’expression traumatisante de la violence ; notamment, par le recours à des pratiques interprofessionnelles basées sur la collaboration et la responsabilisation des intervenants.

Édition 2021, formation en ligne sur un thème spécifique

Prise en charge des mauvais traitements à l'ère de la pandémie. Protéger les enfants et adolescent.e.s et prendre soin des professionnel.le.s

Public concerné :

Professionnel·le·s susceptibles d’être confronté·e·s à des situations de maltraitances envers les enfants et les adolescent·e·s, notamment dans les domaines de la santé, du social, de l’éducation ou de l’enseignement. Cette formation s’inscrit dans le cadre des formations “Mauvais traitements envers les enfants et les adolescents” qui alternent cours de base et thèmes spécifiques. Cette édition vise à approfondir la prise en charge des mauvais traitements à l’ère de la pandémie. Elle s’adresse aussi bien aux personnes ayant suivi le cours de base qu’à celles qui ne l’ont pas suivi.

Dates et horaire :

Mardi 30 novembre et vendredi 3 décembre 2021, de 9h00 à 17h00.

Plus d'informations 

Édition 2009, cours de base

Le cours de base «Mauvais traitements envers les enfants et les adolescents» est organisé chaque année depuis bientôt 15 ans. L’édition 2009, qui visait à approfondir la thématique de l’incertitude, s’adressait aussi bien aux personnes ayant suivi le cours de base qu’à celles qui ne l’avaient pas suivi. En effet, le comité scientifique de ce cours a décidé d'alterner d'une année à l'autre la formation dite "de base" (6 jours), avec une formation plus courte (2 jours) centrée sur un thème plus spécifique lié aux mauvais traitements envers les enfants.

Le cours des 5 et 6 octobre 2009 a réuni presque 60 participants, issus de domaines professionnels divers et de toute la romandie, sur le thème de l'incertitude en tant qu'élément inhérent à la problématique des situations de maltraitance envers les enfants ou adolescents. Les intervenants et les participants se sont donc centrés sur cette notion tant au niveau théorique qu'au niveau de la place qu'elle prend dans leur pratique professionnelle.

- Les enjeux de cette formation ont été formulés de la manière suivante:

La maltraitance et les abus d’enfants et d’adolescents confrontent les professionnels à la souffrance et à l’horreur. Face à l’inacceptable, ces derniers risquent de développer des réflexes d’évitement et de déni ou, au contraire, de déployer un excès d’agir pouvant porter préjudice aux victimes et à leur entourage.
Dans les situations de maltraitance, l’incertitude constitue un élément majeur du quotidien du professionnel. Quel intervenant ne s’est jamais interrogé sur la nécessité ou l’urgence d’une action préventive ? Qui ne s’est jamais senti tiraillé entre une décision qu’on attendait de lui et celle qu’il estimait pertinente pour la sauvegarde de l’intérêt des victimes et de leur entourage ? Qui n’a jamais été confronté à son impuissance et à ses limites ? Qui n’a jamais craint d’abuser de son pouvoir ? Qui ne s’est jamais interrogé sur le danger de détournement des listes de facteurs de risque à des fins déterministes ou de contrôle social ? Qui n’a jamais craint que sa perception et ses préjugés ne lui masquent les réalités, à chaque fois singulières, des situations rencontrées?

Dans le champ de la prévention - a fortiori lorsqu’elle est primaire – le professionnel se trouve, par définition, confronté à l’incertitude. En outre, la polysémie des termes et des notions engendre des confusions. Qu’entendre par « l’intérêt de l’enfant », la notion de « risque » et à partir de quand peut-on parler d’enfants « en danger » ?
On ne peut répondre à ces questions en appliquant à la lettre certaines directives comme du « prêt-à-penser ». Reconnaître la maltraitance comme source d’incertitude et de souffrance professionnelle, accepter sa fragilité et ses limites, et les admettre, sont les composantes d’une démarche éthique qui constitue un premier accès à un travail sur soi.

- Les objectifs étaient les suivants:

• Analyser les relations entre savoir, pouvoir, doute et impuissance.
• Acquérir des outils de réflexion sur une pratique de prévention respectueuse de la singularité des personnes et des groupes sociaux en situation de maltraitance.
• Sensibiliser au débat sur ce que signifient les termes : facteurs de risques et reproductibilité de la violence, dans une perspective de non-stigmatisation des familles et des individus.
• Contribuer à la réflexion sur une éthique de la collaboration, du partenariat et du travail interdisciplinaire.

