Technologies et savoirs

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Les commencements de l'ère moderne ont été marqués par des inventions techniques capitales. Celles-ci ont permis le développement de savoirs nouveaux et l'acquisition d'une maîtrise plus complète sur certains phénomènes naturels et humains. Elles ont eu aussi des répercussions sur la société et l'économie. Qu'on pense à l'imprimerie, mais aussi à la perspective linéaire en peinture, à la lunette astronomique, à l'anatomie. A chaque fois, on peut montrer que les instruments et les modèles de connaissance évoluent ensemble, en même temps que changent les mentalités et les sociabilités.

Alors que la médecine médiévale opérait essentiellement à partir des apparences extérieures et des sécrétions physiologiques, la dissection anatomique pratiquée dans les universités italiennes dès le Quattrocento, apporta une vision analytique et interne du corps humain; elle permit d'abord de retrouver le savoir médical antique, et plus tard  de le dépasser par une attitude d'observation expérimentale. Elle donna de plus l'essor à une nouvelle représentation du corps, si éclatante dans la peinture et la sculpture de la Renaissance. Le développement de l'optique ouvrit aux savants le monde céleste. C'est grâce aux améliorations apportées à son télescope que Galilée (1564-1642) put observer le mouvement des planètes autour du soleil et confirmer les calculs de Copernic (1453-1543). La codification de la perspective linéaire fut aussi une conquête de l'optique avant de devenir un instrument fondamental pour la représentation de la réalité. Elle instaura une relation nouvelle entre le regard et le monde, relation géométrique et universalisable. La hiérarchie des plans en profondeur, l'oeil du spectateur constitué en point fixe, la construction du trajet des rayons lumineux, tout allait dans le sens d'une maîtrise de la réalité par le calcul.

L'invention technique la plus importante pour l'histoire littéraire, et peut-être pour toute l'histoire culturelle de la modernité, est bien sûr celle de l'imprimerie. A partir des premiers essais de Gutenberg (1400-1468), les progrès successifs permirent non seulement de reproduire mécaniquement les exemplaires, mais aussi de varier les caractères, les formats, les coûts, donc de diversifier les produits et les publics. Diffusion multipliée des objets imprimés et individualisation de la lecture révolutionnèrent tout ce qui touchait à l'écrit et créèrent ce qu'on a pu  nommer "une civilisation de l'imprimé". Ni l'appropriation des textes antiques ni la Réforme n'auraient pu être réalisées sans les grands imprimeurs. L'accès aux connaissances était redistribué. Le savoir devint à la fois essentiel et public; par le fait même l'exercice du pouvoir fut lié au contrôle de l'information. Aujourd'hui que le texte nous apparaît reproductible à l'infini, devenu presque abstrait, nous devons faire un effort pour comprendre l'importance qu'ont eue dans le passé ses aspects matériels.

Albrecht Dürer, Le Dessinateur du luth

Illustration pour le livre de Dürer : L'Instruction sur l'art de mesurer avec la règle et le compas, 1525.

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Bibliographie

  • Chartier, Roger et Martin, Henri-Jean, Histoire de l'édition française, t. I Le Livre conquérant, Paris, Cercle de la Librairie, 1982.
  • Foucault, Michel, Les Mots et les choses, chap. II, "La  prose du monde", Paris, Gallimard, 1966.
  • Mandrou, Robert, Des Humanistes aux hommes de science, Paris, Seuil, "Histoire de la pensée européenne", 1973.
  • Panovsky, Erwin, La Perspective comme forme symbolique, trad. sous la direction de Guy Ballangé, Paris, Minuit, 1991.

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Source

  • Erasme, Paris, éditions Robert Laffont, collection "Bouquins", 1992.

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