L’institutionnalisation des neurosciences à l’EPFL au prisme des profils des directeurs de l’institut des neurosciences

Problématique et questionnement

Comme l’a montré Bruno Strasser (2006), l’institutionnalisation de la biologie moléculaire à Genève à la fin des années 1950 a nécessité la convergence de scientifiques provenant de plusieurs disciplines au premier rang desquels se trouvaient des physiciens, mais également des biologistes et des médecins, et fut couronnée par la création d’un institut du même nom. Néanmoins, au-delà d’une simple convergence de disciplines, l’institutionnalisation de la biologie moléculaire ne peut être pensée, comme nous le rappelle l’auteur, qu’à partir des disciplines lui préexistant, en tant que ces dernières définissent les ressources symboliques et matérielles permettant aux scientifiques de faire émerger des nouvelles identités nécessaires à la création de toute discipline (2006 : XX). L’institutionnalisation des neuroscience à l’EPFL et la création en 2002 du « Brain and Mind institute » peut être abordée de cette façon, et l’on peut raisonnablement penser qu’elle a été rendue possible par une convergence particulière de disciplines préexistantes aux neurosciences, dans un espace et à moment donné. Une telle convergence – faite de luttes et de collaborations entre scientifiques de disciplines à l’importance inégale au sein des champs scientifique et académique – et dont il s’agirait encore de rendre compte, a sans doute influencé les axes de recherche développés au sein de l’institut, la manière dont les scientifiques mènent leur travail scientifique et plus largement a participé à forger de nouveaux modes de sociabilité.

Cela étant dit, nous devons tout d’abord nous s’efforcer de faire preuve d’une moindre ambition et de constater que nous ne disposons pas du recul historique et des sources que nécessiterait une démarche micro-historique telle que l’a développée Bruno Strasser dans le cas de la biologie moléculaire à Genève (2006 : XII). Ainsi, bien que nous ne puissions répondre à ce qui s’apparenterait aux hypothèses d’une recherche d’un autre genre – en discernant par exemple les nouvelles identités disciplinaires sous-jacentes à la création de l’institut des neurosciences ou en rendant compte des nouvelles manières de travailler – celles-ci mettent néanmoins en avant l’importance a minima de s’intéresser aux trajectoires disciplinaires des professeurs. En effet, l’institutionnalisation d’une discipline, celle des neurosciences, est sans doute redevable de la convergence de scientifiques qui, en intégrant l’institut du même nom avec un bagage disciplinaire, participent de fait à un aspect de son institutionnalisation, celui du rapport qu’entretiennent les différentes disciplines. Aussi chercherons-nous, dans la première partie de ce travail, à mettre au jour le(s) profil(s) disciplinaire(s) des 18 professeurs qui constituent l’institut des neurosciences ou qui participent indirectement à son développement (cf. méthodologie), en partant notamment des questions suivantes : De quelles affiliations disciplinaires[1] les professeurs proviennent-ils, comment ces différentes affiliations disciplinaires s’agencent-elles au cours de la carrière académique, et finalement qu’est-ce que nous apprennent les différents profils disciplinaires des professeurs de l’institut des neurosciences par rapport à son contexte d’institutionnalisation ?

Après avoir mis en évidence la permanence d’un profil disciplinaire marquée par la prépondérance de la biologie dans un contexte qui voit, quant à lui, le développement d’un discours institutionnel valorisant la multidisciplinarité, nous délaisserons, dans un deuxième temps, la question des disciplines pour poursuivre notre raisonnement en nous penchant sur d’autres caractéristiques des professeurs ayant participé de la création de l’institut ainsi que de ceux ayant été recrutés entre 2002 et 2012. Plus précisément, il s’agira, à partir d’une série d’indicateurs (cf. méthodologie) d’aborder successivement trois thématiques, chacune permettant de rendre compte d’une facette du processus d’institutionnalisation des neurosciences à l’EPFL. Pour ce faire, nous commencerons par discuter des modalités de recrutement des professeurs au sein de l’institut, en revenant notamment sur le contexte des réformes politiques de la fin des années 1990 et sur l’émergence du contrat de pré-titularisation (tenure track). Outre la rupture qu’il implique avec les pratiques mandarinales, nous suggérons que le nombre important de professeurs engagés sous cette forme contractuelle témoigne des liens qu’entretiennent le contexte politique et l’institutionnalisation des neurosciences à l’EPFL. Ce faisant, nous devrions être en mesure de dégager trois types de profils caractérisant les 18 professeurs de l’institut ou participant de son développement. En outre, nous verrons comment ces différences de profils, basées avant tout sur l’origine institutionnelle et l’internationalité, rentrent en résonance avec le contexte d’institutionnalisation des neurosciences à l’EPFL, en l’occurrence celui de la volonté du CEPF de rendre la haute école compétitive sur le plan international en recrutant des professeurs reconnus. En les comparant, nous chercherons à montrer l’importance de l’origine institutionnelle d’une partie des professeurs dans leur recrutement au sein de l’institut. Puis nous questionnerons l’internationalité des trois types profils.

