Journée de la recherche sur le genre

2018

La Plateforme interfacultaire en Etudes Genre - PlaGe organise le 15 mars 2018 sa journée annuelle d'étude consacrée aux recherches menées à l'Unil qui adoptent une perspective de genre.

Organisation:

  • Alice Aterianus-Owanga, FTSR
  • Martina Avanza, SSP
  • Manéli Farahmand, FTSR
  • Damien Michelet, PlaGe
  • Sébastien Zürcher, SSP et Lettres

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Résumés des contributions

The women doctors and the "weak sex". The first female physicians and the evolution of women's health representations (1870 – 1940)

Izel Demirbas, doctorante, Institut des Humanités en Médecine - IHM (FBM/CHUV)

PhD Supervisor: Aude Fauvel (IHM-CHUV)

The history of women's health is traditionally studied from the point of view of dominant male discourses: it is readily stated that medicine has had a negative impact on the health and sexual freedom of women. Nevertheless, as a pioneering country in the training of women in medicine, at the turn of the twentieth century, Switzerland enabled the emergence and material dissemination of medical knowledge created by female doctors and intended for a female clientele. Health manuals including a range of advice ranging from aesthetics to gynecology and maternity, as well as nutrition, are published and become bestsellers. The life of these women doctors is difficult to trace, by their transnational trajectories among others: they nevertheless configure a network of female doctors to which I wish, through my thesis, to give a materiality. My work is partly based on the study of the edition of women's health manuals and their evolution over time (for example the many editions of Anna Fischer-Dückelmann's Die Frau als Hausärztin, 1901), as well as ideologies in the discourse of their authors. Following a prosopographic method, I will begin with a search of biographical elements in archives to contextualize the edited works and their content. I will also be interested in the archives of women doctors who have worked in hospitals (Marie Heim-Vögtlin (1845-1916), Anna Heer (1863-1918), among others). The psychiatric archives of the private clinic of the Rives de Prangins, directed by Dr. Oscar Forel (1891-1982), will also be a first launching pad in my biographical research. Did Forel, as a doctor with progressive ideas, have a female medical staff? My work will aim to fill the gap in the history of women's health and the history of publishing related to the production and dissemination of material knowledge by and for women.

 

Etre un homme handicapé… jouer au Powerchair Hockey

Laurent Paccaud, assistant diplômé, Institut des sciences du sport de l’UNIL (SSP)

De nombreux·ses auteur·e·s ont montré que le "monde social" (Becker, 1963) du sport est un espace social où les individu·e·s qui y sont engagé·e·s apprennent des comportements normatifs genrés (voir par exemple Connell, 1990 ou Messner, 2007). Au contraire, le "monde du handicap" semble être un espace social où les personnes ayant des in/capacités importantes sont souvent assignées aux catégories de "l’asexuation" et de "l’asexualité" (Ciccone, 2010 ; Aplemo, 2016).

A partir de ces constats, nous pouvons nous demander ce qu’il en est dans le cadre du "monde du sport-handicap": un espace social qui se situe à l’interface des deux mondes sociaux précédemment mentionnés. Ainsi, notre recherche s’intéresse aux parcours de vie des personnes ayant des in/capacités motrices afin de comprendre les dynamiques identitaires liées au genre et aux in/capacités au cours de l’engagement dans une carrière de pratiquant·e de unihockey en fauteuil électrique (Powerchair Hockey).

Cette communication présentera l’étude de cas de David, un joueur de 32 ans ayant une infirmité motrice cérébrale et qui a commencé à jouer au Powerchair Hockey à l’âge de 26 ans. Pour ce faire, nous avons procédé à des observations participantes lors de plusieurs entrainements et compétitions ainsi que réalisé une immersion d’une durée d’une semaine dans sa vie au cours de laquelle deux entretiens "récit de vie" (Bertaux) ont été conduits.

A partir d’une perspective parcours de vie, et s’inspirant d’un cadre théorique interactionniste, nous présenterons les "moments critiques" (Strauss, 1959) de la vie de David et expliciterons les mécanismes sociaux à l’œuvre dans les processus de stabilisations/transformations identitaires. Ainsi, nous montrerons que, au cours de sa carrière de pratiquant de Powerchair Hockey, David expérimente de nouvelles configurations interactionnelles, ce qui peut l’amener à se repositionner par rapport aux normes de genre et normes capacitaires.

 

On writing differently about rape

Muriel Bruttin, étudiante MA, sciences sociales (SSP)

Rape, and its traumatic consequences, is a classic topic of feminist research and politics. Rape became a legitimate topic in IR  when analyzed within the context of war. Discussions on the continuum of violence experienced by women allowed feminist IR scholars to look at rape beyond the confines of "war". I draw on the literatures on trauma and memory studies, which are helpful in thinking about the consequences of rape on its victims, and on the feminist literatures on rape, which are helpful in thinking through trauma and the implications of violence more generally. Except for Brison’s "Aftermath" (2002), most of this literature looks at the trauma of "others" who are not the researcher herself. I want to explore how auto-ethnography (Naumes 2015) and narrative IR (Inayatullah 2010) might allow us to write differently about trauma and rape. I would like to argue that it is "easier" to grasp the incredible "irrationality" of trauma and its consequences when one has lived through a traumatic experience, or when one can at least read about the visceral, emotional and physical consequences of such trauma from the perspective of someone who has experienced it. Part 1 of this paper demonstrates why it is important to allow space in (feminist) IR to write more auto-ethnographically, and why such writing might be helpful in opening up different forms of "knowing" about gendered violence and trauma. Part 2 is an attempt at writing about rape in this more auto-ethnographic and narrative style.
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Brison, Susan J. Aftermath: Violence and the Remaking of a Self. Princeton University Press, 2002.
Inayatullah, Naeem, ed. Autobiographical international relations: I, IR. Routledge, 2010.
Naumes, Sarah. "Is all ‘I’IR?." Millennium 43.3 (2015): 820-832.

 

L’habit fait l’expert. Esthétique vestimentaire, production de la confiance et genre dans une profession consultante

Isabel Boni-Le Goff, Chercheuse FNS Seniore, ISS, Centre en Etudes Genre (SSP)

Considéré comme "intellectuel", le conseil en management est rarement envisagé sous l’angle des médiations corporelles, ni du travail d’incarnation qu’il implique. Pourtant, les situations de travail, en particulier lors des missions chez les clients, sollicitent un important engagement subjectif et mobilisent le corps des professionnel·le·s de façon spécifique. Dès l’entrée dans le métier, les consultant·e·s débutant·e·s apprennent à tenir compte d’attentes historiquement et socialement construites, à produire une "façade personnelle" convaincante et à incarner l’expertise. La production contrôlée de cette figure d’expert·e engage des "techniques du corps", mettant en jeu de façon centrale le vêtement.

Issue d’une recherche doctorale sur les régimes de genre dans l’espace du conseil en management, la communication mobilise plusieurs matériaux empiriques: un corpus iconographique issu d’un travail d’archives, des ressources visuelles mises en ligne sur les sites internet de 5 cabinets de conseil en management. Elle s’appuie également sur les ethnographies réalisées dans 6 entreprises de conseil entre 2007 et 2013 et sur 76 entretiens biographiques.

La communication propose d’opérer d’abord un rapide retour historique sur les conditions d’émergence du groupe professionnel au tournant des années 1930 et sur l’esthétique professionnelle masculine qui s’y développe, en soulignant la persistance d’une esthétique genrée dans les normes vestimentaires contemporaines, en dépit de l’entrée importante de femmes dans cet ancien bastion masculin.

Puis l’analyse se concentre sur les expériences vestimentaires complexes des femmes consultantes: la vigilance permanente portée par celles-ci au risque de "fausse note" montre combien la présence des femmes dans une profession élitaire demeure perçue comme une perturbation de l’ordre de genre. La communication souligne que dans ce contexte les femmes doivent bricoler le répertoire vestimentaire spécifique d’une "féminité d’affaires" qui fait l’objet d’un contrôle social très étroit.

En s’intéressant aux transactions vestimentaires problématiques, cette contribution offre un éclairage heuristique sur les fonctions sociales et symboliques du vêtement professionnel, sur la violence symbolique, les rapports de pouvoir et les frontières de genre qu’il contribue à (re)produire.

 

Protection internationale des LGBTI en prison

Elise Rudnicki, doctorante, Centre de droit international public (FDCA)

Directeur de thèse: Andreas R. Ziegler

Si la prison exacerbe la vulnérabilité des minorités, elle a un effet encore plus marqué pour les personnes LGBTI. C’est pourquoi, il est important de trouver et proposer une ou des solutions pour protéger au mieux les LGBTI. De plus, il s’agit d’un sujet nouveau qui a récemment émergé sur la scène internationale.

Le principe de non-discrimination pour l’orientation sexuelle, reconnu comme étant un principe fondamental du droit international des droits de l’Homme mais également du droit européen semble connaître des lacunes notamment en ce qui concerne la protection des LGBTI en prison.

Ces derniers sont victimes d’une double peine: être emprisonné, mais également être soumis à la moquerie, la violence et aux risques de viols quotidiens de la prison en raison de leur orientation sexuelle.

 

Dynamiques de féminisation de la profession médicale en Suisse 1867-2017

Lucie Begert, doctorante, Institut des Humanités en Médecine - IHM (FBM/CHUV)

Doctorat en cours sous la direction des Dres Aude Fauvel et Carole Clair

Si la Suisse fut l’un des derniers pays en Europe à donner le droit de vote, elle fut aussi la première à former des femmes médecins. Cette féminisation de la profession médicale a, en Suisse, commencé par une féminisation importante des études. Il est intéressant de noter les différences acceptations tant dans le monde académique que dans le public de cette possibilité, nouvelle, d’accès à un métier assez prestigieux. L’exemple suisse montre par exemple que si la féminisation des études fut assez rapidement acquise (première diplômée en 1867), celle d’une féminisation du reste de la profession fut reçue très différemment et n’a pas eu la même dynamique. Ce travail en cours (thèse) entend retracer, tant quantitativement que qualitativement, l’étude des différentes dynamiques socio-historiques tant dans la sphère académique (étudiants) vs professionnelle (médecins en exercice) et les défis mis sur la route des pionnières et des suivantes.

 

Genre et naturisme

Julien Croisier, étudiant BA, psychologie, UNIL (SSP) / University of Aberdeen

Travail de Bachelor sous la direction de Thierry Delessert

Le naturisme est un sujet actuel, de plus en plus abordé dans les différents canaux d’information traditionnels du fait du nombre croissant de ses adeptes. Mais au regard de la présentation en étant souvent faite, il sera question de le définir plus précisément, qu’il s’agisse de ses aspects historiques et actuels mais aussi en apportant une définition générale de ce qu’est le naturisme. En bref une réponse à la question: Qu’est-ce que le naturisme? Dans un second temps, l’attention se tournera sur la question du genre et des rapports de genre dans le naturisme en se demandant ce qu’implique et change de vivre nu sur ceux-ci. Plus précisément, des aspects familiaux, sociétaux, communautaires et de rapports de genre seront abordés en présentant notamment des témoignages de naturistes et des recherches de différents auteurs. Par exemple, le travail effectué jusqu’ici a permis de mettre en lumière la proéminence dans le naturisme de rapports sociaux asexués, d’un aplatissement des différences de genre, mais aussi des bienfaits de celui-ci sur les rapports individuels au corps. Pour résumer, cette présentation parlera de naturisme en l’expliquant et le définissant, mais aussi en se posant la question de ce que celui-ci (et donc le fait de vivre nu en communauté) change sur les rapports de genre et les questions de genre.

