Migration, transitions de vie, violences collectives et constructions identitaires

Les processus psychologiques qui se développent en situations de transitions - que ce soit lors de migrations, d’exil forcé, de transitions professionnelles ou de vie - sont des objets d’études des membres du Larpsydis qui s’interrogent en particulier sur les répercussions psychiques de ces expériences et leurs conséquences sur la construction identitaire. Les recherches portent par exemple sur les répercussions psychosociales des violences collectives appréhendées sous l'angle psychanalytique, du point de vue des individus et des relations intergénérationnelles, sur le rôle de l’apprentissage d’une langue sur l’intégration dans un nouveau contexte culturel, sur les processus de constructions identitaires des personnes en transition professionnelle, sur les personnes âgées entrant en EMS. Des réflexions plus théoriques sont menées également par exemple sur les approches narratives.

Personnes de référence: Muriel Katz, Pascal Roman

Du biologique au symbolique : les enjeux de la filiation et de la transmission psychique entre les générations

La problématique de la filiation et de la transmission entre les générations est au coeur de nos travaux qui explorent  les processus psychiques en jeu dans les dynamiques identificatoires et plus largement dans les contrats narcissiques. On s'intéresse non seulement à la transmission en positif — celle qui est au service de la subjectivation — mais aussi en négatif — autrement dit à la transmission pathogène qui a des effets désubjectivants. Les processus psychiques en jeu sont explorés en référence à l'hypothèse classique de l'inconscient (Freud, Klein, Racamier, Abraham, Torok, etc.), mais aussi d'un point de vue inter- et trans-subjectif (Kaës, Puget,  Waintrater, etc.).
Nos travaux portent sur filiation en général, mais aussi sur la question de la transmission en négatif associée au traumatisme, au deuil collectif, à l'exil forcé ; un accent particulier est mis sur l’étude des répercussions de la violence sociale et des crimes de masse (génocide, disparitions forcées de personnes, torture, migration des suites de la répression politique, asile, etc.).

Ce thème est également traité dans le cadre d’un projet de recherche sur la thématique du développement psychoaffectif des enfants qui grandissent dans des couples homoparentaux.


Personne de référence : Muriel Katz-Gilbert 
Doctorante: Manon Bourguignon
Post-doctorant : Giuseppe Lo Piccolo
Collaborations : Marcela Cornejo, Claude-Alexandre Fournier, Claudine Veuillet-Combier et Pascal Roman

Filiation et affiliation chez les victimes de crimes contre l'humanité et leurs descendants

En psychanalyse, la filiation concerne le lien qui inscrit le sujet dans la filiation et qui lui confère une place entre ses ascendants et ses descendants, réels ou imaginaires. Par filiation, on entend donc le lien qui permet à chaque sujet d'être situé et de se situer dans la chaîne généalogique où il occupe une place symbolique sexuée singulière. Or, il n'y a « pas de filiation sans transmission » comme le rappelle Rosolato.
Compris comme catastrophe de la filiation, et partant de la transmission, le crime généalogique que constitue un génocide ne saurait être sans répercussions sur la vie fantasmatique des victimes et de leurs descendants. Comment ces sujets dont l'histoire familiale a été traversée par le génocide s'inscrivent-ils fantasmatiquement dans la chaîne généalogique dont ils sont issus ? C’est au moyen de la libre réalisation de l'arbre généalogique que nous abordons ces questions qui permettent d'inscrire la recherche en psychanalyse au service des droits humains.
Personne de référence : Muriel Katz-Gilbert
Doctorats en cours : Manon Bourguignon
Post-doctorat : Giuseppe Lo Piccolo

Construction identitaire dans les minorités : à propos des familles juives vivant en Suisse après la Shoah

En mettant l'accent sur l'identité du sujet pris comme entité individuelle, les Modernes  s'affranchissent progressivement des modèles traditionnels d'identification au groupe et d'affiliation. Les contrats narcissiques (Aulagnier, kaës) sont ainsi réaménagés en profondeur.

Or, en faisant de l'autonomie le centre de gravité de la vie collective, la Modernité constitue un cadre profondément déroutant pour certaines minorités culturelles. Appelant à un questionnement réflexif sur la valeur des actions individuelles, le primat de la rationalité et le droit à l'autodétermination conduisent progressivement chacun et chacune à s'interroger sur le sens à donner à l'existence et sur les actes à poser pour construire son identité à la fois sur un plan individuel et en lien avec le collectif. 

Le cas des Juifs émancipés, désormais citoyens à part entière, est intéressant à plus d'un titre dans ce contexte.