Méthodologie

La première phase du travail a consisté à délimiter à un échantillon de professeurs, et le fait de s’intéresser au seul institut des neurosciences de l’EPFL, le « Brain and Mind Institute », restreignit en partie le choix, sans toutefois le limiter. En effet, nous avons retenu, dans un premier temps, 16 professeurs qui sont – ou qui furent – directeur de l’un des laboratoires de l’institut durant la période allant de sa création en 2002 jusqu’en 2012. Puis, dans un deuxième temps, nous avons également choisi d’inclure dans notre échantillon 2 professeurs supplémentaires qui n’occupèrent pas de fonction au sein même de l’institut, mais dont le recrutement à l’EPFL est indissociable de leur origine institutionnelle[1] et de la volonté de Patrick Aebischer de développer la faculté des sciences de la vie et plus particulièrement les neurosciences (Leresche et al., 2012 : 359-360). Aussi, ces derniers occuperont des positions dirigeantes (à savoir, le doyen, chef de section) liées au développement de l’institut, comme l’illustre par exemple la participation du chef de section à la création d’un nouveau cursus doctoral en neurosciences[2] (cf. premier travail). Pour des raisons de simplification, nous nommerons ces deux professeurs, les « administrateurs ». Notre échantillon final est donc bien constitué de 18 professeurs engagés à l’EPFL.

Pour répondre à nos interrogations (cf. problématique), il s’agissait ensuite de récolter des données à partir d’un certain nombre d’indicateurs prosopographiques préalablement définis. Ceux-ci consistent d’abord en les disciplines au sein desquelles évoluèrent les professeurs durant les trois phases de la carrière académique que nous considérons, à savoir les études supérieures, les études doctorales et les études postdoctorales (et/ou les séjours à l’étranger). Ici, la formation supérieure (ou initiale) tient compte de toutes les disciplines étudiées en amont de la formation doctorale. Elle correspond donc aux titres suivants : Baccalauréat ès Sciences, Licence, Master, Diplôme universitaire de technologie (DUT), Diplôme et Diplôme de docteur en médecine (MD). Parmi les autres indicateurs considérés, il s’agissait encore de relever : le statut octroyé à l’entrée au sein de l’institut des neurosciences (professeur assistant, associé ou ordinaire), l’année du recrutement, la nationalité, l’année de naissance, le lieu (pays et nom de l’institution décernant le titre) d’obtention du doctorat, le lieu (pays et nom de l’institution) des études postdoctorales. Afin d’appréhender les liens entre la sphère académique et la sphère économique, nous avons d’abord été confrontés à un manque d’exhaustivité des sources. Aussi avons-nous décidé d’écarter l’idée d’une récolte systématique d’indicateurs pour l’ensemble des professeurs (présence au sein de conseils d’administration, participation à la fondation de start-up, présence dans des conseils de fondations).

Néanmoins, afin de rendre compte de manière honnête de la construction de nos données, il nous faut encore évoquer les quelques difficultés qui surgirent de la confrontation aux sources. Tout d’abord, l’ensemble de nos sources provenant d’internet (curriculum vitae, biographies disponibles sur des sites institutionnels, communiqués de presse du CEPF, communiqués de presse de l’EPFL et de Mediacom, journaux en ligne tels que le 24 heures, l’AGEFI, Le Temps ou encore l’Hebdo), celles-ci se sont révélées très éparses selon les professeurs considérés – allant d’un curriculum vitae complet à des informations plus laconiques proposées par des sites institutionnels. Dans les meilleurs des cas, cela permettait donc  un contrôle croisé de l’affiliation disciplinaire notamment. Cette asymétrie des informations a également affecté l’accès à d’autres données prosopographiques telles que l’année de naissance et le lieu des études postdoctorales. Les données manquantes sont indiquées à la fin de chaque tableau (cf. tableaux I – VI).

Le deuxième obstacle rencontré consiste en la réinterprétation biographique. Il arrive en effet que certaines disciplines, étudiées au début du cursus académique, fassent l’objet d’une réinterprétation à l’aune du cadre disciplinaire dans lequel un professeur s’inscrit au moment de la publication des informations relatives à sa formation académique. Face à ce biais, nous procédions à des recherches plus approfondies, puis nous évaluions les disciplines mentionnées en fonction de la cohérence du parcours desdits professeurs[3].

Le troisième obstacle concerne la dénomination des « disciplines » caractérisant les études supérieures, le doctorat et les études postdoctorales. En effet, il est fréquemment arrivé que seul le nom de l’institution décernant le titre soit mentionné au détriment de la discipline elle-même, et inversement. Face à ce problème, plusieurs pistes étaient envisageables. La première consistait à relever la discipline mentionnée dans le nom du diplôme ou dans le titre décerné, autrement dit à chercher l’affiliation scientifique du professeur. Ainsi, dans le titre « doctorat en biologie », nous considérions que la discipline étudiée était la biologie. Toutefois, lorsque la discipline n’était pas mentionnée, nous devions nous retrancher sur le nom du département, de la faculté ou encore de l’institut qui décernait le titre en question, c’est-à-dire sur l’affiliation institutionnelle. Ainsi, lorsque des études doctorales étaient effectuées au sein du « département de neurobiologie », nous considérions que la discipline étudiée était la neurobiologie. Il en résulte donc que les affiliations scientifiques et institutionnelles se confondent dans ce que nous nommerons – dans les tableaux notamment – des « disciplines » ou des affiliations disciplinaires.