 

Une enquête dans ou sur les archives? Récits féministes sur une pratique mémorielle

Lucile Quéré, assistante diplômée, ISS, Centre en Etudes Genre (SSP)

Les archives du MLF-Genève, inaugurées en 2009, regroupent des documents divers légués par d’anciennes militantes du mouvement de libération des femmes genevois. Les locaux des archives se confondent avec ceux de l’association Espace Femmes International, et ceux des Editions Mamamelis, qui "ont vu le jour avec et pour des livres sur la santé des femmes largement issus du mouvement des femmes"1. L’espace de ces archives forme un lieu à la fois dédié à l’histoire large du mouvement féministe à Genève et à la construction d’un récit du passé par une partie des actrices de ce passé.

En revenant sur une expérience de recherche sur les pratiques historiques de self-help féministe à Genève au sein des archives du MLF-Genève, cette communication interrogera les enjeux de mémoire des luttes féministes des années 1970 et 1980 tels qu’ils se posent à une jeune chercheuse. Les archives du MLF-Genève forment en effet un espace où se croisent et se rencontrent tant les traces et les récits des pratiques de self-help féministe des années 1970 et 1980 que des actrices des pratiques actuelles de réappropriation du corps. Les différentes tentatives de contrôle du travail de recherche et les rétentions d’informations nécessaires sur le plan historique et pour la compréhension des pratiques contemporaines de self-help éclairent les enjeux actuels de transmission et de construction d’un récit mémoriel féministe sur les pratiques de réappropriation du corps et de la santé. Cette communication tentera donc de questionner comment les liens entre enjeux mémoriels et processus de contrôle de la recherche s’imbriquent dans les archives féministes.
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1Site des Editions Mamamelis, http://www.mamamelis.com

Réécrire les genres: femmes et féminités dans les œuvres fantasy de Justine Niogret

Céline Stadler, étudiante MA, sections de français et d’anglais (Lettres)

Mémoire MA en français moderne sous la direction de Barbara Wahlen

Une tendance des auteurs contemporains consiste à reprendre des thèmes, motifs ou personnages issus de traditions antérieures. C’est notamment le cas avec la fantasy, où les représentations du genre sont particulièrement canalisées par les conventions génériques. Des figures typées telles que l’elfe guérisseuse ou la guerrière sanguinaire permettent de repenser la constitution des personnages en fonction de leur genre. Entrant en dialogue avec les conventions littéraires du roman médiéval et de la fantasy contemporaine, Justine Niogret dépeint des personnages qui se conforment peu aux catégories. Parmi ceux-ci, de nombreuses figures féminines évoquent des types littéraires et contribuent à en redéfinir les limites. Minant les codes génériques de l’intérieur, elles se distinguent par leur potentiel subversif.

Parmi les thématiques rattachées à une émancipation de la femme dans la fantasy, la spatialité occupe une place clé pour les représentations du genre. Traditionnellement associées à l’intérieur du foyer dans les cultures occidentales, immobiles et passives, les femmes tendent de plus en plus à quitter le cadre de la sphère privée pour intervenir dans l’aventure en tant que protagonistes. Une étude dédiée à des personnages féminins de la fantasy contemporaine permet d’observer une opposition binaire entre immobilité et action, entre guerre et foyer. Alors que la majorité des auteurs inversent les schémas préétablis, dotant la femme d’une puissance guerrière pour mieux la sortir de son foyer, Justine Niogret suggère une stratégie alternative, réconciliant des représentations à première vue opposées. Ainsi, la puissance guerrière et mise au service d’une reconquête du foyer.

 

Socialisations en contexte militaire: les femmes dans l’Armée suisse

Stéphanie Monay, assistante diplômée, IEPHI-CRAPUL (SSP)

L’Armée suisse repose sur un système imposant un service obligatoire pour les hommes âgés de 18 ans et de nationalité suisse. Les femmes y entrent, elles, sur une base volontaire et sont largement minoritaires: elles forment, à ce jour, le 0,6% des effectifs. L’univers militaire fut souvent considéré comme une véritable instance visant "à transformer les individus" (Foucault, 1975), prenant notamment les traits d’une "socialisation à la masculinité" (Darmon, 2012). Ainsi, dans son enquête sur de jeunes militaires du contingent français, Anne-Marie Devreux dégageait tout un processus de socialisation des hommes à la domination masculine, ceux-ci "apprenant" leur rôle de dominants dans le système de genre, comprenant la socialisation comme une "formation à tenir telle ou telle place dans le corps social, dans les hiérarchies sociales qui structurent les relations entre les individus et entre les groupes" (Devreux, 1997). Dès lors, quelle(s) place(s) dans le système de genre l’Armée suisse inculque-t-elle aux femmes de tenir? En effet, l’institution militaire suisse véhicule tout un discours et des mesures insistant sur la hiérarchisation et la différenciation entre les sexes, basés sur un modèle du militaire "où c’est le corps masculin qui sert de référence universelle, absolue, de mètre-étalon à partir duquel les autres attitudes de genre vont être évaluées" (Teboul, 2010). Dans le cadre d’un engagement atypique (en termes de genre et de volontariat) et d’une sphère où le corps a une place prépondérante, nous verrons comment les femmes militaires suisses incorporent ces représentations et comment se met en place toute une socialisation à la domination masculine en tant que dominées, tout en saisissant les marges de manœuvre des individus et les "limites [quant à] l’emprise institutionnelle" (Darmon, 2013). L’enjeu de cette thèse est de montrer comment l’institution militaire suisse participe à une socialisation de maintien des pouvoirs et des hiérarchies de genre.
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M. Darmon, La socialisation, Paris: Armand Colin, 2012 [2e édition]
M. Darmon, Classes préparatoires. La fabrique d’une jeunesse dominante, Paris: La Découverte, 2013.
A.-M. Devreux, "Des appelés, des armes et des femmes: l’apprentissage de la domination masculine à l’armée", Nouvelles questions féministes, vol. 18, n°3-4, 1997, pp. 49-78.
M. Foucault, Surveiller et punir, Paris: Gallimard, 1975.
J. Teboul, "Masculiniser le corps féminin? Institution militaire et socialisation sexuée", in Laurence Guyard, Aurélia Mardon (dir.), Le corps à l’épreuve du genre: entre normes et pratiques, Nancy: Presses universitaire de Nancy, 2010, pp. 143- 153.

 

Les relations des couples hellénistiques "ordinaires": un nouveau champ de recherche?

Charlotte Golay, Doctorante FNS, Institut d’Archéologie et des Sciences de l’Antiquité (Lettres)

Thèse de doctorat: Les couples ordinaires à l’époque hellénistique (titre provisoire), dir. Prof. Anne Bielman Sánchez, Université de Lausanne.

L’objectif de cette communication est de présenter les enjeux de ma thèse de doctorat en cours; celle-ci fait partie d’un projet du Fonds national suisse de la recherche scientifique (FNS) intitulé "Regards croisés sur les relations de couple dans l’Antiquité", dirigé par la Prof. Anne Bielman Sánchez et la Dr Claude-Emmanuelle Centlivres Challet. Le but de ce projet est d’examiner différents aspects de la dynamique de couples conjugaux des mondes grec et romain, ainsi que de comparer deux catégories de couples: les "power couples" et les "couples ordinaires"; c’est à cette seconde que ma thèse est consacrée. J’étudie ainsi différentes questions relatives aux couples de la période hellénistique (350 av. J.-C. - 50 ap. J.-C.), issus des classes basses et moyennes, mais également des élites civiques. Dans cette perspective, je travaille avec différents types de sources: littérature, inscriptions et papyri, notamment.

Mon intention est de mettre en avant le caractère novateur ma recherche – et de notre projet FNS dans sa globalité –, puisque la question du couple antique n’a jamais été véritablement abordée en tant que telle. Il s’agira également de montrer les multiples aspects et domaines d’études qui doivent être pris en compte dans le cadre de cette analyse. Enfin, j’espère pouvoir présenter une ou plusieurs sources antiques tirées de mon corpus, afin d’exposer le genre de documentation avec laquelle je travaille, ainsi que ses enjeux.

 

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2017

La Plateforme interfacultaire en Etudes Genre - PlaGe organise le 7 mars 2017 sa journée annuelle d'étude consacrée aux recherches menées à l'Unil qui adoptent une perspective de genre.

Organisation:

  • Isabel Boni-Le Goff (SSP)
  • Sabine Kradolfer (SSP)
  • Damien Michelet (PlaGe)
  • Laura Morend (FBM)
  • Isabelle Zinn (SSP)

Accéder au programme dans l'événement mémento

Résumés des contributions

Les enjeux sociaux et juridiques de la gestation pour autrui à caractère international

Véronique Boillet, Professeure assistante, Centre de droit public (FDCA)
Estelle de Luze, Professeure assistante, Centre de droit privé (FDCA)
Marta Roca i Escoda, MER, Centre en Etudes Genre (SSP)

Aux mois de mai et de septembre 2015, le Tribunal fédéral a rendu deux arrêts en matière de gestation pour autrui à caractère international (GPAI). Ces deux décisions ont permis de mettre en lumière une pratique de procréation médicalement assistée (PMA) interdite en Suisse, mais à laquelle de nombreux couples recourent néanmoins en se rendant à l’étranger. Les arrêts et leur médiatisation ont également eu pour effet de révéler les conséquences juridiques d’un refus de reconnaissance des actes de l’état civil établis à l’étranger et les jugements y relatifs à la suite d’une GPAI. Ces conséquences sont importantes pour les familles concernées, tant du point de vue de leurs droits fondamentaux que de l’aménagement très concret de leurs liens de filiation et des effets qui en découlent au quotidien.

Aucune convention internationale n’existe à ce jour en matière de GPAI. Les adaptations légales n’ont par ailleurs pas été uniformisées à l’échelle mondiale et varient énormément d’un Etat à l’autre. En conséquence, "à l’heure actuelle, aucun consensus international n’a pour l’instant été atteint quant à la manière d’établir et de contester la filiation juridique dans ces nouvelles circonstances". Fort de ce constat, la Conférence de La Haye de droit international privé a entamé des travaux en vue de rédiger une convention internationale en matière de GPAI.

Pour cette communication nous analyserons les arguments juridiques des tribunaux suisses et espagnols afin de saisir sur quelles prémisses le juge se base pour attribuer la filiation et quelles en sont les conséquences pour les enfants nés de la GPAI.