Comment les parents et les grands-parents juifs vivant aujourd'hui en diaspora restent-ils à la fois fidèles à des règles de transmission inhérentes à leur héritage religieux et communautaire, tout en intégrant les valeurs et principes propres à la Modernité ? Comment comprendre par exemple le maintien de la circoncision rituelle dans des familles juives dont le mode de vie s’accorde par ailleurs de près avec les valeurs et principes de la Modernité ? Comment comprendre également le maintien de règles traditionnelles de pré-nomination chez des sujets qui se sont parfois distancés de toute inscription communautaire et/ou de toute pratique religieuse ? Dans les familles ashkénazes qui se trouvaient en Europe pendant la deuxième guerre mondiale et qui ont survécu, la question de la construction identitaire se doit également d'être pensée sous l'angle du traumatisme collectif de la Shoah d'une part, et de l'exil, d'autre part. Quelles sont par conséquent les possibles répercussions d'un tel contexte sur le choix de circoncire ou non un enfant, de prénommer les enfants nés après la Shoah et/ou après la création de l'Etat d'Israël ? Le ou les prénoms font-ils trace et si oui de qui, de quoi ?


Personne de référence : Muriel Katz-Gilbert 
Collaboration : Jacques Ehrenfreund

Exil forcé : quelles répercussions psycho-sociales sur les sujets, les familles, les descendants ? Approches psychanalytiques

Les très importants mouvements migratoires qui ont marqué le siècle dernier et actuel ont des répercussions psycho-sociales à la fois individuelles et collectives. Sur le plan clinique, la question du deuil et du traumatisme est au premier plan. Comment les sujets qui ont été contraints à l’exil forcé en raison de leurs activités politiques et sociales vivent-ils la rupture entre la vie dans leur pays d’origine et celle qu’ils développent dans le pays d’accueil ? Quelles sont les traces que creusent cette expérience dans la vie psychique des sujets, dans la vie du lien entre les membres d’une famille et enfin à l’échelle d’une communauté donnée ? L’apport de la psychanalyse groupale et familiale est privilégiée dans l’études des répercussions en question, non seulement chez les sujets qui ont dû quitter leur pays mais aussi chez leurs descendants (enfants et petits-enfants). La question de la filiation dans le contexte de l’exil forcé est traitée à la fois à partir du contexte génocidaire et de la violence sociale (répression politique, disparitions forcées de personnes, etc.).
Personne de référence : Muriel Katz-Gilbert
Doctorante : Manon Bourguignon
Post-doctorant : Giuseppe Lo Piccolo

Le rôle des ressources symboliques dans la mise en récit de l'expérience après une catastrophe de la filiation : un défi impossible ?

Les événements traumatogènes mettent profondément à mal les processus de symbolisation. Comment les sujets qui ont survécu à une catastrophe collective tissent-il du récit à propos de ce qu'ils ont vécu ?  Quel est le rôle dévolu à autrui — et plus largement au tiers — dans cette mise en récit ? Quelles sont les différents types de ressources symboliques auxquelles les sujets ont recours (archives officielles, travaux d'historiens, témoignages, lettres personnelles, fictions, photos de famille, photos officielles, etc.) ? Quelles sont les institutions qu'ils interpellent pour mettre-en-intrigue lés événements auxquels ils ont survécu ? A quelles ressources symboliques font-ils appel pour éclairer et raconter ce qu'il est advenu de leurs proches ? Le corpus à disposition pour explorer ces questions est constitué d'entretiens individuels avec des sujets qui ont survécu à un crime de masse ou d'entretiens réalisés auprès de leurs descendants

Personne de référence : Muriel Katz-Gilbert 

L'identité narrative selon Paul Ricoeur. Une critique psychanalytique

La conception narrative de l’identité permet de rendre compte du fait que le sujet a une histoire, qu’il est sa propre histoire, écrit Ricoeur (1990). Il s’agit pour cela d’articuler entre eux les deux pôles de l’identité humaine : l’identité-idem, celle des empreintes génétiques, est immuable ; quant à l’identité-ipse, c’est la promesse qui en est emblématique ; en dépit des changements, le sujet tient parole, ouvrant dès lors sur la dimension éthico-morale de l’action humaine. Raconter son histoire permet dès lors de rassembler sa vie sous la forme d’un récit : unifiant son récit de vie, le sujet peut dès lors se reconnaître comme sujet éthico-moral. Telle est la thèse de Ricoeur, qui mérite pourtant un regard critique lorsqu’on tient compte de l’hypothèse de l’inconscient. En effet, la narration de soi relève de processus secondaires, alors que la vie psychique est aussi gouvernée par des processus secondaires. Dès lors, le discours du sujet ne saurait se réduire au récit ; il comprend d’autres dimensions moins structurées et plus proches de la dynamique inconsciente à l’œuvre dans la vie psychique. Les répercussions d’un crime de masse et de la violence sociale sur la mise en discours de l’expérience traumatique permettent de montrer les limites d’une approche narrative de l’identité personnelle.
Personne de référence : Muriel Katz-Gilbert

