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| Hindi, Urdu et langues pré-modernes | Sanskrit et moyenne-indienne
 

Bachelor 

Plan d'étude pour le Baccalauréat universitaire (Bachelor) 2013

Master 

Plan d'étude pour la Maîtrise universitaire (Master 2005), disciplines principale et secondaire 

Plan d'étude pour la Maîtrise universitaire (Master 2015), disciplines principale et secondaire

Hindi, Urdu et langues pré-modernes

Le hindi 

Depuis la Constitution de 1950, le hindi est, avec l’anglais, la langue officielle de l’Union indienne. Il appartient à la vaste famille indo-européenne, plus précisément au groupe indo-iranien occidental des langues parlées dans la vallée indo-gangétique et dans l’Inde centrale. Selon le Census of India de 2001, 420 millions d’Indiens considèrent le hindi au sens large (au-delà de ses dialectes particuliers) comme langue maternelle. On pourrait y ajouter une grande partie de la population indienne le comprenant à un certain degré, notamment grâce à l’impact des innombrables films en hindi qui ne sont en général pas traduits en Inde et que l’on connaît maintenant en Occident grâce au succès de Bollywood. Au niveau des États indiens, le hindi est la langue officielle (unique ou conjointement à d’autres langues) du Bihar, du Chhattisgarh, de l’Haryana, de l’Himachal Pradesh, du Jharkhand, du Madhya Pradesh, du Rajasthan, de l’Uttaranchal, de l’Uttar Pradesh et du territoire de Delhi. Il est également présent au Népal, en Afrique du Sud, en Ouganda, au Yémen, dans les îles Fidji, Maurice et de la Réunion, à Trinidad et dans les différentes diasporas du monde.

Linguistiquement, le hindi standard, utilisé actuellement dans les médias, la littérature et les grammaires, peut être décrit comme la codification de sa forme récente, la khaṛī bolī, parlée originellement dans la région comprise entre Agra, Mathura et Meerut (sud-est de Delhi) et progressivement utilisée pour l'écrit depuis le début du 19e siècle, en lieu et place du braj et d'autres formes anciennes du hindi. Une des marques du hindi moderne, à l'origine de sa beauté mais aussi de sa difficulté, est le très riche registre lexical qui le constitue. Empruntant son lexique autant au sanskrit et aux prakrits qu'au persan et à l'arabe - sans oublier l'anglais - cette langue permet une variation infinie d'expressions et de nuances socio-culturelles.

Très souple donc dans sa formation, le hindi est devenu au fil des décennies un outil de communication considérable dans tout le nord de l'Inde (le Sud, appartenant à la famille dravidienne, montrant une certaine résistance à son égard), notamment par son usage à la télévision et dans le cinéma, alors que le hindi officiel, lourdement sanskritisé, est essentiellement utilisé dans des cadres cérémonielles, étatiques, ou fortement liées à une certaine culture hindoue traditionaliste. Entre les deux, mais plus proche du premier que du second, figure le hindi littéraire qui s’inspire de cette hybridation et l’utilise avec originalité, y intégrant comme par le passé un riche lexique arabo-persan.

 

L'ourdou 

L'ourdou est une langue d'Asie du Sud principalement parlée en Inde, langue reconnue par la Constitution indienne, et au Pakistan dont c’est la langue nationale et officielle. L'ourdou possède un profil international avec des centaines de milliers de locuteurs dans le monde, plus particulièrement au Royaume-Uni, dans le Golfe Persique et l'Afrique de l'Est. Historiquement, l’ourdou a fonctionné comme lingua franca dans le sous-continent indien et il garde, aujourd’hui, une place reconnue grâce à son usage dans le cinéma Bollywood qui s’inspire fortement de dialogues provenant du ourdou.

Malgré cette diversité géographique, on situe la naissance du ourdou dans la région de Delhi et de l’Uttar Pradesh, bien qu’il se développe également dans le Deccan, au sud de l’Inde, dans des formes très élaborées. Concernant sa structure grammaticale, l'ourdou appartient à la famille des langues indo-européennes. Il partage presque toutes ses caractéristiques grammaticales avec les autres langues indo-aryennes. Pourtant, son vocabulaire s'appuie fortement sur des emprunts fait au persan, à l’arabe et au turc. On l'écrit généralement dans une version modifiée du script arabo-persan appelé nasta'liq, et quelquefois en devanagari. Ces deux caractéristiques - un vocabulaire perse et un script unique - différencient l'ourdou du hindi, par ailleurs presque identiques.

En plus de son rapport au cinéma, l'ourdou est connu pour sa connexion avec des formes de musique très importantes. Begum Akhtar est peut-être la figure maîtresse du ghayal de forme thumri, alors que Nusrat Fateh Ali Khan a fait que le qawwali soit apprecié dans le monde entier. Comme la musique, la littérature en ourdou est très raffinée, constamment développée depuis le 17e siècle. Principalement limitée au domaine de la poésie qui fait la notoriété du ourdou jusqu'aux environs de 1800, la prose capte ensuite l'intérêt des lecteurs. Les auteurs les plus connus incluent Premchand, Manto et Qurat al-Ain Haider. Cependant, aujourd'hui encore, la poésie ourdoue reste extrêmement célèbre et appréciée. Même ceux prétendant ne pas parler ourdou connaissent bien souvent quelques lignes de poèmes par cœur. Les noms de Ghalib, Faiz Ahmad Faiz et Iqbal sont partout reconnus.