- Déroulement du cours:

Plusieurs intervenants ont donné des conférences auxquelles le public était invité à réagir lors de discussions finales:

René Knüsel, Professeur de politiques sociales, Directeur de l'Observatoire de la maltraitance envers les enfants, UNIL
Mme Ariane Ayer, Docteure en droit, Avocate, Fribourg:

- Le développement de la protection de l'enfance et de l'adolescence dans une dimension socio-historique

Il en est ressorti que la notion d'enfant, comme celles des ses droits et des devoirs de protection qu'ont les adultes à son égard ont constamment évolué au niveau socio-historique et que la notion de maltraitance a elle aussi évolué en parallèle. Mme Ayer a montré comment les textes juridiques ont dû tenir compte de cette évolution, tant au niveau du code civil que du code pénal, au niveau du droit de la famille, etc. Ainsi, la Convention internationale des droits de l'enfant, datant de 1989, était inimaginable seulement un siècle auparavant.

Claude Voelin, Professeur honoraire, Institut de psychologie, UNIL
Jean-Jacques Cheseaux, Médecin-adjoint, Département médico-chirurgical de pédiatrie, CHUV, Lausanne et Marie-José Vulliemin, Sage-femme conseillère

- L'épistémologie de la prévention

M. Voelin a considéré sous un angle critique les listes de facteurs de risque de maltraitance qu'on retrouve dans de nombreuses recherches. Ces facteurs de risque doivent être souvent relativisés et l'intervenant ne doit pas oublier qu'ils sont liés à un enfant qui vit dans un contexte familial et environnemental spécifiques. Ainsi, ces listes sont des indicateurs et non des prédictions, la singularité de la situation doit primer sur la prise en compte de ces facteurs. Il a aussi souligné les problèmes méthodologiques des recherches qui ont abouti à ces listes.

M. Cheseaux et Mme Vulliemin, habitués à collaborer, nous ont ensuite présenté le CAN-Team de Lausanne: cette structure pluridisciplinaire prend en charge les enfants maltraités, ou à forts risques de l'être, dans le cadre de l'hôpital et de la maternité. Une attention particulière est aussi donnée au dialogue avec les parents ou futurs parents.
Ils ont ensuite présenté une vignette clinique d'une situation qui contenait beaucoup d'incertitudes et de doutes pour eux, et pour le public aussi visiblement. L'issue de la situation révélée en fin de journée a explicité les propos de M. Voelin: l'incertitude est inhérente à de nombreuses situations de maltraitance de même que les facteurs de risque, mais il s'agit de considérer la totalité de la situation et de ne pas oublier les ressources présentes qui peuvent contrebalancer les fragilités.

Pascale Forni, Psychologue-associée, SPEA, Yverdon:

- La gestion de l'intervention dans sa dimension réflexive et éthique

En nous relatant la prise en charge d'une adolescente maltraitée, Mme Forni nous a transmis les doutes et incertitudes auxquels elle a été confrontée, les difficultés à faire parfois des choix lourds de conséquences et qu'elle a assumés. C'est avec beaucoup d'humilité qu'elle nous a décrit ce cheminement semé de doutes, nourri par sa réflexion et son sens de l'éthique, tout en mettant sa confiance dans les ressources de la jeune fille qu'elle a suivie.

Claude G. Demaurex, Pédopsychiatre, Lausanne:

- Enjeux éthico-cliniques concernant les intervenants dans les situations d'incestes, d'abus sexuels et de maltraitance envers les enfants et les adolescents

C'est à partir d'un conte que M. Demaurex nous a plongés dans la thématique de l'incertitude comme élément faisant partie de la vie, et plus spécifiquement de la pratique du professionnel confronté aux mauvais traitements. Il a insisté sur le fait que pour vivre au mieux avec l'incertitude, le professionnel doit avoir une attitude éthique: réfléchir à la situation de l'enfant dans sa globalité et sa singularité tout en acceptant de ne pas pouvoir tout maîtriser, et se montrer responsable en assumant ses choix. Il a aussi souligné l'importance de respecter les parents auteurs de maltraitance envers leur enfant. En respectant les parents, l'enfant peut avoir une image "suffisamment bonne" de ses parents. Pour cela, M. Demaurex enjoint les intervenants à ne pas réduire les parents à leurs actes maltraitants.

- Ateliers:

Lors des ateliers de la dernière demi-journée, les participants ont eu l'occasion de confronter leurs positions et réflexions issues de leur pratique et en lien avec le thème. Ces professionnels, oeuvrant dans des domaines très divers (enseignants, éducateurs spécialisés, éducateurs de la petite enfance, assistants sociaux du SPJ, intervenants à la LAVI, pédiatres, infirmières scolaires, pschologues, etc.) ont ainsi pu s'enrichir mutuellement des regards de professionnels avec lesquels ils collaborent et qui sont aussi confrontés au doute et à l'incertitude.

Pour conclure, nous relevons la phrase d'un participant qui nous a dit être arrivé au début du cours en vivant dans l'incertitude et en repartir en vivant avec l'incertitude.

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