L’histoire du mouvement sportif homosexuel en Suisse romande: L’exemple du Club Aquarius Lausanne: un club de natation gay, lesbien et friendly

Saif Eddine Amaid, doctorant, CRAPUL (SSP)

Le présent travail de mon mémoire de master, propose de documenter à travers une étude de cas - celui d’Aquarius, qui figure parmi les clubs précurseurs du sport gay et lesbien sur le territoire suisse – certaines particularités du mouvement sportif gay lausannois. Il s'agit alors de mettre en exergue les éléments, les détails et  les documents pouvant dessiner les prémisses de cette nouvelle culture sportive, en les confrontant à l’évolution du club dans le temps, et les évolutions qu’il a connues, ainsi qu’aux discours de ces membres. Le principal objectif de notre travail a été d’analyser l’évolution des motifs d’engagement et des buts du club en observant les potentielles divergences manifestées par les membres de 1995 à nos jours. Dans le cadre de ce travail, nous avons avancé l'hypothèse suivante: la motivation sociale reste prédominante mais est sujette à discussion, à différents moments de l’histoire du club. Dans les trois chapitres de cette recherche – consacré chacun à une période chronologique précise - nous avons constaté que les documents d’archives et les propos des individus interviewés mettent en évidence le fait que le club a été fondé comme un espace social par excellence, dont l’objectif est de rassembler des homosexuel·le·s autour d’activités sportives et socioculturelles. Dans cette recherche, nous avons montré que l’évolution du club, fondée en 1995, a passé d’un environnement plaçant l’aspect social au centre de ses valeurs, à une période de changements, qui a vu le déménagement géographique du club, associé à des velléités de "sportivisation" de certains membres. Par la suite, et pour mettre fin aux tensions engendrées par cette tentative de changements, un retour aux valeurs de départ est venu pacifié le club. Cette évolution tend à renforcer notre idée de départ, selon laquelle la principale fonction attendue par les membres est la fonction sociale, qui valorise l’échange entre les membres plutôt que les performances sportives.  Autrement dit, la rencontre et l’échange social ou sein d’un espace relativement protégé issu de la subculture LGBT reste la raison principale motivation des membres. Pour les membres d’Aquarius, la nécessité d’être et d’interagir au sein d’un groupe homosexuel répond essentiellement à des besoins sociaux c’est-à-dire celui de tisser des relations d’amitiés avec des personnes confrontées aux même problématiques, d'appartenir à un groupe qui partage globalement la même identité, les mêmes idées et valeurs que soi et ce, dans un besoin de trouver une certaine forme d'acceptation dans un monde social où l’hétéronormalité est dominante.

Penser le genre dans Occupe-toi d’Amélie (Claude Autant-Lara, 1949)

Jeanne Rohner, doctorante FNS, Section d’histoire et esthétique du cinéma (Lettres)

La recherche en études filmiques en France s’est tardivement approprié les problématiques en provenance des études féministes et des gender studies. Il en est de même de leurs croisements féconds avec les cultural et les star studies initiés par la recherche anglo-américaine. En 1996, Noël Burch et Geneviève Sellier comblent ce vide en proposant l’étude d’un large corpus de films sous l’angle des "rapports et des identités de sexe", centrée sur la période du cinéma français allant de 1930 à 1956. L’utilisation de ces outils méthodologiques leur a permis de dégager des schémas dominants dans les représentations filmiques des femmes au cinéma, notamment un retour en force du discours misogyne dans les années d’après-guerre.

Vingt ans après la parution de cet ouvrage fondateur, le croisement de documents d’archives de types variés – documents de production et de réception critique – promet d’enrichir la réflexion sur la distinction entre "penser le genre" et "penser les rapports de sexe" dans le champ de la recherche filmique. Cette communication visera ainsi à questionner les enjeux genrés relatifs au personnage principal dans le film Occupe-toi d’Amélie, adaptation de Georges Feydeau devenue l’un des plus grands succès de 1949. Les discours de la presse d’époque vont être mis en perspective avec la performance de l’actrice Danielle Darrieux dans un film qui marque un moment charnière dans sa carrière. Occupe-toi d’Amélie va donc être considéré sous l’angle de la construction du personnage d’Amélie et par l’étude de la dimension genrée de la réception critique qui entoure sa sortie.

Saisir le genre à travers des nouveaux rituels spirituels: la "nature génératrice" entre différentialisme et égalitarisme.

Irene Becci, Francesca Prescendi et Manéli Farahmand, projet FIP, ISSRC (FTSR)

Ce cours-séminaire est construit autour de l'observation de rituels néo-païens évoquant la "nature génératrice". Il propose la mise en relation d'aires culturelles éloignées: Antiquité et Monde Contemporain avec leur méthodologie propre. Au cœur du thème choisi se trouve la relation des humains à la "nature" et au genre qui a oscillé dans le temps entre deux pôles: la sacralisation et l'exploitation. Le rôle de la nature est central dans les religions antiques, comme dans certaines formes de spiritualité contemporaine; la terre est associée à la figure de la "femme/mère", mais les connotations peuvent s'opposer. Ces analogies seront utilisées comme pivot pour construire une approche réflexive de la discipline et de ses cadres d'analyse. Après la lecture et l'échange entre étudiant·e·s et entre étudiant·e·s et responsables, une enquête de terrain est organisée. Des "rituels" faisant explicitement référence à un lien supposément ininterrompu avec une sagesse atavique seront observés. L'analyse du matériel collecté visera à comprendre la manière dont le féminin est mis en scène et les représentations sociales associés ou absentes. L'enquête de terrain est organisée pour saisir, à travers des entretiens et des observations, la manière dont le féminin est mis en scène et surtout les représentations (différentialiste, essentialiste, égalitariste, etc.) auxquelles il est associé et celles qui sont exclues.

L’histoire des religions naît comme discipline académique à la fin de 1900: les auteurs sont presque exclusivement des hommes. A la différence d’autres disciplines des sciences humaines et sociales plus anciennes, qui ont su intégrer les études genre dans leur méthodologie et champs, l’histoire et la science des religions, surtout dans le monde francophone, n’ont guère introduit cette perspective dans leurs problématiques et approches. Dans le panorama académique actuel les femmes continuent à être fortement minoritaires et les thématiques étudiées différencient rarement selon le genre. Contrairement à cette tendance académique, la société montre l’importance d’introduire les études genre comme clé de lecture des phénomènes religieux de notre quotidien. Ce besoin est ressenti aussi par les étudiant·e·s de l’UNIL, qui sollicitent des sujets de recherche portant sur le croisement des études genre et des sciences et/ou histoire des religions.

Notre projet se propose de combler cette lacune en permettant aux étudiant·e·s de Lausanne de travailler pour la réalisation d’une enquête ethnographique et de la rédaction des documents ayant attrait à la fois aux études genres et aux sciences sociales des religions. Pour créer ce lien, notre projet prévoit de partir et/ou de revenir constamment sur des expériences personnelles dans le domaine du genre. Ces connaissances du quotidien serviront de point de départ pour la recherche de pistes d’analyse et de littérature à approfondir. Plus en général, cela nous permettra de poser les bases pour l’introduction de cette perspective "genrée" dans l’enseignement en sciences des religions en Suisse ainsi que dans le monde francophone, où il a encore aujourd’hui une place très marginale.

Quelles politiques publiques pour l’égalité femmes-hommes? Le cas du Palmarès de la féminisation des instances dirigeantes du SBF120 en France

Soline Blanchard, Première assistante, Institut des Sciences Sociales (SSP)

Il s’agit de présenter quelques résultats d’une recherche sur le "Palmarès de la féminisation des instances dirigeantes du SBF120", initiée en France en 2014, dans le cadre d’un projet collectif sur la mesure et les indicateurs des inégalités femmes-hommes au travail1.

Ce "palmarès" a été lancé en 2013 par le ministère des Droits des femmes, en partenariat avec un cabinet privé de conseil en gouvernance, dans le sillage de la loi de 2011 relative à la représentation équilibrée des femmes et des hommes au sein des conseils d’administration et de surveillance et à l’égalité. Il s’agit d’un classement annuel des 120 premières capitalisations boursières françaises, réalisé sur la base d’indicateurs liés à la mesure et la promotion de l’accès des femmes aux plus hauts postes.

L’hypothèse de départ est que ce dispositif "hybride" traduit des évolutions notables en matière de politiques publiques d’égalité (professionnelle).

La communication restituera d’abord les conditions sociales et politiques de genèse de ce palmarès, en objectivant les éléments de contexte ayant permis l’instauration d’un tel dispositif fondé sur la mise en concurrence des entreprises en matière de féminisation de leur gouvernance. Elle mettra ensuite en lumière les conditions de (co)production de ce palmarès, en analysant les acteurs investis, leurs enjeux propres, les négociations et rapports de force ayant présidé aux choix des indicateurs et de la mise en forme de ce dispositif.

Enfin, la communication montrera les évolutions que traduit la création d’un tel dispositif: d’une part, il participe d’un mouvement d’extension du benchmarking à un nombre croissant de politiques publiques, dont l’égalité femmes-hommes; d’autre part, il cristallise plusieurs changements en matière de politiques d’égalité professionnelle (approche de l’égalité par le haut, élargissement des arguments et outils mobilisés pour intéresser les entreprises, évolution des modalités de fixation des standards, introduction de la notion d’"alerte" comme levier d’action).

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1 Programme de recherche NetWORK DISCRIM, sous la direction scientifique de Sophie Pochic (Chargée de recherche CNRS, Centre Maurice Halbwachs, Paris).

Filles, école et responsabilités familiales au rwanda

Ernestine Narame, doctorante, Centre en Etudes Genre (SSP)

Au Rwanda, l’accès à la scolarité primaire plafonne selon le gouvernement (97%, le taux d’inscription est de 49.5% garçons et 50.5% filles) en 2015 (MINEDUC 2016)1. Cependant les défis restent nombreux pour que les filles bénéficient de l’égalité des chances. Ainsi peut-on citer une scolarité défavorable du fait que dans certaines familles rwandaises les filles ne sont pas scolarisées suite aux attentes trop basses et attitudes négatives de la part des parents (société patriarcale) (Republic of Rwanda, 2014)2, notes trop basses, manque de places dans les écoles publiques, obligations de soutien aux familles, grossesses, violence à l'école et autour de l’école (USAID_Rwanda, 2014)3, etc.

Les données collectées en été 2016 dans le cadre de ma thèse de doctorat (un questionnaire sur l’expérience scolaire soumis à 738 garçons et 1100 filles et des observations) dans 31 écoles de Kigali montrent que des difficultés particulières persistent pour les filles malgré l’existence de mesures politiques visant à éliminer les disparités entre les sexes dans l'enseignement et de réformer la culture rwandaise qui a longtemps retenu les filles à la maison et n'a permis qu'aux seuls garçons d'accéder à l’école (MINEDUC 2008)4.

Elles mettent en évidence un faible soutien des filles par le personnel scolaire et le poids des obligations familiales qui les plongent dans l’absentéisme scolaire dans un secteur qui accorde pourtant officiellement une importance capitale à "l’éducation pour tous".

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1 MINEDUC. 2016. "2015 Education Statistical Year Book". Kigali, Rwanda.
2 Republic of Rwanda. 2014. "Beijing +20 Rwanda Country Report". Kigali, Rwanda.
3 USAID_Rwanda. 2014. "Gender Analysis for USAID/Rwanda: Learning Enhanced Across Rwanda Now! (LEARN) Project July 2014". Kigali, Rwanda.
4 MINEDUC. 2008. "Girls Education Policy", Kigali, Republic of Rwanda.

Genre et culture cinématographique dans la France des années 1940: Production, représentations, réception.

Delphine Chedaleux, Chercheuse FNS senior, Section d’histoire et esthétique du cinéma (Lettres)

Ma communication portera à la fois sur ma thèse de doctorat soutenue en 20111, ainsi que sur ma recherche en cours au sein de la section d’Histoire et esthétique du cinéma de l’Unil et dans le cadre du programme FNS intitulé "Personnage et vedettariat au prisme du genre", qui en constitue le prolongement.