Finalement, le quatrième obstacle rencontré tenait à la classification des disciplines relevées au sein de catégories plus ou moins larges (la « biologie » par exemple). L’enjeu est important puisque ce classement, qui provient de notre propre jugement, doit nous permettre in fine de comparer le poids relatif des affiliations disciplinaires de notre échantillon, et ce durant les trois phases de la formation des professeurs. Afin de lever toute ambigüité, nous avons explicité le classement effectué dans une note située à la fin des tableaux I à III.

[1] Les deux professeurs considérés ont une formation en médecine ou en biologie, et travaillent dans des domaines proches des sciences de la vie telles qu’elles se sont développées à l’EPFL.

[2] Pour plus de détails, se référer à la première partie de travail portant sur l’institutionnalisation des neurosciences à l’EPFL.

[3] Ainsi, si un titre de « doctorat en neurosciences » était décerné par une université, nous cherchions à savoir si ce titre existait réellement sous cette dénomination. En outre, nous tenions compte du parcours préalable de la personne ; il est par exemple peu probable qu’un biologiste de formation obtienne par la suite un doctorat en médecine.

I. A l’encontre du discours institutionnel : De la permanence disciplinaire de la biologie.

De quelles affiliations disciplinaires[1]proviennent les professeurs, comment ces différentes affiliations disciplinaires s’agencent-elles au cours de la carrière scientifique, et qu’est-ce que nous apprennent les profils disciplinaires des professeurs de l’institut des neurosciences sur son contexte d’institutionnalisation ? Essayons d’en rendre compte en s’arrêtant successivement sur la formation supérieure[2], la formation doctorale ainsi que la formation postdoctorale.

1. L’évolution des profils disciplinaires des études supérieures aux études postdoctorales.

En se penchant sur la formation initiale des dix-neuf professeurs (cf. tableau I), nous sommes d’abord confrontés à une grande diversité de disciplines et de sous disciplines étudiées. Et dans le but de pouvoir en caractériser la composition, nous avons dû regrouper certaines d’entre elles dans des catégories plus larges (cf. méthodologie). C’est par exemple le cas de la biologie qui regroupe la biologie moléculaire, les « sciences naturelles », la « biologie appliquée », la physiologie et la génétique. Ainsi, une première lecture du tableau I laisse apparaître grosso modo que la formation initiale des professeurs est dominée de manière équivalente par trois cursus disciplinaires qui sont les cursus de biologie (6), les cursus de médecine (6) et les cursus de sciences de base (6) qui regroupent les mathématiques, la physique et la chimie. Les autres disciplines qui apparaissent dans la formation initiale telles que les sciences humaines, la biochimie ou les neurosciences peuvent être considérées comme secondaires dans la mesure où elles ont complété – sous la forme d’une partie de licence/bachelor ou d’un master spécialisé – une formation relevant avant tout de l’un des trois cursus. Aussi, est-il encore nécessaire de mentionner une réalité que le tableau ne montre pas : à l’exception des études en médecine et en psychologie qui sont largement autonomisées, les cursus de biologie et de sciences de base ne sont pas hermétiques, comme en témoigne par exemple le parcours de Michael Herzog, directeur du laboratoire de psychophysique, qui étudia tout à la fois les mathématiques, la biologie et la philosophie. Finalement, l’on peut encore relever le fait que l’ensemble des professeurs de notre échantillon effectua une formation initiale dans des universités publiques.

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Par comparaison avec la phase des études supérieures, la phase doctorale est marquée par la prépondérance des disciplines de la biologie et de la médecine (cf. tableaux II et IV). En effet, si les professeurs qui effectuèrent leur doctorat dans l’une des deux disciplines ne sont presque pas plus nombreux que durant les études supérieures, c’est plutôt le début d’une forme de spécialisation par l’affiliation institutionnelle et/ou scientifique d’autres chercheurs à des domaines proches de la biologie et de la médecine qui renforce la prépondérance de ces deux disciplines. Apparaissent ainsi des études doctorales menées en pharmacologie et dans des instituts de sciences biomédicales. Mais d’une manière plus frappante, c’est la disparition, à l’exception de la chimie, des sciences de base des disciplines doctorales qui témoigne peut-être le mieux de ce premier mouvement de spécialisation. En l’occurrence, nous voyons apparaître cette discipline « hybride » qu’est la biophysique. A ce propos, il est intéressant de relever, comme l’a montré Bruno Strasser (2006 : 66), que la biophysique, en tant que discipline, a émergé dans le contexte d’après-guerre marqué, entre autres, par le soutien financier des agences de moyens à l’utilisation pacifiste de l’énergie atomique. Elle fonctionna de ce fait comme une bannière pour les physiciens qui se tournèrent alors vers les sciences de la vie, et purent obtenir des moyens matériels, des postes et des financements (Ibid.). Sans prétendre démontrer que les neurosciences exerceraient à l’EPFL une fonction similaire que celle exercée par la biophysique à Genève (dans un contexte qui aurait, quant à lui, fait de la compréhension du cerveau le nouvel objectif à atteindre), il s’agit plutôt de se demander si le recul des sciences de base à la faveur de disciplines plus proches de la biologie pourrait aussi être redevable d’un espace institutionnel – fait de ressources symbolique et économique – que ces dernières contribuent à créer au sein d’une école dont les sciences de l’ingénierie constituent pourtant, selon certains, son origine (Pont, 2010).

