2017

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REPRESENTER / INTERPRETER
Théories, applications, usages, inventions esthétiques, retours théoriques

Sous la direction des prof. Maria Tortajada (Unil) & Martin Lefebvre (Concordia University)
avec la collaboration de Carine Bernasconi


English below

Par la représentation, comme par le récit, nous gérons les formes de notre rapport au monde, qu’elles soient artistiques ou purement fonctionnelles. Représenter, c’est d’abord mettre devant les yeux : d’emblée est impliquée la notion d’image, ou de production imagée, voire d’imaginaire. Dans ce sens, le récit, y compris dans le roman, recrée « l’image » d’un monde. Transparaît alors le double sens latent de la notion de représentation, qui peut relever de l’image mentale comme de la matérialisation mimétique, que nous privilégierons ici et dont le film et la photographie sont des exemples parmi d’autres. Les variations subtiles de "représentation" se traduisent en allemand, par exemple, dans l’articulation de "darstellen" et "vorstellen", ou en anglais dans les variantes comme "to depict", "to exhibit" ou "to represent", alors que l’on peut trouver en français encore "monstration" ou "lieutenance".

On peut définir une théorie de la représentation selon deux axes.

  • D’une part, comme la manière dont un roman, un tableau, une représentation théâtrale, une photographie, un film, etc. renvoient à ce dont ils tiennent lieu. Dans le sens lui-même variable de "mimesis", représentation est synonyme d’imitation. Mais il peut s’en distinguer par ailleurs. On peut représenter en effet sans "imiter", sans copier, sans proposer une réplique ressemblante. Le terme de "tenant lieu" permet justement de désigner la représentation en laissant place soit aux stratégies diverses qu’une représentation concrète emploie pour renvoyer au représenté, soit aux possibles modélisations qu’un discours théorique déploie. La variabilité de la notion en fonction des moments historiques, avec leurs cadres conceptuels et leurs pratiques représentationnelles, est au centre de la réflexion sur la représentation, qui trouve des formulations multiples. Celles-ci peuvent se focaliser sur ce qui définit le tenant lieu (par exemple appelé le "syntactique" ou le "grammatical" sous la plume de certains philosophes, tel Charles Peirce ou Charles Morris) ou sur le type de relation activée entre le tenant lieu et ce qu’il représente (c’est-à-dire le "sémantique" selon ces mêmes philosophes ou logiciens). Les deux approches se combinent. Les relations peuvent néanmoins être pensées en dehors du cadre sémiologique, faire appel à des notions comme "l’incarnation", "l’identité" de la représentation et du "monde" (qu’on pense par exemple au réalisme ontologique d’André Bazin).
     
  • D’autre part, une théorie de la représentation traite de ce que produit la représentation sur un spectateur – lecteur, observateur, auditeur, etc. –, qu’il soit conçu de chair et d’os ou qu’il soit construit comme une entité abstraite ("visé", "impliqué" par les formes de la représentation à une certaine "place", appelé comme "destinataire", etc). La théorie se concentre alors sur l’effet de l’imitation. Ainsi, le spectateur peut être décrit en ce qu’il est trompé, séduit, démystifié, en ce qu’il s’absorbe ou prend conscience, etc. Il peut être théorisé en fonction de son activité, en ce qu’il perçoit, observe, lit, déchiffre, interprète, etc., compte tenu du rapport que la représentation entretient avec le représenté (ces questions relèvent de l’ordre de la "pragmatique" ou de la "rhétorique spéculative", cette fois, pour les philosophes-logiciens).
     

Interpréter, on le voit, fait partie de la constellation des notions liées à celle de représentation. Elle s’inscrit dans le deuxième axe d’une théorie de la représentation : le spectateur peut interpréter une photographie, un film ou une mise en scène théâtrale, c’est-à-dire qu’il tire un sens de ce qu’il voit, qu’il fournit une explication, une traduction. Là où la "représentation" semble mettre l’accent sur les formes qui la structurent à partir desquelles le spectateur est visé, "l’interprétation" souligne plutôt un processus de signification, compte tenu cependant de la représentation. Il y a l’idée que ce sens nécessite d’être médiatisé par l’acte interprétatif, qu’il n’est pas donné comme tel. Dans certains cas, il peut être appréhendé à travers la révélation d’un mystère : il se dégage à la faveur d’une herméneutique. Mais il pourrait aussi se renouveler dans une conception de l’interprétation comme création ou production de sens. Comme celle de représentation, la notion d’interprétation doit être historicisée, explicitée en fonction des pratiques qui l’activent et des théories qui en définissent le fonctionnement. Il reste que l’interprétation relève aussi du premier axe de la théorie de la représentation, et désigne alors comment une oeuvre littéraire, une image, une scène donnent corps et sens à ce à quoi elles renvoient / à ce dont elles s’emparent ; ce peut être la réalité et ses mystères, mais aussi un texte ou encore les intentions d’un auteur, les sentiments des personnages ou une partition musicale. L’acteur interprète son personnage, le metteur en scène propose une représentation qui est l’interprétation d’un texte dramatique.