Ces deux recherches ont pour objectif d’analyser la construction symbolique et culturelle du genre à partir de l’étude de la culture cinématographique de la France des années 1940, en considérant celle-ci sous l’angle de la production, des représentations et de leur réception. La défaite de 1940 puis l’Occupation engendrent en effet une féminisation et un rajeunissement massifs des écrans français, qui s’accompagnent d’une diversité inédite dans les types de rôles proposés aux femmes et aux jeunes2. Ces changements s’inscrivent dans un contexte où se mêlent politisation du genre par l’Etat français et reformulation des rapports de genre dans l’expérience quotidienne de la guerre3. Or, si cette redistribution des rôles de genre au cinéma modifie durablement les traits du vedettariat français, dès lors caractérisé par une plus ample diversité, l’après-guerre n’en constitue pas moins une période de backlash envers les femmes, sur les écrans comme dans la réalité sociale.

Cette communication visera deux objectifs. Il s’agira de présenter les spécificités méthodologiques de chacune de ces recherches, ainsi que d’en dégager quelques-uns des résultats.

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1 Elle a été publiée sous le titre Jeunes premiers et jeunes premières sur les écrans de l’Occupation (France, 1940-1944), Pessac, Presses Universitaires de Bordeaux, 2016.
2 Voir notamment Burch Noël et Sellier Geneviève, La Drôle de guerre des sexes du cinéma français 1930-1956, Paris, Nathan, 1996.
3 Voir notamment Capdevila Luc, Rouquet François, Virgili Fabrice et Voldman Danièle, Sexes, genre et guerre, Paris, Payot, 2010 (2003).

A quel point ces dieux sont elles/ils...? Une double approche dimensionnelle-catégorielle des marqueurs de sexe dans des dessins d’enfants.

Grégory Dessart (doctorant), Christelle Cocco (post-doc FNS senior) et Pierre-Yves Brandt (Professeur ordinaire), ISSRC (FTSR)

La méthode du dessin donne accès à diverses stratégies de mise en représentation de dieux chez l’enfant (Brandt et al., 2009; Dandarova, 2013; Ladd et al., 1998). Parmi celles-ci, nous pouvons retrouver, d’une manière plus ou moins complexe, l’inclusion et l’articulation entre eux de marqueurs de sexe.

Jusqu’alors, les dessins de dieux ont principalement dirigé l’attention sur une catégorisation dichotomique (mâle vs. femelle), occultant bien souvent les scénarios suivants: aucun marquage de genre n’est reconnu (catégorie asexuée), ou plusieurs appartenances catégorielles coexistent (catégorie polysexuée).

En supplément à une telle approche catégorielle, il semble important d’observer comment des marqueurs de sexe peuvent être plus ou moins prononcés par l’enfant, donnant lieu à une représentation graphique qui, au final, pourra être considérée par sa correspondance à une catégorie construite (Riegel & Kaupp, 2005).

Dans la présente étude, 399 dessins ont été évalués, et ont chacun reçu deux scores dimensionnels (sur une échelle de type Likert) pour les traits féminins et masculins, respectivement. Le marquage genré de la figure représentée a pu être abordée par la nature continue des données, et ainsi rendre compte d’une évolution constante d’intensité avec l’âge de l’artiste. Partant de ces scores dimensionnels, une re-catégorisation, sur base de la moyenne, a permis de classer les dessins en quatre catégories: femelle, mâle, asexuée et polysexuée.

Au-delà de cette complémentarité de méthodes, il est marquant de constater que la distribution des catégories retenues, selon l’âge et le sexe reconnu de l’enfant, est similaire à celle des héros chez l’enfant (Holub et al., 2008).

Ces résultats sont interprétés à la lumière d’une théorie socio-cognitive rendant compte de l’internalisation des normes de genre et de son évolution, correspondant à l’apprentissage social, au développement cognitif et aux aspects motivationnels individuels (Bussey, 2011; Bussey & Bandura, 1999).

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Références:

Brandt, P.-Y., Kagata Spitteler, Y., & Gillièron Paléologue, C. (2009). La représentation de Dieu: Comment les enfants japonais dessinent Dieu. Archives de Psychologie, 74 (290-291), 171-203.
Bussey, K. (2011). Gender identity development. In Handbook of identity theory and research (pp. 603- 628). Springer New York.
Bussey, K., & Bandura, A. (1999). Social cognitive theory of gender development and differentiation. Psychological review, 106(4), 676.
Dandarova, Z. (2013). Le dieu des enfants: Entre l'universel et le contextuel. In P.-Y. Brandt, & J. M. Day (Eds.), Psychologie du développement religieux: Questions classiques et perspectives contemporaines (pp. 159-187). Genève: Labor et Fides.
Holub, S. C., Tisak, M. S., & Mullins, D. (2008). Gender differences in children’s hero attributions: Personal hero choices and evaluations of typical male and female heroes. Sex Roles, 58(7-8), 567-578.
Ladd, K. L., McIntosh, D., & Spilka, B. (1998). Children's God concepts: Influences of denomination, age and gender. International Journal for the Psychology of Religion, 8, 49-56.
Riegel, U., & Kaupp, A. (2005). God in the mirror of sex category and gender. An empirical-theological approach to representations of God. Journal of Empirical Theology, 18(1), 90-115.

150 ans de féminisation des études de médecine humaine en Suisse: étude quantitative

Lucie Begert, mémoire Master (FBM)

Introduction et questions de recherche

La féminisation actuelle de la profession médicale fait parler régulièrement d’elle dans les différents médias grand public ou spécialisés, aussi bien en Suisse qu’en international. Elle interroge, voire interpelle. Que cette féminisation soit synonyme de peur ou de progrès, qu’elle soit ou non plafonnée dans la hiérarchie de la profession ou cantonnée à certaines spécialités, ce changement démographique amorcé a fait et continue à faire couler beaucoup d’encre.

Dans un souci d’amorcer un discours objectif sur ce changement démographique, nous allons débuter notre entreprise en nous penchant sur les faits qui la constituent. D’abord en nous penchant sur le contexte historique et sociologique, puis en explorant les données quantitatives liées aux études de médecine en Suisse.

1. Questions de recherche

Avant de brosser le cadre théorique historico-sociologique, définissons les questions auxquelles ce travail tente de répondre quant à la quantification de la féminisation des études de médecine humaine en Suisse.

1.1. Description et comparaison des sources primaires trouvées pour les aspects quantitatifs

Dans le contexte d’un travail de recherche en histoire de la Médecine à la recherche de faits quantitatifs, une multiplication et une comparaison des sources concernant une même variable sont tout à fait essentielles. En effet, le plus sûr moyen de s’approcher de la vérité historique est de pouvoir apprécier les variations entre les différents nombres concernant une même variable.

Les différentes variables étudiées sont : le nombre d’étudiants, le nombre de diplômés (de l’Université), le nombre de doctorats délivrés et le nombre d’examens fédéraux réussis. Pour chaque variable, il a été question de trouver le nombre d’hommes/de femmes, de suisses/d’étrangers.

1.2. Comparaison de la progression de la féminisation des études de médecine entre les universités

Point crucial d’une étude quantitative, la comparaison de la progression de la féminisation des études de médecine humaine en Suisse entre les différentes Universités permet d’avoir une vision la plus claire possible sur les différentes dynamiques qu’il y a eues en Suisse. Ces différences sont mises en évidence par des graphiques montrant la progression de la part des femmes, des étrangers et des femmes étrangères.

Les statuts maitre sexués au moment de la transition à la parentalité

Jean-Marie Le Goff, Lines et PNR Lives et René Levy, Lines (SSP)

La notion de statut maitre sexué est une notion développée en sociologie des parcours de vie en vue d’appréhender les inégalités de parcours entre les hommes et les femmes (Krüger et Levy, 2001, Levy 2013). Elle met en jeu les interrelations pouvant exister entre différents domaines de vie, notamment entre la vie familiale et la vie professionnelle. Selon cette notion, ces relations correspondent à des liens de domination/subordination entre les domaines de vie. Le champ d’insertion prioritaire est celui de la vie professionnelle chez les hommes, celui de l’insertion familiale chez les femmes, ceci pour des raisons liées au contexte institutionnel dans lequel les parcours de vie se déroulent. L’insertion dans d’autres champs, vie familiale chez les hommes, vie professionnelle chez les hommes, est subordonnée à cette insertion principale. L’enquête Devenir parent qui a été réalisée en Suisse romande à la fin des années 2000 s’est appuyée sur l’hypothèse générale que le moment de la naissance, c’est-à-dire de la transition du couple à la parentalité, constituait le moment du parcours de vie où les parcours de vie se manifestaient. Il s’agit d’une enquête longitudinale en trois vagues ayant suivi des couples entre le moment de la grossesse et les 18 premiers mois après la naissance d’un premier enfant dans laquelle ont été collectés des informations quantitatives et qualitatives. L’analyse des données a donné lieu à la publication d’un ouvrage collectif chez SEISMO (Le Goff et Levy, 2016). Dans cette communication, nous proposons de développer une synthèse des résultats de cette enquête, en posant plus particulièrement la question de savoir en quoi la manifestation des statuts maitre sexuée est préparée en amont de la transition à la parentalité.

Real Dolls: essai réflexif sur l’ambivalence du genre

Phuoc Trung Nguyen, mémoire Master (SSP)

Dans le cadre de ma contribution, j’aimerais présenter un chapitre de mon travail de mémoire réalisé en 2015 pour l’obtention du Master en sciences sociales avec une orientation spécifique en anthropologie culturelle et sociale. Mon sujet de travail portait sur les poupées réalistes en silicone et les robots sexuels. J’ai essayé d’analyser le phénomène en trois dimensions: technique, genre, normes et valeurs. Dans ma participation, je relèverai quelques aspects de genre produits par les succédanés humains en silicone destinés principalement à un usage sexuel.

Afin de trouver une voie d'interprétation, je m’appuie sur les concepts de deux féministes américaines Andrea Dworkin et Catherine Mackinnon. J’emprunte le concept d'objectification à Dworkin. Selon l'auteure, l'objectification correspond à la projection masculine partielle ou totale des parties du corps féminin sur les objets (cuir, caoutchouc, sous-vêtements, etc.), projection susceptible de provoquer chez le sujet une excitation sexuelle. Autrement dit, c'est la capacité des hommes à représenter les femmes comme des objets sexuels. Selon Mackinnon, l'objet sexuel doit être entendu dans le sens de son employabilité pour le plaisir sexuel. Dans cet esprit, les Real Dolls seraient le produit de cette objectification des femmes en objets sexuels. Cependant, ces violences symboliques se produisent dans une société où la sexualité est libérée et, où il est possible pour les femmes d'acquérir des Male Real Doll de la même façon que pour leurs congénères masculins.

Cette question m’amène à m'interroger sur les éventuelles violences symboliques produites dans les relations entre les usagères et leurs partenaires siliconés. En portant ainsi mon attention sur la question, force est de constater que les femmes se retrouvent dans la position d'objectifier au même titre que les hommes. Dans ce sens, l'usage de poupées réalistes masculines par les femmes révèle des rapports de genre qui tendent à être minimisés par l'opinion générale. Cette minimisation pourrait être liée au fait que les femmes ont plus tendance à personnifier leurs objets sexuels, par exemple attribuer un prénom à leur godemiché, etc. Derrière ce processus de personnification se cache un opérateur de violence symbolique inouï que je tenterai d’illustrer lors de ma présentation.

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2016

La Plateforme interfacultaire en Etudes Genre - PlaGe organise le 15 mars 2016 une journée d'étude consacrée aux recherches menées à l'Unil qui adoptent une perspective de genre.