Transition et dynamiques identitaires en situations de formation professionnelle

D'un point de vue psychosocial, le parcours de formation implique pour l'apprenant des transformations identitaires profondes. En effet, la personne fait face à toute sortes de ruptures et de remaniements de ses façons de se situer dans l'environnement social et dans son rapport aux connaissances. Elle doit aussi s'ajuster à des contraintes institutionnelles nouvelles. Un des défis les plus importants pour l'apprenant est de réussir à articuler contraintes institutionnelles, spécificité des concepts et construction de sens. Comment les images de soi et d’autrui se réorganisent-elles en situation de transition ? Quelles sont les difficultés perçues par les personnes ? Quelles ressources utilisent-elles pour traverser ces temps de bouleversements ? Quel rôle certaines ressources institutionnelles et relationnelles jouent-elles pour les personnes ? Comment le rapport particulier au savoir se transforme-t-il dans ce parcours ?
Ces questions sont travaillées autour de cette thématique au sein du Larpsydis dans différents contextes, en lien notamment avec la formation professionnelle : le contexte vécu par les étudiant-e-s qui choisissent la psychologie à l’université, celui vécu par des apprentis dans une école technique en Suisse, celui vécu par des migrants titulaires d'un diplôme d'infirmier-ère acquis dans un pays tiers et qui doivent passer par des « mesures compensatoires » pour le faire reconnaître en Suisse.
Personnes de référence : Nathalie Muller Mirza, Pascal Roman
Doctorante : Julie Allegra
Collaboration : Jean-Luc Alber (HES-SO Valais)

Migration et requalification des infirmiers-infirmières d’Etat Tiers : une approche narrative

La Suisse est confrontée à une pénurie de personnel de santé qualifié. Des migrants, titulaires d’un diplôme d’infirmier, acquis dans un Etat tiers, y résident. En regard des standards helvétiques, leur formation présente toutefois des « lacunes ». L’accomplissement de mesures de compensation (MC) a précisément pour but de leur permettre de renouer avec les connaissances requises pour obtenir le statut d’infirmier et de le faire valoir sur le marché de l’emploi en Suisse. Centrée sur le point de vue des acteurs (participants et formateurs aux MC, experts en matière de reconnaissance de titres étrangers), et partant de l’hypothèse qu’une démarche de « requalification » implique la personne dans ses dimensions identitaires, cognitives et relationnelles, cette étude vise à ethnographier ce dispositif et le parcours de resocialisation professionnelle de ces infirmiers. En considérant le dispositif MC du point de vue des acteurs impliqués, utilisant une approche narrative, il s’agit de saisir les défis qu’ils traversent et les ressources qu’ils mobilisent. L’objectif est de comprendre les difficultés spécifiques rencontrées par les candidats et de mieux comprendre également les expériences et connaissances dont ils sont les dépositaires.
Personnes ressources : Nathalie Muller Mirza
Collaboration : Jean-Luc Alber

Etre migrant et s’« intégrer » : quel rôle de l’apprentissage de la langue ?

La notion d’intégration est objet de nombreux débats aujourd’hui qui traversent les sphères politiques, médiatiques et les travaux scientifiques en sciences sociales et humaines. Un des enjeux importants semble être celui de l’acquisition de la langue du pays d’accueil pour les personnes migrantes. Si, à un niveau très large, le lien entre maîtrise de la langue et intégration semble difficile à mettre en doute, des questions plus spécifiques se font jour. Apprendre une langue relève en effet de la transformation identitaire d’un individu et s’inscrit dans sa trajectoire de vie. S’engager dans un processus de formation représente dès lors un acte non seulement cognitif mais aussi social et culturel (conflit de loyauté avec certains groupes d’appartenance, transformation de certaines représentations de soi en termes de maîtrise et non maîtrise, de la langue à apprendre, changement réel ou fantasmé également de ses relations avec d’autres personnes, etc.). Certaines études menées dans le cadre du Larpsydis cherchent dès lors à mieux comprendre la façon non seulement dont les apprenants, en prenant en considération leurs parcours de vie, s’inscrivent dans un processus d’apprentissage, ici du français, mais aussi comment des dispositifs de formation cherchent à développer ces compétences linguistiques : A quels besoins cherchent-ils à répondre ? Quelles pratiques suscitent-ils ? Quelles difficultés rencontrent ces différents acteurs ? Quelles ressources mettent-ils en œuvre ? Une étude se centre par exemple sur un programme d’enseignement du français pour des requérants d’asile dans le canton de Neuchâtel. Une autre porte sur le dispositif « fide » mis en place par la Confédération pour l’intégration des étrangers.
Personne ressource : Nathalie Muller Mirza
Doctorante : Stéphanie Bailat

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