Les questions liées à la représentation et à l’interprétation touchent à divers domaines de l’expérience humaine. Elles peuvent être saisies aussi bien par des problématiques artistiques que par celle de l’historien, ou encore dans le questionnement des dispositifs techniques, sociaux ou idéologiques dans lesquels s’exposent, circulent et finalement se donnent les représentations.

Ce colloque vise à confronter des théories et des cas concrets qui travaillent tel ou tel aspect du processus représentationnel. Que font en somme les questions liées à la représentation ou à l’interprétation aux problématiques du chercheur que vous êtes ? Comment ces outils décrits ici brièvement peuvent-ils vous permettre d’approfondir votre réflexion et d’analyser vos objets ?

 

 

TO REPRESENT / TO INTERPRET
Theories, Applications, Uses, Aesthetic Inventions, Theoretical Returns

Dir. by Maria Tortajada (Unil) & Martin Lefebvre (Concordia University)
with the collaboration of Carine Bernasconi

 

Representation is the means by which we manage the forms our many interactions with the world take, whether these interactions be artistic or purely functional. Prominent in representation is the image, both external (drawings, paintings, photographs, films, etc.) and internal (imaginings, memories, hallucinations, dreams, etc.). Some representations, like narrative, can help us create
or recreate the “image” of a world. Whereas in literature this image tends to be internal and require mental constructs, cinematic worlds usually involve some mimetic embodiment and the perception of external images. It is the latter we seek to privilege here by way of the various nuances of the concept of representation — for instance, in French: “représentation”, “monstration”, “lieutenance”; in German: “darstellen”, “vorstellen”; in English: “representation”, “depiction”, “exhibition”.

Theories of representation often develop along one of two axes.

  • On one hand we find theories that emphasize how a given representation — a novel, a painting, a theatrical play, a photograph, a film, etc. — can come to stand for some object(s). Such theories (especially in the context of the visual arts) are often concerned with the mimetic aspect of representation, though not exclusively. Representations don’t necessarily imitate. The very idea of “standing for something” is sufficiently broad to account for different modalities of representation, for different ways of grounding the representation relation. These various modalities, the conceptual schemes that seek to account for them and the actual practices of representation they entail, as well as their history, have been central concerns for much theorizing on the subject. As a result, many such theories tend to examine (either separately or at once) the nature of that which can come to stand for something else (what some philosophers like C. Peirce or C. Morris have called the “syntactic” or “grammatical” aspects of representation) and investigate the various types of relations that connect representations with the objects they stand for (a domain of inquiry sometimes referred by the same philosophers and logicians under the rubric of “semantics”). Other schools of thought exist, however, that consider the representation of the world through notions such as “incarnation”, or “identity” (in film studies one thinks of A. Bazin’s ontological realism, for instance).
     
  • On the other hand, there are theories of representation that stress the effects of representation on a spectator, reader, audience member, listener, etc., whether these are conceived as flesh and blood beings or as abstract theoretical beings constructed and intended (or “positioned”) by the representation. These beings may be seduced, deceived, ideologically enlightened or mystified, informed, amused, entertained, undergo an aesthetic experience, etc., by the representation. Flesh and blood individuals may also use the representation for various ends, not necessarily those for which it was intended. Such theories center on the so-called pragmatic aspects of representation (for instance, in Peirce’s semiotic, the study of interpretants belongs to speculative rhetoric).
     

It follows that interpretation can be understood as belonging to the conceptual network of representation. From the perspective of pragmatic theories of representation, interpretation examines the upshot of representation in the experience of meaning. To interpret a play, a film, a photograph, a painting is to translate it for oneself or for others — into feelings, behavior or thoughts. Theories of representation conceive of interpretation in various ways: as a simple decoding, as a revelation, as a meeting of horizons, as a creative act in its own right (e.g. the interpretation of a piece of music by a gifted performer), as the fulfillment of a representation, etc. Moreover, interpretation isn’t the sole province of pragmatic theories of interpretation. For instance, some “semantic” approaches to representation that emphasize the process of signification may conceive of interpretation as serving the hermeneutic quest for the uncovering or disclosure of some mystery or hidden meaning. Additionally, the processes, the means, and the objects of representation can all impact on interpretation so that it may become important to distinguish what, if anything, is their role in determining any given interpretation. There may also be other factors equally active in determining interpretations, be it the subjectivity of the interpreter or alternatively, in the case of texts (including artistic texts), the workings of some “author’s” intention. Theories that consider representation as a form of incarnation may also call on the concept of interpretation to account for the embodied performance of representation: actors interpreting their role and the feelings of the characters they play, musicians interpreting a score, a play or a film’s representational form as interpreting the intentions of its author, etc. Furthermore, much like representation, interpretation may be historicized and studied with regards to its practices and its theories.

Questions of representation and interpretation pertain to various aspects of the human experience. They concern art and aesthetic experience as much as they do the practice of historiography, or else the technical, social or ideological workings of all sorts of dispositives.

This conference seeks to explore these various aspects of representation/interpretation either by probing different theories or else through concrete analyses of actual instances of representing/interpreting. In particular, we want you to consider how your own scholarly work uses and positions itself with regards to these notions and the network of ancillary problems that is associated to them.

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