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Tournons-nous maintenant vers la phase postdoctorale de la trajectoire académique de notre échantillon de professeurs (cf. tableau III). Cette étape de la carrière consiste généralement en des séjours d’une durée variable à l’extérieur du pays où ont été réalisés la formation supérieure et le doctorat. Nous aborderons cet aspect plus avant lorsque nous traiterons du mode de recrutement des professeurs, et nous nous concentrons ici sur les « disciplines » ou plutôt les affiliations scientifiques et/ou institutionnelles qui caractérisent cette phase. Celles-ci confirment en partie le mouvement de spécialisation, vers les domaines proches de la biologie et de la médecine, qui avait commencé durant la phase doctorale. En effet, la diversité des disciplines s’est réduite, laissant place à un ensemble plus homogène au regard notamment des disciplines de la formation initiale des professeurs. Ainsi, outre le plus grand nombre de chercheurs ayant effectué des études postdoctorales sous la bannière de la biologie (9), c’est l’accroissement des études portant sur le système nerveux – la neurologie (5) et les neurosciences (4) – qui caractérise le plus cette phase. On peut supposer que cet accroissement tienne à l’inscription des détenteurs d’un doctorat de médecine (6) dans des champs de recherche plus spécifiques (comme la neurologie par exemple). Quant aux autres disciplines, il n’est pas certain que les axes de recherche développés en pharmacologie et en psychologie clinique soient très éloignés de ceux développés en biologie et en neurosciences sur le système nerveux, dans la mesure où leur dénomination peut être soit le fait d’une affiliation institutionnelle, soit le fait d’une affiliation scientifique ou des deux à la fois. C’est notamment le cas de la pharmacologie qui recouvre dans ce cas précis des travaux poursuivis dans le domaine de la neuropharmacologie. Toutefois, en l’absence de sources précises, nous ne pourrons trancher ces deux derniers points. Aussi, nous bornerons-nous à une comparaison stricte des trois premiers tableaux (cf. tableau IV).

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2. Domination de la biologie et spécialisation tardive dans les disciplines de l’étude du système nerveux.

Qu’est-ce que nous apprend ce premier regard sur le profil disciplinaire des professeurs de l’institut des neurosciences de l’EPFL et de ceux ayant participé de son développement ? Tout d’abord, et comme le montre le tableau récapitulatif IV, le processus d’institutionnalisation des neurosciences en tant que discipline ne peut se penser qu’à partir des disciplines qui lui préexistent, c’est-à-dire à partir de la diversité des origines disciplinaires et/ou institutionnelles des professeurs[3]. Cette diversité, que l’on observe avant tout au niveau de la formation initiale marquée, on le rappelle, par la prédominance des disciplines de la biologie, de la médecine et des sciences de base, nous rapproche donc bien de ce que Bruno Strasser (2006 : XX) a montré à propos de la création d’un institut de biologie moléculaire à Genève qui a vu convergé physiciens, médecins et biologistes (cf. problématique). Ainsi, bien qu’une partie des professeurs aient étudié les neurosciences à un moment de leur parcours, force est toutefois de constater qu’ils proviennent pour la plupart de d’autres disciplines telles que la biologie, la médecine, la physique, les mathématiques et la chimie, et n’ont pas été affiliés scientifiquement ou institutionnellement aux « neurosciences » avant leur arrivée à l’EPFL. D’autre part, l’inscription de certains professeurs dans des disciplines propres à l’étude du système nerveux est apparue plus tardivement dans la carrière, notamment durant les études postdoctorales, et ces disciplines ne représentent pas l’apanage des « neurosciences ». En effet, qu’il s’agisse de la neurologie, de la « neurobiopsychologie » (cf. infra) ou encore de la biologie qui regroupe, on le rappelle, la neurobiologie plusieurs disciplines participèrent conjointement au développement de recherches axées sur le système nerveux[4].

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De ce premier constat survient alors le questionnement suivant ; l’émergence des neurosciences à l’EPFL a-t-elle constitué un espace institutionnel où la domination de la biologie et des disciplines portant sur l’étude du système nerveux (neurologie) aurait participé à définir les conditions selon lesquelles les chercheurs d’autres disciplines purent s’y insérer ? A ce propos, les travaux partis de questionnements proches (Benninghoff et al., 2014) ont montré que l’on ne peut mettre au jour l’existence d’un espace institutionnel à partir des seuls profils disciplinaires des acteurs qui le constitueraient. Aussi, ne pourrons-nous pas répondre à un tel questionnement, mais seulement constater une « tendance » des disciplines à tendre vers les domaines de recherche de la biologie et du système nerveux, comme l’illustrent les cas de la biophysique ou de la « neurobiopsychologie »[5]. Et bien que le manque de représentativité statistique de notre échantillon ne nous permette quelconque généralisation d’une telle « tendance », nous relèverons néanmoins que celle-ci fait écho, toutes proportions gardées, aux conclusions de travaux ayant porté sur des objets et des contextes proches. C’est notamment le cas de l’étude de Benninghoff et al. (2014 : 27-8) sur la recherche « biomédicale » en Suisse qui a montré que les chercheurs, qui utilisaient le terme « biomédical » comme un label pour financer leurs recherches ou accéder à des postes[6], détenaient dans leur grande majorité un doctorat en biologie, en médecine ou en physique. D’une part, cela illustre la grande diversité des profils disciplinaires des chercheurs se positionnant dans des espaces de recherche émergeants – comme ce fut le cas à l’EPFL au début des années 2000 – et témoigne d’autre part de l’existence d’une tendance à la scientifisation du médical et à la médicalisation des sciences (Benninghoff et al., 2014 : 7) – proche de celle qu’exerce la biologie et l’étude du système nerveux sur les sciences de base.