 

Les langues pré-modernes - le braj et l'avadhi: en bref

Une partie de la formation en Asie du Sud (filière moderne) est consacrée aux littératures en langues pré-modernes, avec un accent mis sur le braj et l’avadhi, qui forment des stades intermédiaires entres les langues indo-aryennes anciennes et le hindi moderne.

L’histoire de la littérature braj et avadhi est parallèle à celle de l’hindustani ; les conquêtes du sous-continent indien dès le 11e siècle apportent des langues et cultures nouvelles, arabe, persan et turc, se mêlant aux expressions et traditions locales. Le braj, attesté dès le 13e siècle, devient véhicule littéraire sous l’influence de la tradition de Vallabha et reste la langue de la poésie jusqu’à la fin du 19e siècle (ouest du pays). Une première époque est celle des poètes de la bhakti (15e-17e s.), qui expriment leur vision du divin sous forme de chants (tradition orale), et dont les représentants principaux sont Surdas et Mira. Une deuxième époque (17e-19e s.), connue sous le terme de poésierīti, dont la thématique principale est śṛṅgāra, l’amour, exprimé dans un langage soigné et composé de figures de style complexes (alaṅkāra), comme par exemple Bihari Lal, Mati Ram, Dev ou Keshavdas. 

L’avadhi est un dialecte de la partie est du nord de l’Inde, dont le chef-d’œuvre principal est le Rāmāyaṇa de Tulsidas, rédigé dès 1574. 
Si l’on trouve une éloquente tradition écrite, surtout à partir du 17e-18e siècles, une grande partie de la littérature en braj et avadhi (mêlée avec d’autres dialectes importants de l’époque, par exemple rajasthani, punjabi) est orale et mise sous forme écrite que des siècles après leurs supposés auteurs. Des exemples typiques sont ceux de poètes comme Kabir et Mira, dont les recensions manuscrites couvrent des traces de l’ensemble des langues en vogue durant leur époque (15e-16e).

Les langues pré-modernes peuvent être approchées autant à partir du sanskrit que du hindi moderne et constituent ainsi une part importante dans la formation philologique des étudiants. Ces langues sont également une entrée dans la culture composite qui caractérise leur période.

Sanskrit et moyenne-indienne

Le sanskrit 

Les premiers textes attestés en sanskrit sont les Védas. La rédaction du Ṛgveda, le livre le plus ancien, est généralement datée du milieu du deuxième millénaire avant l’ère chrétienne. Il est toutefois admis que les récits véhiculés par ces textes furent transmis oralement dès une période antérieure. On appelle actuellement la langue utilisée dans ce corpus de textes le ‘sanskrit védique’. Cette langue diffère passablement du ‘sanskrit classique’ qui devient la langue véhiculaire de l’Inde, après que Pāṇini, vers les 5e-4e siècles avant l’ère courante, a établi une analyse des règles grammaticales de cette langue. Le terme sanskrit, dont l’usage n’apparaît que tardivement provient de la formation de la particule sam- (complètement) et du participe passé passif -kṛta (fait). Il signifie littéralement : fait complètement, élaboré, préparé. Le sanskrit et le védique sont des représentants des langues indiennes anciennes, c’est-à-dire du plus ancien niveau des langues indiennes qui nous est accessible.

Linguistiquement, le sanskrit fait partie du rameau indo-iranien de la famille des langues indo-européennes, au même titre que l’iranien. Le vieux perse présente par exemple de frappants points communs avec le sanskrit. Aussi, de nombreuses racines sont communes au sanskrit, au vieux perse, mais aussi au français, à l’allemand ou encore à l’anglais.
Le sanskrit est une langue à désinences casuelle, avec un système verbal également élaboré. Elle fait dériver une grande partie de son vocabulaire à partir de racines verbales. Le procédé de composition nominale est aussi un élément caractéristique de la langue. Cette langue fut écrite dans différentes graphies, même si la nāgarī ou devanāgarī – aussi utilisée pour le hindi – s’est peu à peu établie comme la plus courante. Elle est non seulement une des sources historiques des langues indiennes modernes, mais aussi elle influence fortement ces langues modernes dans leur lexique.
Dès le milieu du premier millénaire avant l’ère chrétienne, le sanskrit est abondamment utilisé dans de nombreux domaines : religion, cosmologie, épopée, poésie, grammaire, philosophie, lois, astronomie, mathématique, mythologie… Langue de culte et d’enseignement, elle fut aussi la langue de certains textes bouddhistes et jainas. Apprendre le sanskrit c’est ainsi ouvrir une porte fondamentale vers toutes les sphères de la culture, de la science et de la littérature indiennes.