Organisation:

  • Carole Clair, FBM
  • Véronique Jaquier, FDCA
  • Damien Michelet, PlaGe
  • Caroline Serre, FGSE

Accéder au programme dans l'événement mémento

Résumés des contributions

Le genre entre sciences de la vie et sciences humaines : quelle solution de continuité ?

Prof. Françoise Schenk, SSP, Institut de Psychologie

La question du genre anime un principe de controverse au carrefour des Sciences Humaines et des Sciences du Vivant. Principe résumé par l’exclamation de Simone de Beauvoir selon laquelle on ne naît pas femme, on le devient. Pour caricaturer, la naissance est peut-être partiellement biologique alors que le genre est certainement (uniquement ?) une construction sociale.

La biologie n’a aucune raison de contester que tout être vivant résulte d’une construction sociale, dans la mesure où la propriété essentielle du vivant en est la dimension sociale. On se demande alors ce qui justifierait une rupture de continuité entre le « produit biologique » et la « construction sociale ». Dans le mesure où l’expression imagée « solution de continuité » anime une résonance qui fait justement entrevoir le contraire d’une rupture : la suggestion simultanée qu’une stratégie pourrait rétablir la continuité. Un peu comme le liquide qui vient s’accumuler entre les lèvres d’une blessure pour en amorcer la cicatrisation.

A ce stade de la réflexion, force est d’admettre que, contrairement à ce que les biologistes pourraient souhaiter, il nous faut aller sur le terrain de la langue pour examiner cette rupture hypothétique. En vue peut-être d’y trouver un moyen de mettre en relation ces deux perspectives au lieu de les confronter en les opposant l’une à l’autre. D’où le projet d’inviter à une réflexion sur ce qui pourrait distinguer l’usage du terme social par les sciences du Vivant et les Sciences Humaines. Non pour y préciser ce qui fait la différence - terme à définir lui aussi - entre la femme biologique et la femme sociale, si tant est que cette dissociation soit concevable. Mais pour élaborer une sorte d’Entre, décrire une tension entre ces deux attracteurs, selon le concept développé par François Jullien.

Ainsi la reconnaissance de l’écart entre Sciences du Vivant et Sciences Humaines pourrait offrir un espace de réflexion fécond, encore un autre éclairage scientifique sur la notion de genre.

« Parce que je suis un homme, pas un lâche »
. Révéler les rôles et les stéréotypes de genre en analysant les migrations non-documentées (harga) au Maghreb

Prof. Monika Salzbrunn, Dr. Farida Souiah, Simon Mastrangelo, FTSR, ISSRC (Projet collectif FNS, post-doc et thèse)

Au Maghreb, les harraga, littéralement « les brûleurs », sont ceux qui tentent de quitter leur pays sans passeport ni visa au péril de leur vie. On les nomme ainsi, car ils « brûlent » les frontières ainsi que les étapes nécessaires à un départ qui respecterait les contraintes imposées par les États. En outre, s’ils arrivent en Europe, ils détruisent, « brûlent », leurs papiers d’identité, pour échapper à l’expulsion. Ce phénomène migratoire précis concerne très majoritairement des jeunes hommes de milieu populaire, bien que la migration, notamment forcée, concerne autant les femmes que les hommes. Son étude peut révéler les rôles et les stéréotypes de genre, véhiculés de manière discursive ou mis en scène. Cette communication mobilise des matériaux variés, notamment des entretiens et des observations menés auprès de harraga, des pages Facebook et des productions culturelles consacrées à la harga, afin de proposer une analyse des figures et des idéaux socialement et culturellement construits de la masculinité au Maghreb1.

Cette analyse s’inscrit dans une approche « performative » du genre2. Par leur discours et leurs actes, les harraga « performent » leur idéal culturel de la masculinité. Etre un homme, c’est ne plus être un enfant ; boire de l’alcool et entretenir des relations avec des jeunes femmes et l’afficher (notamment sur leur page personnelle sur Facebook). En ce sens, être un homme c’est aussi s’affranchir de normes sociales qui sont considérées comme « plus » valables pour les femmes. Être un homme, c’est également être physiquement fort comme en atteste les heures passées dans les salles de musculation et les corps affichés en photographies sur leurs profils. Ces corps musclés sont pensés comme un instrument de séduction, de virilité, mais également de puissance. Être un homme, c’est pouvoir se défendre, notamment en affichant la possibilité de faire acte de violence. Enfin, être un homme, c’est surtout être courageux, voire intrépide, déterminé et endurant. La prise de risque qu’implique leur aventure migratoire n’est pas seulement assumée, mais valorisée.

En prenant en compte l’âge des harraga et les quartiers où ils vivent, cette contribution s’inscrit dans une perspective situationnelle. Les rôles et les stéréotypes de la masculinité des harraga et la manière dont ils sont performés sont liés à l’âge des harraga (adolescents et jeunes adultes) et aux quartiers populaires dans lesquels ils grandissent. A certains égards, la harga peut être considérée comme un rite de passage vers l’âge adulte3. Réussir son projet migratoire c’est se construire une « bonne vie » : avoir un travail, fonder un foyer, régulariser sa situation, et pouvoir revenir au pays ; aider financièrement les siens et afficher les attributs du succès, notamment économique. Il leur semble impossible de s’accomplir ainsi dans leur pays.

Pour compléter ces approches performatives et situationnelles, une perspective relationnelle du genre est adoptée afin d’interroger les figures et les idéaux de la féminité révélés par ce phénomène migratoire. Des figures féminines « stéréotypiques » - la mère et la maîtresse occidentale - incarnent respectivement le pays de départ et le pays d’arrivée dans les productions culturelles consacrées à la harga. A quelques exceptions près, les femmes harraga sont quasiment absentes des productions culturelles et leur migration est présentée comme étant plus « extrême » et plus « transgressive » que celle des hommes. Les normes sociales valorisent la harga pour les jeunes hommes tout en dévalorisant ce même type d’aventure migratoire pour les jeunes femmes ce qui contribue à expliquer pourquoi il y a peu de femmes dans les embarcations des harraga. Les performances de la masculinité et de féminité confortent les normes en établissant que la place des femmes ne serait pas sur une embarcation de fortune et ce d’autant plus qu’elles y seraient cernées par des hommes. Ces représentations sont d'une part issues d'entretiens et d'observations menées au sein du milieu des harraga; d'autre part elles sont le fruit d'une analyse de contenu de productions culturelles, notamment musicales, ayant pour thème le phénomène de la harga.

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1 Les terrains ont été menés en Tunisie dans le cadre du projet « Undocumented Mobility (Tunisia-Switzerland) and Digital-Cultural Resources after the "Arab Spring" », dirigé par la professeure Monika Salzbrunn et financé par le Fonds National Suisse de la Recherche Scientifique et en Algérie dans le cadre d’une thèse de doctorat de science politique (Souiah 2014). L'équipe actuelle du projet FNS est composée de Monika Salzbrunn, Farida Souiah et Simon Mastrangelo.
2 Monia Lachheb (dir.), 2012 : Penser le corps au Maghreb, Paris, Karthala/IRMC ; Judith Butler, Trouble dans le genre, La Découverte, 2006./orig. Gender Trouble: Feminism and the Subversion of Identity, 1990 ; Judith Butler, Undoing Gender, 2004 ; Judith Butler and Athena Athanasiou, 2013 : Dispossession: The Performative in the Political  ; Judith Butler, 2015 : Notes Toward a Performative Theory of Assembly. Raewyn/Robert Connel : Masculinities, 1993.
3 Alessandro Monsutti, « Migration as a Rite of Passage: Young Afghans Building Masculinity and Adulthood in Iran », Iranian Studies, 2007, vol. 40, no 2, p. 167‐185.

Politiques d’égalité dans les universités. Du top-down au bottom-up, quels enjeux ?

Prof. Farinaz Fassa, GARCIA et CEG, SSP

En Suisse, la CRUS (Conférence des Recteurs des Universités Suisses) et la CUS (Conférence Universitaire Suisse) ont donné des impulsions fortes pour promouvoir les carrières académiques des femmes et lutter contre la ségrégation verticale, en mettant sur pied, à partir de 2000, les Programmes fédéraux « Egalité des chances entre femmes et hommes dans les universités » (PFEC). Le dernier de ces programmes quadriennaux, qui a débuté en 2014, opère cependant un tournant important en abandonnant le financement de projets s’inscrivant dans des appels organisés de manière top-down pour privilégier les initiatives locales de mise en place d’actions et de plans pluriannuels.

Cette logique, qui valorise les expériences du terrain et la diversité des situations, s’inscrit dans des démarches de type bottom-up qui rompent avec la gestion centralisée qui présidait à ces programmes depuis leur origine. Au moment de ce tournant dans les principes fondateurs des politiques d’égalité, il semble intéressant de mesurer les enjeux de cette transformation, qui participe du mouvement général d’autonomisation des universités et de renforcement de leurs exécutifs.

Ma communication s’intéressera aux initiatives mises en place en faveur de l’égalité au sein des différentes Facultés d’une Université suisse francophone. Elle s’appuiera sur les données issues du volet helvétique du projet de recherche GARCIA (Gendering the Academy and Research: Combating Career Instability and Asymmetries) financé par le 7e programme-cadre de l’Union européenne. Elle tentera de préciser dans quelle mesure la valorisation politique des initiatives de terrain répond à un besoin de « structuralisation » des initiatives politiques à l’échelle des établissements universitaires et de leurs composantes et/ou traduit une forme de désengagement du monde politique et scientifique face aux questions d’égalité dans les universités.

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Bibliographie :

Benninghoff, M., Fassa, F., Goastellec, G., & Leresche, J. (n.d.). Inégalités sociales et enseignement supérieur. Bruxelles: De Boeck Université.

Bezes, P., Demazière, D., Le Bianic, T., Paradeise, C., Normand, R., Benamouzig, D., … Evetts, J. (2011). New Public Management et professions dans l’État : au-delà des oppositions, quelles recompositions ? Sociologie Du Travail, 53(3), 293–348. doi:10.1016/j.soctra.2011.06.003

Fassa, F., & Kradolfer, S. (2013). The Gendering of Excellence Through Quality Criteria: The case of the Swiss National Science Foundation Professorships in Switzerland. Tertiary Education and Management, 19(3), 189–204. doi:10.1080/13583883.2013.793379

Musselin, C. (2009). Les réformes des universités en Europe : des orientations comparables, mais des déclinaisons nationales. Revue Du MAUSS, 1(33), 69–91.

Mixité, Non Mixité et « Doing Gender » en EPS

Antoine Bréau, Vanessa Lentillon-Kaestner & Hauw Denis, SSP, ISSUL et HEP VD

Face au maintien des inégalités entre les filles et les garçons au sein des établissements scolaire, la problématique du genre à l’école est devenue un « thème crucial » (Rapport Eurydice, 2010, p. 3). Critiquée en tant que principe pédagogique, la mixité est aujourd’hui de plus en plus remise en cause dans certains pays où le nombre d’écoles et de classes non mixtes progresse d’années en années (Sherwin, 2015). En cours d’éducation physique et sportive (EPS), le débat autour d’un enseignement mixte ou séparé occupe une place importante, fréquemment débattue (Berg & Lahelma, 2010 ; Couchot-Schiex & Deriaz, 2013). Historiquement vue comme une arène masculine, l’EPS est en effet une discipline scolaire directement impliquée dans le processus de construction du genre, où la mixité n’est pas sans poser certaines difficultés aux enseignant·e·s (Fagrell, Larsson & Redelius, 2012). En Suisse, au sein de certains cantons (e.g., Genève, Vaud), l’enseignement de l’EPS regroupe à la fois des moments mixtes et non mixtes. Aujourd’hui, les études réalisées sur la non mixité en EPS, et à l’école d’une manière plus générale, restent limitées, notamment celles privilégiant une approche qualitative (Van Acker, Carreiro da Costa, De Bourdeaudhuij, Cardon & Haerens, 2010).