Il s’agit donc de conclure cette première partie en soulignant la permanence, au sein de l’institut des neurosciences, d’un profil disciplinaire de biologie par rapport aux autres disciplines. En outre, cette permanence se double d’une spécialisation, plus tardive, de la majorité des professeurs dans des disciplines propres à l’étude du système nerveux. Ce faisant, un tel résultat questionne le discours des institutions elles-mêmes. En effet, dès le début des années 2000, l’interdisciplinarité était au cœur des discours, et ce à plusieurs niveau : au niveau des autorités fédérales (par le biais du Conseil des écoles polytechniques fédérales) et cantonales (par le biais de la convention Sciences-Vie-Société), au niveau de la direction de l’EPFL (par le biais de Patrick Aebischer), mais également au niveau de la direction de la faculté des sciences de la vie (par le biais de Didier Trono). Et comme l’a bien montré le travail sur le contexte d’émergence des neurosciences à l’EPFL (cf. premier travail) l’interdisciplinarité en tant que discours, qui s’inscrit dans les réformes politiques de la fin des années 1990 visant à rationnaliser l’organisation de la recherche, a accompagné la création de l’institut des neurosciences à l’EPFL. L’on peut dès lors légitimement s’interroger sur la performativité d’un tel discours ; les pratiques de recherche au sein de l’institut ont-elles effectivement dépassé les cadres disciplinaires ? Un questionnement auquel le présent travail ne pourra toutefois répondre, celui-ci nécessitant l’accès à d’autres sources, par le biais d’une enquête ethnographique notamment.

II. Les profils des professeurs de l’institut de neurosciences : Du mode de recrutement à l’émergence de trois types de profils.

Dans la première partie, nous avons souligné la permanence disciplinaire de la biologie qui caractérisait les trajectoires académiques des professeurs de l’institut des neurosciences dans un contexte qui voit, quant à lui, le développement d’un discours institutionnel valorisant la multidisciplinarité. Dans cette deuxième partie, il s’agira de poursuivre le raisonnement, articulant les profils et leur contexte, en abordant successivement deux thématiques. Nous commencerons par discuter du mode de recrutement des professeurs de l’institut, en revenant notamment sur l’émergence du contrat de pré-titularisation (tenure track). Ce faisant, nous devrions être en mesure de dégager trois types de profils caractérisant les professeurs de l’institut et ses administrateurs. Puis en les comparant, nous discuterons de l’importance des origines institutionnelles des professeurs dans leur recrutement, ainsi que de l’internationalité qui caractérise leurs profils.

1. Un mode de recrutement « à la mode » :

Comme l’a montré le précédent travail (cf.), l’émergence des neurosciences à l’EPFL est intimement liée au contexte des années 1990 marqué par la régulation politique accrue des hautes écoles et des universités. C’est en effet au travers de grands projets (notamment la Convention Science-Vie-Société) qu’elles pourront voir le jour au sein de la haute école. Mais au-delà de ces grandes réformes, et comme l’ont montré de récents travaux, ces politiques ont également contribué à la transformation de l’organisation de l’enseignement supérieur, dont nous pouvons considérer que la professionnalisation des carrières académiques des chercheurs est révélatrice (Goastellec & Benninghoff, 2011). La professionnalisation, qui consiste d’abord en une formalisation du mode de recrutement ainsi qu’en une standardisation des critères de sélection pour l’accession à un poste de professeur (Goastellec & Benninghoff, 2011 : 130 ; Musselin 2005 : 27), s’est traduite de manière plus concrète par l’introduction d’un certain nombre de dispositifs dont fait notamment partie le contrat de professeur en pré-titularisation conditionnelle – aussi connu sous le nom de tenure track. Or le recours à ce type de contrat, introduit à l’EPFL dès le début des années 2000, y est plus fréquent que dans les universités suisses (Goastellec & Benninghoff, 2011 : 143 ; Felli et al., 2006 : 31).

L’institut des neurosciences de l’EPFL illustre, nous semble-t-il, ce nouveau « paradigme » du recrutement. En nous penchant sur le tableau V, nous observons en effet que parmi les 16 professeurs qui sont (ou qui furent) directeurs de l’un des laboratoires, 7 professeurs furent engagés en « tenure track », et ce dès la première année qui suivit la création de l’institut. Ils occupent alors le statut de « professeur assistant », tout en prenant la direction de l’un des laboratoires. Le contrat étant d’une durée limitée, il débouche généralement sur la possibilité d’être titularisé. En effet, comme le prévoit le fonctionnement de ce type de contrat, le passage de la « tenure track » à la « tenure » intervient après six ou sept ans à condition que le candidat en question soit parvenu à passer les évaluations intermédiaires de son travail qui, elles, ont lieu en cours de contrat (Musselin, 2005 : 61). Là aussi, nous observons que parmi les 7 professeurs engagés en tant que professeurs assistants, 4 d’entre-eux furent nommés professeurs associés après une période allant de quatre à sept années[7].

