311 (2019/4) Denis de Rougemont. Entre littérature, théologie et politique - Édité par Alain Corbellari et Nicolas Stenger

Denis de Rougemont reste populaire chez les littéraires pour avoir écrit L’amour et l’Occident, un des essais marquants du XXe siècle, et chez les politologues pour avoir inlassablement promu un modèle fédéraliste de construction européenne; pourtant, les spécialistes de l’un et l’autre de ces champs d’études ont bien du mal à dialoguer. Le but de ce volume est de les réunir en montrant qu’il n’y a qu’un seul Denis de Rougemont, et que le littéraire ne contredit pas plus le politique que celui-ci n’étouffe la veine du premier.
À travers la littérature, c’est une certaine vision de l’homme que défend Rougemont, ancrée dans une pensée religieuse qui fait de l’essayiste neuchâtelois un éminent représentant, dès les années 1930, de l’existentialisme chrétien, et un ardent promoteur de l’engagement de l’écrivain.
Les études réunies ici, augmentées d’un texte inédit consacré à André Gide, privilégient les rencontres tant dans l’oeuvre que dans le parcours intellectuel de celui qui a croisé quelques-uns des plus grands auteurs du XXe siècle (Jacques Maritain, Roger Caillois, Jean Paulhan, Karl Barth, René Girard) et qui a su faire le pont entre une pensée de l’homme et une pensée de la société.

SOMMAIRE

Alain Corbellari, Nicolas Stenger — Introduction (p. 7-10)

Texte intégral disponible sur OpenEdition Journals

Denis de Rougemont — L’œuvre et l’influence d’André Gide (Texte inédit présenté par Jonathan Wenger) (p. 11-30)

À l’occasion d’un voyage en Allemagne, Rougemont présente en deux conférences ses vues sur l’état de la France de 1918 à 1935. La première décrit la situation proprement sociale; la seconde, que nous éditons ici, illustre cette situation par un exemple cher à Rougemont, l’œuvre d’André Gide, dont les visées éthiques diffèrent pourtant profondément des siennes. Cet inédit nous est aussi l’occasion, au miroir du parcours de Gide, d’attester l’importance pour Rougemont du geste littéraire dans le débat politique.

Jonathan Wenger — Les fondements littéraires de la personne (p. 31-48)

En examinant la théorie personnaliste de Denis de Rougemont, en analysant les métaphores privilégiées (d’ordres dramaturgique et rhétorique), enfin en précisant dans sa pensée le caractère existentiel du discours et du langage, on tente ici de démontrer la dimension à la fois fondatrice et originale de la littérature dans l’oeuvre de l’écrivain.

Nicolas Stenger — La responsabilité sociale de l’écrivain. Denis de Rougemont et le Pen Club dans les années 1970 (p. 49-70)

À partir d’archives inédites déposées dans le Fonds Denis de Rougemont de la Bibliothèque publique et universitaire de Neuchâtel, nous examinons ici la collaboration entre Denis de Rougemont et le PEN Club, dont l’écrivain prit la présidence du centre romand au début des années 1970. L’analyse permet d’éclairer certains enjeux et problèmes qui se posèrent à cette association, ainsi que son activité de soutien aux écrivains persécutés et emprisonnés qui figure parmi ses principales raisons d’être. Plus généralement, il s’agit de s’interroger sur la conception de la responsabilité de l’écrivain promue par Denis de Rougemont, conception développée dès les années trente et réactualisée dans le cadre de son engagement au sein de cette association.

Alain Corbellari — Un humaniste kierkergaardien à la recherche du sacré. Denis de Rougemont et le collège de sociologie (p. 71-84)

Les relations entre Rougemont et le Collège de sociologie, par l’intermédiaire essentiellement de Roger Caillois, avec qui il gardera des liens assez étroits, se cristallisent autour d’une conférence donnée le 29 novembre 1938, dans le cadre du Collège, qui reprend le chapitre «Amour et guerre» de L’amour et l’Occident, alors en cours d’écriture. On comprend mieux, à relire ce texte, la notion d’«horreur sacrée» utilisée dans un moment crucial du Journal d’Allemagne.