Cette communication vise à présenter un travail de doctorat (en cours de réalisation) sur la construction du genre en EPS au sein de classes mixtes et non mixtes. L’objectif est de préciser le cadre méthodologique utilisé et notamment la théorie du « doing gender » (West & Zimmerman, 2009) qui définit le genre comme tout un « ensemble d’actes corporels, de gestes, de comportements et d’activités, réalisés en situation d’interaction et produisant de la différence sexuelle » (Vuille, Malbois, Roux, Messant & Pannatier, 2009, p. 7). Les différents outils de recueil de données utilisés (observations, focus groups, entretiens d’autoconfrontation) tentent ainsi de repérer les différents moments ou activités « qui font le genre » et qui participent à la construction de la masculinité et de la féminité.

Perceptions genrées de la valeur sociale des comportements compétitifs

Laetitia Charalambides, SSP, Laboratoire de Psychologie sociale

De nombreuses recherches suggèrent désormais que les femmes seraient désavantagées dans la course à l’ascension socio-professionnelle par une forte tendance à éviter l’entrée en compétition avec leurs pairs masculins. Les stéréotypes et attributions basées sur l’observation des écarts de statuts et de fonctions hommes-femmes semblent jouer un rôle primordial dans l’explication de ce phénomène. Afin de mieux circonscrire les déterminants de l’affaiblissement de la motivation des femmes à entrer en compétition en contexte professionnel, nous présenterons les résultats de plusieurs enquêtes visant à évaluer la façon dont les attitudes compétitives peuvent être jugées socialement, en fonction du sexe de la cible et de l’observateur.

La construction des représentations genrées des professions : l’influence de l’identité de genre et de l’attitude face aux normes sociales de relations entre les sexes

Dinah Gross, SSP, Institut des sciences sociales

Les contextes sociaux dans lesquels les normes de genre sont performées et actualisées sont multiples. L’objet de ma recherche est de comprendre comment celles-ci interviennent dans la construction des aspirations professionnelles des adolescent·e·s, menant de nombreux jeunes à aspirer à une profession typique à leur sexe, et donc à contribuer à reproduire les inégalités de genre dans la société. Mon hypothèse de départ est que les aspirations sont en parties déterminées par les représentations genrées que les jeunes ont des professions. Je tente donc de comprendre comment se construisent les représentations qu’ont les jeunes de diverses professions en termes de genre. Ces représentations varient en fonction de la position sociale dans les hiérarchies de sexes et de classe, mais dépendent également de l’identité des personnes en termes de genre, et non seulement de sexe, et de leurs attitudes par rapport aux normes sociales de relations entre les sexes (sexisme).

Ma contribution présentera donc quelques résultats quantitatifs sur la relation entre sexe, identité de genre, sexisme et représentations genrées des professions telle qu’on la constate chez des adolescent·e·s en Suisse. Elle sera également l’occasion d’une discussion sur la relation entretenue entre ces différents éléments théoriques. Les données utilisées proviennent de l’enquête menée en 2011 par l’équipe de Dominique Joye dans le cadre du PNR 60 sur l’égalité entre  hommes et femmes, intitulée « Aspirations et orientations professionnelles des filles et des garçons en fin de scolarité obligatoire : quels déterminants pour plus d'égalité ? »

Représentations stéréotypiques de groupes issus de la migration en Suisse : Les femmes migrantes sont-elles invisibles ?

Oriane Sarrasin, SSP, Institut de Psychologie & Institut des Sciences Sociales

Les femmes ne sont que très rarement vues comme prototypiques des groupes sociaux dont elles sont membres, phénomène auquel les femmes issues de minorités ethniques, migrantes et culturelles ne font pas exception. Selon l’approche dite d’invisibilité intersectionnelle (voir par exemple Purdie-Vaughns & Eibach, 2008), cela expliquerait pourquoi ces dernières seraient victimes de formes de discrimination plus discrètes et moins frontales—mais néanmoins tout aussi délétères—que celles subies par les hommes des mêmes minorités. Testant la notion d’invisibilité dans un contexte caractérisé par une forte présence migrante, la présente recherche se base sur les résultats d’une enquête en ligne menée en 2015, à laquelle 104 personnes résidant en Suisse romande ont participé. Après avoir brièvement décrit de quelle manière différents groupes issus* de la migration (Serbes, Portuguais·e·s, musulman·e·s et demandeurs/euses d’asile) étaient généralement vus en Suisse, ces personnes ont évalué dans quelle mesure ces représentations s’appliquaient aux hommes et aux femmes de ces groupes. Alors que dans tous les cas les représentations stéréotypiques ont été décrites comme décrivant davantage les hommes que les femmes, cette tendance s’est avérée plus forte dans le cas des Serbes et des demandeurs/deuses d’asile. Ces différences dans la relative invisibilité des femmes s’expliquent par l’attribution de stéréotypes propres à chaque groupe. Ainsi, le groupe « Serbes » s’est vu attribué de nombreux adjectifs masculins et négatifs, tels que « violents » et « bagarreurs ». Au contraire, les représentations de femmes comme soumises prédominaient dans les représentations des musulman·e·s , un groupe où les femmes étaient plus visibles. Ces différences prouvent que pour comprendre la notion d’invisibilité intersectionnelle, il est nécessaire d’analyser le contenu des représentations stéréotypiques et de les contextualiser.

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*ou en majorité issus
Purdie-Vaughns, V., & Eibach, R. P. (2008). Intersectional invisibility: The distinctive advantages and disadvantages of multiple subordinate-group identities. Sex Roles, 59, 377-391.

Male Interviewers' Nonverbal Dominance Predicts Lower Evaluations of Female Applicants in Simulated Job Interviews

Elena Canadas, Marianne Schmid Mast, and Ioana Latu, HEC, Department of Organizational Behavior

Despite being equally qualified (O'Campo, Eaton, & Muntaner, 2004), women continue to face difficulties in obtaining well-paid, decision-making jobs (O'Campo et al., 2004; U.S. Bureau of Labor Statistics, 2014). There are many factors that hinder women’s ascension on the corporate ladder (Eagly & Carli, 2007). Without doubt, one of the key components in this process of professional advancement is the job interview, and some of the key players in this process are interviewers, whose decisions contribute to the outcome of the process.

We investigated how the actual nonverbal behaviors of interviewers can hinder female applicants’ performance in simulated job interviews. We used the theoretical framework of circumplex models of interpersonal behavior (Leary, 1958; Wiggins, 1979). According to these models, there are two dimensions that organize interpersonal traits and behavior: the affiliation/friendliness dimension (with agreeableness at one pole and hostility at the other pole of the continuum) and the control/dominance dimension (with dominance at one pole and submission at the other).

Fifty-seven dyads conducted mock job interviews for a managerial position. Applicants were always women, whereas interviewers were either men or women. Interviewers’ nonverbal dominance (visual dominance, speaking interruptions) and friendliness (smiling, nodding) were coded based on videotapes. Male interviewers’ dominance (but not friendliness) predicted lower self-evaluations of female applicants and lower evaluations made by the interviewers. Female interviewers’ nonverbal behavior did not predict outcomes. Implications for the advancement of women in the workplace are discussed, such as the importance of acknowledging and changing nonverbal dynamics to improve women’s performance in job interviews.

Anthropocentrismes, biocentrismes et écologie queer : une exploration

Alexandre Grandjean et Irene Becci, FTRS, ISSRC

Depuis les années 60, les registres de « l’anthropocentrisme » et du « biocentrisme » fonctionnent en tant que langage commun de la critique, du changement ou de l’utopie provenant de la part de militant·e·s écologiques de tous bords. Les mouvements du christianisme « vert », des ecoféminismes (religieux, spirituels ou séculiers), ou des spiritualités alternatives se sont faits les porteurs de nouvelles représentations du monde et de la place qu'y occupent l’humain comme solution à la « crise écologique ». On y trouve une critique de l'anthropocentrisme comme système légitimant dans sa forme séculière et religieuse autant la domination des hommes sur la nature que sur les femmes et d’autres humains « racisés ». Le biocentrisme, lui qui consiste à penser l’humain comme intégré de manière égalitaire à l’ensemble des autres formes du vivant, n’est pas unanimement pensé et délimité dans ces différents courants écologiques.

Il s’agira dans un premier temps de délimiter quelques nuances et perspectives dans les manières de prôner une représentation « anthropocentrique » ou « biocentrique » de la part de ces mouvements environnementaux ou écologiques. Derrière les accusations publiques « d’anthropocentrisme » ou les postulats de « biocentrisme » se situent des axes de partages du champ du religieux et des spiritualités alternatives : une distinction structurelle continue à perpétuer l’opposition « nature – culture » (Descola). Le courant émergeant de l’écologie queer notamment porté par l’urbaniste Matthew Gandy (2012) peut conclure sur de nouvelles manières d’envisager ce qu’il nomme des « alliances hétérotopiques » entre les comportements humains – y inclus sexuels –, le marquage social de l’espace, et la favorisation d’un type de biodiversité sur d’autres types de biodiversité urbaine délimitée par des ensembles qualifiées « d’hétéronormées ». La critique queer des processus d’essentialisation et de normalisation des identités et des comportements humains sous l’angle du « culturalisme » et du « naturalisme » (Butler) peut permettre sous un mode expérimental et prospectif de repenser les registres de l’anthropocentrisme et du biocentrisme sous l’angle notamment de la performance. La pensée de Philippe Descola mérite d’être réinvestie : les modalités de création et d’expérimentation d’un lien entre humains et non-humains semblent être porteurs de bien plus de modèles à explorer et à constituer dans une perspective queer que la simple opposition réifiante de nature et de culture que supposent les registres de « l’anthropocentrisme » et du « biocentrisme ».

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2015

La Plateforme interfacultaire en Etudes Genre - PlaGe organise le 10 mars 2015 une journée d'étude consacrée aux recherches menées à l'Unil qui adoptent une perspective de genre dans le cadre des événements autour de 8 mars, journée internationale des femmes.

Lien permanent vers l'actualité mémento avec le programme détaillé

Version imprimable du programme (pdf) :

Résumés de contributions

L’islam (in)visible en ville. Expressions (im)matérielles des pratiques musulmanes dans l’espace urbain

Prof. Monika Salzbrunn, Barbara Dellwo, Serjara Aleman, ISSRC-FTSR (Projet FNS)

De nombreuses études ont documenté la présence de personnes de culture musulmane en Suisse en choisissant comme porte d’entrée l’islam visible, à savoir les mosquées et les associations culturelles musulmanes. Or seule une minorité des musulman·e·s de Suisse s’engage sur le plan associatif, et il·elle·s ne sont que 14% à faire état d’une pratique religieuse régulière. Ainsi, le projet L’islam (in)visible en ville a pour but d’investiguer aussi les aspects moins visibles de la présence musulmane, en partant du territoire et des pratiques dans l’espace urbain, afin de complexifier et désessentialiser la catégorie de "musulman·e".