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Il s’agit donc d’un premier constat, celui de l’existence d’un dispositif de gestion des carrières académiques, et tant que tel ce résultat ne concerne que l’institut des neurosciences. En effet, compte tenu des objectifs de ce travail, nous ne disposons pas des informations qui permettraient une comparaison systématique avec d’autres instituts de l’EPFL. Aussi, ne pouvons-nous pas conclure que cet institut se démarquerait par une plus forte propension à l’utilisation des contrats en pré-titularisation. Mais plutôt de rappeler, sur la base des travaux cités, que l’introduction de ce dispositif provenant des États-Unis au sein des hautes écoles suisses peut être considérée comme une forme de rupture par rapport au système traditionnel des chaires et des pratiques mandarinales qui les caractérisent. En octroyant plus d’autonomie au jeune chercheur, ce dispositif tend en effet à bouleverser les pratiques de recherche, faisant reposer sur les épaules du chercheur le poids de sa responsabilité individuelle et qui, devant faire ses preuves, participe dès lors de son propre gouvernement (Goastellec & Benninghoff, 2011 : 144). En ce sens, l’utilisation précoce de ce type de contrat au sein de l’institut des neurosciences témoigne a priori d’une forme de rupture avec les formes plus traditionnelles du recrutement professoral (bien que nous ne puissions savoir comment cela se traduit dans les pratiques). Finalement, avec un peu moins de la moitié des professeurs engagés en pré-titularisation, l’utilisation accrue de cette forme contractuelle au sein de l’institut des neurosciences est indissociable du contexte des réformes politiques de la fin des années 1990 (cf. premier travail).

 

2. Trois types profils distincts : les précurseurs, les vedettes et les jeunes prometteurs.

 Un premier regard sur ce type spécifique de statut qu’est la tenure track, nous a permis de constater que tous les professeurs de l’institut des neurosciences n’ont pas tous été recrutés selon les mêmes modalités. C’est que le poste de professeur assistant ne s’adresse en général qu’à de jeunes chercheurs ayant récemment achevé une thèse ou étant sur le point de le faire (Musselin, 2005 : 60). Il existe donc a priori d’autres logiques sociales qui sous-tendent leur recrutement au sein de l’institut. C’est ce que nous voudrions suggérer ici, en considérant notamment l’année de naissance des professeurs, leur nationalité de naissance, le lieu d’obtention du doctorat, ainsi que le pays où furent réalisées les études postdoctorales. Nous avons présenté ces informations sous la forme d’un sixième tableau (tableau VI). Il réunit l’ensemble des 18 professeurs de notre échantillon, c’est-à-dire tout à la fois les 16 directeurs des laboratoires et les 2 administrateurs. Ceux-ci ont été classés en trois groupes distincts s’apparentant à trois profils de professeurs différents.

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2.1 Présentation des trois profils caractérisant les professeurs de l’institut des neurosciences et ses administrateurs.

Le groupe des jeunes prometteurs, situé dans le bas du tableau, correspond en réalité à celui que nous venons de décrire. En effet, les sept professeurs partagent le fait d’avoir été engagés en tant que professeurs assistants en « tenure track ». Des professeurs plus jeunes donc, qui furent nommés dans une tranche d’âge allant de 31 ans pour Darren Moore à 37 ans pour Patrick Fraering. En outre, il s’agissait du premier poste professoral qu’ils occupaient dans leur carrière. Gages de l’adéquation aux normes dominantes de la carrière académique, la précocité de leur recrutement et l’internationalité de leur trajectoire – dont témoigne la prépondérance des séjours aux Etats-Unis, mais aussi au Japon et au Royaume-Uni – les rapprochent de la figure idéale typique du candidat au poste de professeur assistant (Goastellec & Benninghoff, 2011 : 144). Il existe toutefois deux exceptions à cette « règle ». Il s’agit de Carmen Sandi et de Hilal Lashuel qui occupèrent tous deux des postes de professeur titularisé (tenured) et d’ »instructor » (respectivement à Madrid et à Boston), et qui furent néanmoins engagés en « tenure track » à l’institut des neurosciences.

Le deuxième groupe est constitué de six professeurs que nous avons nommés les vedettes. Contrairement aux jeunes prometteurs, les vedettes n’ont pas été engagées en pré-titularisation. En effet, ces six professeurs ont en commun le fait d’avoir occupé un poste professoral précédemment à leur arrivée à l’EPFL. Une différence qui se traduit aussi par leur âge d’environ dix ans plus âgé que les jeunes prometteurs, à la seule exception de Grégoire Courtine né en 1975. D’autre part, hormis Wulfram Gerstner qui occupa la chaire de neurosciences computationnelles de l’EPFL dès 2001, l’ensemble des professeurs considérés provient d’universités ou de centre de recherche étrangers. C’est par exemple le cas d’Henry Markram[1] qui, à la suite de ses études doctorales en Israël à l’institut Weizman et de ses études postdoctorales aux Etats-Unis et en Allemagne, occupa un poste de « visiting professor » à l’Université de Californie à San Francisco avant d’être engagé à l’EPFL afin d’y créer l’institut des neurosciences (cf. premier travail). Par ailleurs, il est également possible qu’un professeur occupe simultanément des postes dans plusieurs institutions, à l’instar de Miguel Nicolelis[2] nommé professeur à 50% à la chaire en code neural et neuroprothèses financée par la fondation de la famille Sandoz.