Krisztina Horváth — La correspondance Rougemont-Paulhan (p. 85-100)

La correspondance d’écrivains, à la croisée de l’intime et du social, constitue un corpus précieux pour le critique à la recherche d’informations venant éclairer l’oeuvre et sa genèse, l’auteur, l’époque. Outre l’intérêt proprement biographique, d’un point de vue endogénétique, elle met en lumière les différentes phases d’élaboration d’un texte, du projet à la réalisation, le choix d’un style et les réactions critiques. L’importance de cette fonction paratextuelle est accrue dans le cas de la correspondance d’un directeur de revue et de l’un de ses collaborateurs, à l’intérêt biographique venant s’ajouter l’étude de champs. La correspondance de Denis de Rougemont et de Jean Paulhan, si courte soit-elle, constitue ainsi une mine d’informations sur la vie intellectuelle, l’édition et la presse critique de la France des années 1930-1960.

Romain Debluë — Liberté, responsabilité, vocation. Denis de Rougemont et Jacques Maritain, autour de La part du diable (p. 101-122)

La part du diable est un livre né d’une rencontre, celle de Jacques Maritain et Denis de Rougemont à New-York, en 1941. Le titre même de l’ouvrage est pris d’une expression de Maritain dans Humanisme intégral, où l’on peut lire que «le diable aura toujours sa part dans ce monde tant que l’histoire durera». L’on se propose donc ici, à la lumière du concept de «personne», décliné selon sa triple structure fondamentale de liberté, de responsabilité et de vocation, d’en donner une lecture fondée sur quelques considérations fondamentales de Jacques Maritain. Nous croyons en effet que le thème du diable permet d’éclairer de façon privilégiée la Weltanschauung de l’écrivain suisse sur un point capital, à savoir les modalités exactes du rapport entre le monde et Dieu, ou encore entre la nature et la grâce. Or, c’est précisément sur ce point que Maritain et Rougemont divergent le plus nettement; et c’est là par conséquent que nous pensons pouvoir mettre au mieux en évidence les singularités et les spécificités de la pensée du second, par contraste avec la vision thomiste du philosophe français.

Bruno Ackermann — La morale du but (p. 123-146)

Manuscrit inédit et inachevé, La morale du but est un essai de philosophie personnaliste inlassablement remis sur le chantier. Face aux désordres de son époque, Denis de Rougemont propose une réflexion qui incite l’homme à donner un sens à sa vie, à inventer une morale personnelle au risque d’une vocation reçue et obéie.

Benjamin Mercerat — D’une romanesque à l’autre. Denis de Rougemont et René Girard (p. 147-162)

Il s’agit, dans cette étude, d’interroger la cohérence de la romanesque de L’amour et l’Occident (1939) de Denis de Rougemont, c’est-à-dire de cette pensée du roman qui fait du mythe tristanien un archétype dont l’histoire de la littérature européenne moderne serait une profanation continuée; interroger cette romanesque, c’est en signaler les failles heuristiques qui, d’elles-mêmes, mènent à une vision du roman à la fois inspirée par celle de l’écrivain suisse et qui lui est opposée: celle de René Girard (1923-2015) dans son célèbre essai publié en 1961, Mensonge romantique et vérité romanesque.

Damiano Bondi — Trilogie de la personne. La pensée philosophique et l’engagement politique de Denis de Rougemont (p. 163-180)

Cet article vise à examiner l’ensemble de la pensée de Rougemont selon trois perspectives principales: tout d’abord, la naissance «négative» du personnalisme en tant que réaction politique à la fois au totalitarisme et à l’individualisme; deuxièmement, la recherche d’une proposition philosophique positive en tant que soutien théorique à l’exercice d’actions sociales et culturelles; troisièmement, l’engagement politique personnel de Rougemont dans le processus d’unification européenne. En fin de compte, nous soulignons pourquoi et comment la connaissance et l’étude de cet auteur peuvent être non seulement enrichissantes sur le plan personnel, mais également très importantes pour mieux comprendre la situation actuelle de l’Union européenne et les possibilités de la modifier.

Joan Alfred Martínez i Seguí — La théologie protestante de Karl Barth comme arrière-plan d’une «théologie existentielle» chez Denis de Rougemont (p. 181-206)

L’élaboration de tout le travail littéraire et philosophique de Denis de Rougemont indique la présence d’une philosophie chrétienne existentielle, ou même d’un noyau d’idées génératrices d’une certaine «théologie existentielle». Identifiant la théologie protestante de Karl Barth comme arrière-plan de ce point de vue rougemontien, nous étudions tout d’abord de façon systématique l’œuvre du théologien de Bâle, ainsi que son évolution diachronique, à la lumière des événements historiques. Finalement, nous essayons d’expliquer la réception de la pensée barthienne durant les années 1930 dans les pays francophones et le lien intellectuel très étroit, créé alors, entre Karl Barth et Denis de Rougemont.

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ISBN 978-2-940331-72-7

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