Dans ce cadre, nous analysons les modalités d’inscription des personnes de culture musulmane au sein de la métropole lémanique, ainsi que les processus de co-construction de la vie sociale dans lesquelles elles s’engagent, selon trois axes: la ville, sa morphologie, ses usages et les représentations qu’elle véhicule; les événements, leur déroulement, leur performativité et ce qu’ils disent de l’espace urbain; les acteurs, leurs pratiques et leurs modes d’engagement au sein de la ville.

Il s'est avéré que le genre, de surcroit lorsqu’il est articulé avec la classe sociale, constitue un facteur important dans les stratégies de (re)présentation de soi et d’(in)visibilisation de l’appartenance religieuse dans l'arc lémanique. Les femmes sont en effet plus exposées lorsqu’il s’agit de la visibilité de signes religieux ou qu’elles sont l’objet du discours médiatique, tout en étant invisibilisées ailleurs. Elles développent de nombreuses stratégies de gestion des frontières matérielles et symboliques dans leurs parcours urbains quotidiens et dans leurs activités associatives. Lorsqu'on analyse notamment la répartition du pouvoir entre le formel, majoritairement réservé aux hommes, et l’informel, dans lequel les femmes sont fortement impliquées, on décèle par exemple une grande capacité à gérer l'organisation logistique et financière des événements religieux et politiques.

Genre et appropriation langagière

Prof. Thérèse Jeanneret, Anne-Christel Zeiter, Lettres

Les recherches actuelles sur l’appropriation des langues secondes ou étrangères considèrent l’accès aux pratiques sociales comme déterminantes. L’apprenante est considérée avant tout comme un acteur social: c’est parce que la personne participe à certaines pratiques sociales qu’elle utilise la langue et se l’approprie, ce qui lui permet en retour d’élargir ses opportunités de se socialiser dans différents contextes. L’analyse des rapports de pouvoir en jeu dans la société s’avère essentielle, que ces rapports soient effectifs en termes macrostructurels ou interpersonnels: en effet, si la personne doit et souhaite vivre dans une langue, encore faut-il qu’elle puisse le faire, c’est-à-dire qu’elle puisse appartenir de plus en plus complètement à certaines communautés où la langue cible est la langue utilisée. La question du genre est, dans ce contexte, essentielle, tant l’accès – et les modes d’accès – à certaines pratiques peut être différent pour un homme ou pour une femme, d’un point de vue symbolique, économique ou politique. Nous présenterons brièvement les bases théoriques qui sous-tendent nos recherches avant de montrer dans quelques extraits de corpus (entretiens biographiques avec des personnes alloglottes) comment la question du genre se matérialise concrètement pour différents apprenants, à la fois dans la manière dont elles ou ils relatent leur trajectoire d’appropriation langagière, et dans ce qu’ils ou elles racontent de leurs expériences de socialisation.

Sex differences in the management of chest pain of cardiovascular origin in ambulatory care

Carole Clair, MD, MSc, Nicole Jaunin-Stadler, MD, Lili Herzig, MD, Bernard Favrat, MD, MPH, FBM & CHUV

Background: Cardiovascular disease (CVD) is the main cause of death worldwide and despite a higher prevalence in men, mortality from CVD is higher among women. Few studies have assessed sex differences in chest pain management in ambulatory care. The objective of this study is to assess sex differences in the management of chest pain of cardiovascular origin in ambulatory care.

Methods: We used data from a cohort study. Consecutive patients with a complaint of chest pain attending a primary care practice (58 primary care physicians (PCPs)) or a University ambulatory care clinic (5 residents) were included. The diagnosis of disease that could have caused chest pain was ascertained by an independent expert panel at 12 months. The proportion of patients with chest pain of cardiovascular origin who underwent an ergometry, a coronarography, or was referred to a cardiologist was the outcome of interest for these analyses.

Results: In total, 672 participants were included (52.5% women); their mean age was 55.2 years old. The prevalence of chest pain of cardiovascular origin (n=107, 16%) was similar for men and women (17.2% vs. 14.8%, p=0.39). Women with cardiovascular chest pain were 4 times less likely to be referred to a cardiologist (11.5% vs. 54.5%) (p< 0.001). Similarly women were less likely to have an ergometry (3.9% vs. 25.5%, p=0.002) or a coronarography ordered (5.8% vs. 18.2%, p=0.05). After adjustment for age and CVD risk factors, compared with men, women were highly less likely to be referred to a cardiologist (OR 0.12, 95% CI 0.04-0.35), to have an ergometry (OR 0.15, 95% CI 0.03-0.74) and to have a coronarography (OR 0.32, 95% CI 0.08-1.27).

Conclusions: Although the same proportion of women and men present with a chest pain of cardiovascular origin in ambulatory care, a strong sex bias exists in their management. Such a bias could be prevented through better evaluation and management of women with chest pain by PCPs, which might decrease women’s cardiovascular mortality.

L’influence de stéréotypes liés au sexe et à l’émotion sur les décisions d’embauche

Elena Canadas et Marianne Schmid Mast, HEC

Le sexe et l'émotion sont des indices sur un visage qui fournissent aux percepteurs des informations suffisantes à former des impressions et à décider comment se comporter envers la personne perçue. Bien que de nombreuses recherches aient étudié la précision et la rapidité des percepteurs à catégoriser autrui, les conséquences sociales des catégorisations ont moins été investiguées. Grâce à la réalité virtuelle, cette étude évalue comment les stéréotypes liés au sexe et aux émotions peuvent influencer une décision d'embauche pour une position typiquement masculine (économiste) ou féminine (infirmière). Nous avons développé un bureau virtuel dans lequel six candidats (3 femmes, 3 hommes –avatars–) postulent pour un poste de travail en exprimant un comportement non verbal de colère, de tristesse ou un comportement neutre, évalué ensuite par 62 participants (recruteurs). Nous avons demandé aux participants de classer les avatars selon leurs aptitudes pour le poste. Les résultats montraient que les femmes en colère avaient de meilleures chances par rapport aux hommes en colère, tandis que les hommes tristes primaient sur les femmes tristes. Il n'y avait pas de différence entre les hommes et les femmes neutres. La décision d'embauche n'a pas été influencée, indépendamment de la position mise au concours. En somme, le sexe et l'émotion sont cruciaux pour les interactions sociales et les décisions d'embauche. Nos résultats montrent qu’exhiber des émotions liées au stéréotype du sexe peut être nocif pour les décisions d'embauche.

Femmes prolife. Une ethnographie des Centre d’Aide à la Vie en Italie

Martina Avanza, MER, SSP

Les Centres d’Aide à la Vie (CAV) ont été fondés par le principal mouvement prolife italien (le Movimento per la Vita) après la légalisation de l’IVG (1978). Leur but officiel est de convaincre des femmes faisant face à une grossesse non désirée et/ou difficile de ne pas avorter en sauvant ainsi une "vie". De fait la réalité des CAV est autre: les femmes qui arrivent dans ces centres n’ont, pour la très grande majorité d’entre elles, aucune intention d’interrompre leur grossesse. Elles sont simplement seules, pauvres et (dans leur quasi totalité) migrantes et cherchent dans les CAV un peu d’aide, surtout matérielle. Même si ces femmes ne font théoriquement pas partie du public cible des CAV, les bénévoles qui animent les centres (il en existe plus de 300 partout en Italie) se refusent de les renvoyer et sont pour cela critiquées par l’aile politique du mouvement qui est très majoritairement composée d’hommes alors que les CAV (aile opérationnelle du mouvement) sont des univers quasi exclusivement féminins. Sous la formule maintes fois entendue "nous ne sommes pas là pour faire de la distribution de couches" on peut résumer la critique qui est faite aux femmes des CAV: s’être trop éloignées de la bataille contre l’avortement en faisant un travail caritatif certes louable mais plus adapté à la caritas qu’à des militantes prolife. Face à cette forme de discrédit on peu voir à l’œuvre aux CAV une forme de résistance féminine, une tentative de redéfinir ce que cela signifie d’être prolife. Nous interrogerons cette résistance et ces tentatives à partir d’entretiens menés avec des bénévoles CAV, mais aussi d’observations participantes menées dans deux de ces centres (terrain actuellement en cours). Nous n’homogénéiserons pas pour autant les bénévoles CAV, ces derniers étant traversés aussi par des conflits, notamment entre l’ancienne et la nouvelle génération militante.

L’Armée suisse: des socialisations institutionnelles différenciées selon le genre

Stéphanie Monay, SSP (Thèse en cours – Les femmes dans l’Armée suisse)

L’armée, dans la sociologie des institutions, est souvent définie comme une institution totale au sens goffmanien et/ou comme une institution disciplinaire au sens de Foucault. Si Muriel Darmon propose, dans sa recherche sur les classes préparatoires en France, un nouveau concept d’"institution enveloppante [qui n’est] ni une institution totalitaire ni une institution en déclin"1, cette thèse propose de laisser cette qualification en suspens afin d’y répondre au terme de la recherche2; ainsi, ce concept renvoie pour l’instant plutôt à un "programme de recherche"3 qu’à un outil conceptuel défini et fini. Si on analysera l’institution militaire qu’est l’Armée suisse via les concepts d’institutions totales et disciplinaires, impliquant divers critères mais également des "limites [quant à] l’emprise institutionnelle"4, le but central n’est pas ici de conclure sur l’institution elle-même, mais de dégager les logiques derrière certaines variations quant à ses emprises intitutionnelles vis-à-vis des individus aux caractéristiques différentes, ici le genre centralement. On part donc de l’hypothèse qu’être une femme ou un homme au sein de l’Armée suisse n’implique pas les même processus de socialisation secondaire, car l’emprise institutionnelle diffère selon le sexe, se met en pratique différemment. En bref: en quoi la "dimension totale" ou "enveloppante" varie selon la population militaire en question, soit ici les femmes et les hommes? Il s’agit également de ne pas ignorer les autres variables lourdes qui se révèleront pertinentes, tel que le niveau d’instruction, ainsi que les variables propres à l’institution (grade, arme, fonction,…).

Cette proposition de communication, basée sur une thèse en cours mobilisant des données quantitatives, des analyses de documents, des entretiens ainsi que des observations, cherche à soumettre l’intérêt d’une telle question et la pertinence d’une telle hypothèse, tout en proposant quelques premiers résultats issus des différentes méthodes de recherche.
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1 Muriel Darmon, Classes préparatoires. La fabrique d'une jeunesse dominante, Paris: La Découverte, 2013, p. 84.
2 Qualifier l’Armée suisse comme une institution "en déclin", est à mon sens une pré-notion à écarter: si les remises en cause de l’Armée suisse et de son fonctionnement sont facilement repérables, il ne faut pas pour autant négliger les signaux d’un certain attachement de la population suisse à cette institution, ni même déprécier a priori son pouvoir socialisateur sur les individus.
3 Jacques Lagroye et Michel Offerlé (dir.), Sociologie de l’institution, Paris: Belin, 2010, p. 23.
4 Idem.

Le retour à la non mixité à l’école: le point de vue des élèves.