Sanskrit_Encyclopaedia_Britannica.pdf 

 

Les langues moyen-indiennes: en bref

L’histoire des langues moyen-indiennes est étroitement liée aux activités des deux grands guides religieux de l’Inde ancienne – le Bouddha et le Jina. Ces dernies commencèrent en effet à utiliser différentes langues régionales pour leurs textes religieux, alors que les brahmanes suivaient les croyances et pratiques védiques et préféraient le sanskrit comme moyen de communication. Ces deux traditions ont ainsi posé les bases du développement de ce type de dialectes en tant que langues littéraires.

En raison de leur apparition historique plus tardive et de leur position dans l’évolution des langues indiennes, ces langues sont appelées moyen-indiennes par rapport à celles qui les précédent, les langues indiennes anciennes (sanskrit et védique), et celles qui leur succèdent, les langues indiennes modernes (p.ex. avadhi, braj, hindi, bengali, etc.). Les plus anciens représentants du moyen-indien, tels que le pāli ou le gāndhārī sont très proches des langues anciennes de l’Inde et peuvent être ainsi aisément étudiés sur la base d’une connaissance élémentaire du sanskrit. Par exemple, le mot sanskrit dharma « loi » apparaît en pāli avec le terme dhammo et en gāndhārī avec dhramo.

Il est attesté dans les anciens textes bouddhiques et jainas, ainsi que dans de nombreuses inscriptions que l’usage du moyen-indien comme langue parlée est probablement confiné aux siècles précédant la vie du Bouddha, c’est-à-dire les 5e et 4e s. av. l’ère courante, jusqu’au premier millénaire de l’ère courante. Il est néanmoins resté en usage jusqu’à des temps beaucoup plus récents comme langue de religion et de littérature. Aussi, la grammaire la plus influente du moyen-indien, le Siddhahemacandradu moine Jaina Hemacandra, appartient au 12e s. de l'ère courante.

Hemacandra utilise le terme prakrit (prākṛta) pour les langues qu’il décrit. Ce terme, dérivé du terme sanskrit prakṛti « base, fondation », est aujourd’hui généralement utilisé comme terme générique indien pour parler des langues moyen-indiennes. Hemacandra explique ce terme ainsi : prakṛtiḥ saṃskṛtam. tatrabhavaṃ tata āgataṃ vā prākṛtaṃ (Siddhahemacandra 8.1.1). « Le sanskrit est la base. Ce qui en tire son origine ou ce qui en est dérivé (est appelé) prākṛta ».

Bien que l’histoire ancienne du moyen-indien ne soit pas encore bien connue, on peut affirmer de manière relativement certaine que cette langue est plutôt basée sur un type védique de langue ancienne indienne que sur le sanskrit.

Les traditions bouddhistes de l’Inde ne peuvent pas être étudiés sans une connaissance profonde du moyen-indien. A côté de l’impressionnant canon du bouddhisme Theravāda, intégralement parvenu jusqu’à nous et composé en pāli, on trouve de nombreuses autres traditions bouddhistes transmises dans diverses langues. Le canon le plus important parmi eux est probablement celui qui a été récemment découvert dans la langue du Gandhāra, à savoir la région du nord-ouest de l’Inde ancienne. Ces textes gāndhārīs appartiennent à la période s’étendant entre le 1er s. av. et le 3e s. de l'ère courante. Ils sont les plus anciens manuscrits bouddhiques connus jusqu’à présent.

La littérature d’autres écoles bouddhistes est écrite dans un type particulier de sanskrit, généralement connu sous le nom de ‘sanskrit bouddhique’, qui présente un certain nombre d’influences du moyen-indien sur un plan lexical, morphologique et syntaxique. D’autres variétés de langues moyen-indiennes qui sont utilisées dans les cercles jainas et dans la littérature incluent notamment le māgadhī, l’ardhamāgadhī et le māhārāṣṭrī. Les noms de ces langues indiquent déjà leur étroite association avec des aires géographique spécifiques (Magadha à l’est, Māhārāṣṭra à l’ouest), avant que celles-ci ne soient utilisées comme langues courantes. La distribution géographique originale des différents dialectes peut être déduite grâce aux plus anciens documents écrits de l’Inde ancienne : les édits du roi Maurya Aśoka, une des figures les plus célèbres de l’histoire indienne. Ses proclamations que l’on trouve dans presque toutes les régions de l’Inde sont composées en différentes langues moyen-indiennes qui sont dans de nombreux cas basés sur des langues parlées de ces régions.
La fin de la période moyen-indienne dans l’histoire des langues indiennes est marquées par l’apabhraṃśa (littéralement ‘déclin’), une langue utilisée à la fin du premier millénaire et qui illustre la transition entre le moyen-indien et les langues modernes indiennes.


Littérature: Oskar von Hinüber: Das ältere Mittelindisch im Überblick (Österreichische Akademie der Wissenschaften. Philosophisch-historische Klasse. Sitzungsberichte, 467. Band = Veröffentlichungen der Kommission für Sprachen und Kulturen Südasiens, Heft 20). Wien 2001 (2. erweiterte Auflage).

Prakrit_Encyclopaedia_Britannica.pdf

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