Cette première différenciation entre deux profils nous permet de considérer le troisième groupe du tableau VI. Le groupe des précurseurs est constitué de cinq professeurs de nationalité suisse. Outre la proximité de leur année de naissance, ils partagent le fait d’avoir obtenu un titre de docteur en médecine à l’université de Genève, à l’exception de Stefan Catsicas, docteur de l’université de Lausanne en sciences naturelles. Leur parcours postdoctoral est, quant à lui, marqué par un séjour, au cours des années 1980, dans une université ou dans un institut de recherche américain, et dans lesquels ils occuperont généralement un premier poste de professeur assistant, à l’instar de Patrick Aebischer nommé professeur assistant en « tenure track » en 1988 à la Brown University avant d’être titularisé en 1990. A leur retour en Suisse, certains occuperont des postes de professeur, en particulier à l’université de Lausanne. Ainsi, Pierre Magistretti est nommé professeur de physiologie en 1988 et Stefan Catsicas est nommé professeur de biologie cellulaire en 1996. Le parcours de ce dernier se différenciera toutefois des autres précurseurs de par son passage dans un institut de recherche privé, à savoir l’institut Glaxo pour la biologie moléculaire à Genève, où il y occupera notamment le poste de directeur du département de neurobiologie de 1991 à 1996. A la fin des années 1990, au moment où Patrick Aebischer prendra la présidence de l’EPFL, il proposera au conseil des écoles polytechniques fédérales de nommer Stefan Catsicas à la vice-présidence. Puis, dès la création de la faculté des sciences de la vie en 2002, il recrutera Didier Trono qui en prendra la direction. William Pralong sera quant à lui nommé responsable de l’unique section de la faculté (Sciences et technologies du vivant) où il participera au développement de cursus dédiés aux neurosciences. Finalement, Pierre Magistretti prendra la direction de l’un des laboratoires de l’institut des neurosciences, à l’instar de Stefan Catsicas et de Patrick Aebischer.

2.2. Comparaison des trois profils : origines institutionnelles et internationalité des professeurs.

Que pouvons-nous dire de la comparaison de ces trois profils ? Premièrement, et contrairement aux jeunes prometteurs et aux vedettes, le groupe des précurseurs se distingue par l’occupation de fonctions dirigeantes au sein de la faculté des sciences de la vie à laquelle est rattaché l’institut des neurosciences. Leur recrutement par Patrick Aebischer semble donc difficilement dissociable de leurs origines institutionnelles, à savoir celles d’un cursus médical réalisé à l’université de Genève ou d’un cursus en biologie réalisé à l’université de Lausanne (Leresche et al., 2011 : 360). Une importance des origines institutionnelles donc, dont nous pouvons faire l’hypothèse qu’elle s’avère d’autant plus cruciale que l’arrivée de médecins et de biologistes à des postes de direction dans une école originellement vouée aux sciences de l’ingénierie (Pont, 2010) témoigne d’une forme de rupture au regard de son développement (cf. premier travail).

Deuxièmement, si le double positionnement caractérise les précurseurs – cumulant à la fois une position dirigeante et la direction d’un laboratoire au sein de l’institut des neurosciences – force est toutefois de constater qu’ils partagent avec les jeunes prometteurs et les vedettes l’expérience d’un séjour aux Etats-Unis. En effet, sur les 18 professeurs de l’échantillon, 14 se rendirent dans des institutions de recherche américaines dans le cadre de leurs études postdoctorales. Or si le pays d’un séjour à l’étranger peut être considéré comme un indicateur de l’internationalité des professeurs, il ne s’y réduit pas. En considérant notamment la nationalité de naissance des professeurs (cf. tableau VII), nous constatons un haut degré d’internationalité. En effet, sur l’ensemble des 18 professeurs, 4 proviennent de pays extra-européens (dont un seul des Etats-Unis), 9 proviennent de pays européens (dont quatre d’Allemagne) et 6 sont de nationalité suisse. En comparant ces deux indicateurs, le lieu du séjour à l’étranger et la nationalité, nous constatons donc que, pour la majorité des professeurs de l’institut (qui ne sont pas des ressortissants américains) les Etats-Unis apparaissent comme étant une destination de référence pour la formation postdoctorale. Pourrions-nous, dès lors, parler d’une internationalisation « d’excellence » des professeurs de l’institut à l’instar de celle qui a caractérisé les professeurs d’économie à la fin du XXe siècle (Rossier et al., 2015) ?

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Rien n’est moins sûr. En effet, nous avons bien considéré les seuls séjours postdoctoraux à l’étranger et non le lieu où fut réalisé le doctorat. Or en nous penchant sur ce dernier (cf. tableau VI), nous constatons que sur les 18 professeurs, 15 professeurs effectuèrent leur doctorat dans leur pays d’origine (qui correspond entre autres à celui où ils effectuèrent leur formation initiale). En ce sens, le profil des professeurs de l’institut des neurosciences, tous groupes confondus, semble témoigner de l’importance des universités nationales – et a fortiori européennes – au sein des champs scientifique et académique des neurosciences, à la différence de la progressive domination des universités anglo-saxonnes dans ceux de l’économie (Rossier et al., 2015). Aussi, pourrions-nous, au regard du nombre de professeurs européens (notamment français et allemands), parler d’une internationalité de « proximité » dans le profil des professeurs de l’institut ? En l’absence de travaux portant sur cette discipline, nous ne pourrons répondre à cette question.