Antoine Bréau, Lucie Schoch, Vanessa Lentillon Kaestner, SSP & HEP

A une échelle internationale, la question du genre à l’école est devenue un "thème crucial" (Rapport Eurydice, 2010) notamment au regard des inégalités et des stéréotypes sexistes présents dans les établissements scolaires. Face à cela, la perspective d’un retour à une école non mixte est aujourd’hui envisagée et mise en place dans certains pays (Yates, 2011). Avec notamment pour leitmotiv "single sex schools break down gender stereotypes" (Duru Bellat, 2012, p 137) les écoles non mixtes devraient permettre aux élèves de ne plus rester enfermés dans des modèles de masculinité ou de féminité déjà préconçus. En Suisse, certaines écoles ont commencé à adopter ce principe de non mixité (Largo, 2008 ; Vouillot, 2010). Notre étude a souhaité accéder au point de vue des élèves vis à vis de cette non mixité. Ce projet s’appuie sur la mise en place de dix "focus group" (entretiens collectifs) rassemblant au total 52 élèves. Nos résultats montrent que tous les élèves interrogés sont contre le retour à la non mixité à l’école, synonyme d’un retour en arrière et de l’école du passé. Pour les élèves, se retrouver qu’entre filles ou qu’entre garçons perturberait le climat de classe. Au delà de conditions de travail plus favorables, la mixité permet à chacun et à chacune d’apprendre à connaître l’autre sexe. Défendue par l’ensemble des élèves, la mixité reste privilégiée. Elle doit toutefois s’accompagner de nouvelles propositions et réflexions afin de dépasser son seul statut de "belle utopie" (Marry, 2004).

Le genre dans les milieux de spiritualité holiste du Yucatán actuel (Mexique). Exploration thématique

Manéli Farahmand, FTSR

Je suis actuellement en travail de terrain au Mexique avec un séjour ethnographique focalisé sur le genre. Le terrain s'inscrit dans le cadre d'une recherche en thèse divisé en plusieurs sessions ethnographiques avec différents thèmes problématisés et cas d'études analysés comparativement. Le thème général concerne les processus d'identification, de récupération et de reformulation des traditions mayas en contextes urbains par des acteur·trices métissent, mayas, ou étrangers qui circulent dans un vaste réseaux transnationale et milieux locaux de spiritualités holistes.

Le premier séjour au Guatemala et terrain en Suisse portait sur le millénarisme mayas (21.12.2012), le deuxième au Mexique était plus focalisé sur les processus "d'hybridations" religieuses et celui-ci sur le genre. En mars, je n'aurai pas analysé mes données, ni les processus macro en perspective, mais des pistes de réflexion qui ressortent du terrain. Surtout, la petite présentation pourrait m'aider à trouver des outils d'analyses et conseils d'expert·e·s dans ce domaine.

Je vous annonce donc mon vif intérêt à faire une petite présentation avec les découvertes de ce terrain en mars et de présenter conjointement les résultats ethno-photographiques – avec une proposition d'exposition – en collaboration avec la photographe Laetitia Gessler en novembre. Je suis actuellement plusieurs femmes leaders ”néo-mayas” et thérapeutes alternatives qui travaillent (thérapies, cérémonies) avec les notions émiques d’”harmonisation des énergies féminines et masculines” et qui ont un discours très forts sur l'équité genre et antiféministes (ou plutôt alternatif aux féminismes mexicains). Au niveau des méthodes, les entretiens narratifs focalisés sur les récits de vie de ces femmes m'aident à comprendre les expériences biographiques clés qui les ont menées à ces discours et pratiques. L'observation participante m'aide à discerner des différences de genre dans la pratique.

Beaucoup d'entre elles (si ce n'est toutes) sont divorcées et ont cheminé vers la spiritualité – au sens large – après une grosse rupture, un deuil, une maladie, maladie d'un enfant et on dû faire face à de nombreuses critiques et stigmatisations familiales et sociales liées au contexte ultra-catholique et visions locales du parcours idéaltype et rôle des femmes. Elles racontent leur processus intérieur pour s'affirmer dans la sphère publique et privée et changer leur vision des institutions sociales.

Plusieurs d'entres elles font un travail "thérapeutico-spirtiuel" avec des femmes qui vivent des violences domestiques dans les communautés et accompagnement de deuils ou post-traumas; "guérisons avec les roses", "massages énergétiques", etc. Elles travaillent dans l'ombre, en marge du catholicisme et du travail des anciens mayas qui portent officiellement la tradition maya yucatèque – tout en reconnaissant l'autorité des anciens.

"Ethnographier" les corps dans une perspective de genre: quelle(s) méthode(s)?

Solène Froidevaux, SSP

Ayant étudié les interactions et les prises d’espace dans un transport public lors de mon mémoire et souhaitant prolonger ma réflexion à d’autres espaces (activités de loisir entre autres) dans le cadre de ma thèse, cette communication se propose de réfléchir aux méthodes possibles pour appréhender un tel terrain.

Ayant mené des observations directes lors de mon premier travail, je souhaite à présent conduire une ethnographie participante voire intégrative des pratiques, tout en portant une attention soutenue à la culture matérielle environnante. Que nous disent les objets en présence? Que nous disent les corps? Où faut-il placer son regard? Le genre se donne-t-il à voir? Puis, comment mener des entretiens (individuels et collectifs) à la suite et en parallèle des observations?

Une conversion d'un autre genre, ou lorsque la trajectoire d'une transsexuelle s'immisce entre le "religieux" et le "séculier"

Samuel Blouin, FTSR

La présentation s'appuiera sur le cas d'une transsexuelle québécoise qui a pris position dans les controverses sur les "accommodements raisonnables" et la "Charte des valeurs" au Québec. Je proposerai des pistes d'analyse croisant sa trajectoire biographique analysée comme une conversion et l'état de la conversation publique au Québec sur le religieux. Cette étude de cas a permis de mettre en lumière des similarités entre les convictions en matière de genre et en matière religieuse qui interrogent les problématisations théoriques de la dichotomie entre le religieux et le séculier.

Alcool et tabac pendant la grossesse: des professionnelles entre discipline des corps enceints et accompagnement des femmes

Edmée Ballif, SSP

En Europe comme aux Etats-Unis, la consommation d'alcool et de tabac pendant la grossesse est devenue une préoccupation de santé publique. Le matériel d’information produit par les organismes de prévention ainsi que les professionnel·le·s de la santé incitent les femmes enceintes à l’abstention. Les recherches en études genre ont pour la plupart décrit ce phénomène comme la construction d'un problème social et ont analysé les programmes de prévention comme des dispositifs visant à discipliner les femmes enceintes afin d'assurer la "qualité" du fœtus en tant qu’enfant potentiel (Oaks 2001, Armstrong 2003, Golden 2005). Mais les professionnel·le·s de la santé ont-ils véritablement une position unifiée et claire sur la question? Comment se positionnent-ils/elles entre messages officiels d’abstinence et pratiques de terrain? En m'appuyant sur un terrain ethnographique auprès de professionnelles de l'accompagnement des grossesses en Suisse romande, je m'intéresse à la manière dont la prévention se déroule sur le terrain. J'ai mené durant deux ans des observations et des entretiens auprès de sages-femmes et assistantes sociales chargées d'offrir des consultations psychosociales aux femmes enceintes. Il apparaît que ces professionnelles ne sont pas de simples courroies de transmission des messages de prévention officiels mais débattent de la "vérité" du risque représenté par l'alcool et le tabac. Elles sont également en désaccord sur la personne à privilégier dans leur intervention – la femme enceinte ou le fœtus – et oscillent entre représentation des femmes enceintes comme victimes d’une addiction ou comme responsables de leurs choix. Ces positions contrastées et en constante renégociation invitent à une analyse nuancée de la prévention de l'alcool et du tabac pendant la grossesse en Suisse romande.

Femmes, autorité́ et christianisme: une difficile mémoire au présent

Prof. Claire Clivaz, SSP

Dans un ouvrage percutant, Eldon Epp a démontré́ que le nom d’une femme apôtre dans le Nouveau Testament – Junia en Rm 16,7 – a été́ masculinisé dès 1830 dans la recherche en sciences bibliques, et ceci jusqu’à il y a une vingtaine d’années: "Ce qui est difficile à comprendre de nos jours est qu’un environnement socio-culturel, imbu de l’idée que les femmes n’avaient qu’un rôle limité dans l’Eglise, pouvait encore influencer certains éditeurs du Nouveau Testament grec du milieu des années 1990 au point d’imposer une forme masculine sur un nom grec inaccentué́, [...] alors que tous les écrivains de l’Eglise du premier millénaire de la chrétienté́ prenaient ce nom pour un nom féminin"1.

Cette contribution souhaite s’interroger sur le constat de cette difficulté́ contemporaine à faire mémoire des femmes exerçant une autorité́ dans l’histoire du christianisme, alors même que les exemples historiques sont nombreux: femmes prêtres dans les mouvements chrétiens anciens marginaux, ou même Réformatrice, comme Marie Dentière, dont on a ajouté le nom sur le mur des Réformateurs de Genève il y a dix ans seulement. Cette difficulté́ s’exprime également par le fait qu’aujourd’hui encore, en France et en Suisse, on constate un désaccord sur le nom même de celles qu’on pourrait nommer "la" première femme pasteur. De fait, ce sont pour la France l’Eglise baptiste, et pour Genève et Vaud les Eglises libres qui ont connu les premières femmes pasteurs en modernité́ (Madeleine Blocher-Saillens et Marcelle Bard en France et à Genève en 1929 ; Lydia von Auw dans le canton de Vaud en 1935). Puisque la recherche semble avoir pris conscience de cette difficulté́ depuis la fin du 20ème siècle, on esquissera en deuxième partie les possibles raisons de cette transformation, de la reconfiguration des relations homme-femme via l’invention de la pilule contraceptive, au tournant culturel digital comme facteur favorisant les processus de décisions collectives et l’expression individuelle2.
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1 Eldon Epp, Junia. Une femme apôtre ressuscitée par l’exégèse (Le Monde de la Bible), trad. Gabrielle Rivier, Genève : Labor et fides, 2014 ; part. p. 105.
2 Voir les Postcolonial Digital Humanities, http://dhpoco.org/blog/2014/04/01/postcolonial-digital-humanities‐praxis-proposal-for-mla-2015/

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2014

La Plateforme en Etudes Genre (PlaGe) de l’Université de Lausanne organise des journées d’étude sous un nouveau format : les Research Days, consacrés aux recherches adoptant une perspective de genre et/ou soulevant des problématiques de genre. Ces journées sont divisées en deux. Un premier jour est consacré au Work in Progress et s’adresse en particulier aux chercheur·e·s universitaires débutant·e·s (Master, doctorat) qui travaillent sur des recherches interrogeant le genre, de manière centrale ou partielle, théorique ou empirique et offre l’occasion de confronter les points de vue et les résultats des recherches entre chercheur·e·s. L’Advanced Day occupera le second jour et s’adresse à des chercheur·e·s avancé·e·s qui pourront discuter de leurs travaux en cours ou achevés avec leurs collègues issu·e·s des différentes facultés de l’Unil. Les Research Days de cette année reprennent le flambeau du Work in Progress en Etudes Genre du réseau LIEGE, organisé depuis 2002, et poursuit son objectif de mettre en contact les chercheur·e·s de différents niveaux pour visibiliser l’importance du genre dans la recherche toutes disciplines confondues. C’est porté par cet esprit que cet événement inaugure la PlaGe.

Dates et lieu

Work in Progress : 18 mars 2014, Géopolis, salle 2216. Programme (pdf)
Journée inaugurale de la PlaGe : Advanced Day et table ronde Genre et interfacultaire : quels défis ? : 19 mars 2014, bâtiment Amphimax, salle 414. Programme (pdf)

 

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