Conclusion

Dans ce travail, nous avons cherché à éclairer certains aspects du contexte d’émergence des neurosciences, ainsi que de leur institutionnalisation au sein de l’école polytechnique fédérale de Lausanne. Pour ce faire, nous sommes partis du cas d’un institut, celui « Brain and Mind Institute », et nous avons considérés les professeurs qui le constituent, ainsi que ceux qui participèrent de manière indirecte à son développement. Notre questionnement fut alors le suivant : comment aborder le processus d’institutionnalisation d’une discipline, celle des neurosciences, à partir des profils des professeurs qui le composent ? Pour tenter d’y répondre, nous avons procédé en deux temps. Dans la première partie, nous avons d’abord émis l’idée, sur la base de la littérature (Strasser, 2006), que l’institutionnalisation des neurosciences pouvait être abordée comme la convergence spécifique de plusieurs disciplines lui préexistant. Aussi, en considérant l’évolution, au cours du cursus académique, de l’affiliation disciplinaire des professeurs, nous avons effectivement pu identifier la prédominance des disciplines autres que les neurosciences. En effet, nous avons pu constater l’importance des cursus en biologie, en médecine et en science de base dans la constitution du profil disciplinaire des professeurs. Néanmoins, nous avons également constaté l’existence d’une « tendance » à la spécialisation disciplinaire, au cours des études doctorales et postdoctorales, vers les disciplines de la biologie et de l’étude du système nerveux. Dès lors, nous avons suggéré que cette « tendance » questionnait les discours politique et institutionnel valorisant « le dialogue entre disciplines » et qui furent constitutifs du contexte d’émergence des neurosciences.

Dans un deuxième temps, nous avons considéré le mode de recrutement des professeurs au sein de l’institut. En revenant sur le contexte des réformes politiques de la fin des années 1990, et l’utilisation plus fréquente des contrats de pré-titularisation des professeurs, nous avons constaté qu’un peu moins de la moitié des professeurs de l’institut furent engagés sous cette forme contractuelle. En ce sens, nous avons suggéré que le mode de recrutement des professeurs au sein de l’institut des neurosciences s’inscrivait pleinement dans les récentes transformations que connaissent les universités et les hautes écoles suisses (Goastellec & Benninghoff, 2011). Ce premier constat nous a permis, dans un deuxième temps de discerner trois profils distincts : les jeunes prometteurs, les vedettes, ainsi que les précurseurs. Aussi, leur comparaison a-t-elle mis avant l’importance de l’origine institutionnelle des précurseurs dans leur recrutement au sein de la faculté et de l’institut. Elle a également permis de mettre en avant la forte internationalité des profils.

[1] Curriculum Vitae d’Henry Markram, http://bluebrain.epfl.ch/webdav/site/bluebrain/shared/HMCV_May2005.pdf, consulté le 11.06.2015.

[2] Actualités MediaCom, site de l’EPFL, http://actu.epfl.ch/news/douze-professeurs-nommes-a-l-epfl-2/, consulté le 11.06.2015.

[1] Par affiliation disciplinaire nous entendons deux choses : l’affiliation scientifique à une discipline et/ou l’affiliation institutionnelle à une institution (université, institut, groupe de recherche, etc.). Nous reprenons ainsi à notre compte cette distinction proposée par Benninghoff et al. (2014) dans leur étude du champ « biomédicale » en Suisse.

[2] Dans ce cadre, la formation supérieure (ou initiale) tient compte de toutes les disciplines étudiées (du moins mentionnées comme ayant été étudiées) en amont de la formation doctorale. La formation supérieure correspond donc aux titres suivants : Baccalauréat ès Sciences, Licence, Master, Diplôme universitaire de technologie (DUT), Diplôme et Diplôme de docteur en médecine (MD).

[3] Afin qu’il n’y ait pas de confusion, nous rappelons qu’en l’absence de sources systématiques concernant la formation de chaque professeur, nous avons, dans ce travail, confondu affiliation scientifique (donnée par le titre du diplôme) et affiliation institutionnelle (donnée par l’appartenance à une institution).

[4] A ce propos, l’on peut se référer au premier travail sur l’institutionnalisation des neurosciences qui expose plus en détail les axes de recherche des différents laboratoires.

[5] Cette discipline n’est pas mentionnée dans le tableau, elle fait néanmoins référence à une chaire professorale occupée par Michael Herzog à l’Université d’Osnabrück, http://lpsy.epfl.ch/people/herzog/, consulté le 05.06.2015.

[6] L’utilisation du terme « biomédical » comme un label doit être compris à l’aune du second résultat important de cette enquête, celui de l’inexistence, en Suisse, d’un espace social fortement institutionnalisé de la recherche biomédicale, en d’autres termes d’un champ « biomédical » (Benninghoff et al., 2014 : 7).

[7] Les professeurs ayant été nommé professeurs associés sont indiqués par une astérisque dans le tableau V.

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