Statistique sur la protection de l’enfance, Société suisse de pédiatrie (2009-2018)

Le Groupe de travail pour la protection de l’enfant de la Société suisse de pédiatrie (SSP) collecte depuis dix années consécutives des données sur les maltraitances identifiées dans hôpitaux pédiatriques en Suisse.

Les données collectées concernent le sexe et l’âge des jeunes victimes, la certitude du diagnostic, le lien entre la victime et l’auteur, l’âge et le sexe de l’auteur, ainsi que les mesures tutélaires et pénales prises par les équipes hospitalières.

En 2018, sur les 31 établissements pédiatriques existant en Suisse, 20 cliniques ou départements pédiatriques ont participé au recensement. Elles ont enregistré 1502 cas d’enfants maltraités. Ces résultats représentent une diminution de près de 13% par rapport aux résultats de l’année précédente (en 2017, 1730 cas enregistrés sur 21 cliniques ou départements pédiatriques). Ceci est dû au fait qu’en 2017, une clinique avait fourni dans ses chiffres, également les cas où des enfants avaient reçu uniquement des conseils.

Parmi ces données, un tiers des cas concernaient des enfants de moins de 4 ans. Les garçons sont plus maltraités physiquement (54.5%, contre 45.5% chez les filles), alors que les victimes d’abus sexuels sont en grande majorité des filles (77.1% contre 22.9% de garçons).

Dans 77.7% des cas, l’auteur·e fait partie de la famille de l’enfant, et dans 12.5%, il ou elle est connu·e de l’enfant. Dans 39.5% des cas, l’auteur est un homme, dans 24.9% des cas il s’agit d’une femme et dans 26.6% des cas les deux parents ont été tenus pour responsables.

Evolution des statistiques du Groupe de protection de l’enfance de la SSP, 2010-2018 

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L’évolution la plus spectaculaire concerne la part de maltraitances psychologiques, qui a presque doublé entre 2010 et 2018. La proportion de négligences et celle d’abus sexuels ont quant à elles globalement diminué durant cette période. Cette diminution est à prendre avec précaution car rappelons la complexité de détection inhérente aux cas particuliers des abus sexuels. Les mauvais traitements physiques, qui sont historiquement surtout détectés dans ces milieux médicaux, restent proportionnellement stables au fil des années.

La hausse des cas recensés s’explique principalement par l’augmentation du nombre de cliniques participantes, mais comme le souligne le responsable du recensement Markus Wopmann, aussi par une sensibilisation accrue des professionnel·le·s aux mauvais traitements envers les enfants.

Ne disposant pas du détail du nombre de cas pour les quatre premières années et de maigres informations sur la méthodologie utilisée pour produire ces statistiques, il est toutefois difficile de savoir si ces tendances dénotent d’une réelle évolution, et à quel point d’autres facteurs entrent en jeu.

Par exemple, le développement relativement récent de CAN Teams dans les grands hôpitaux, chargés de soutenir les équipes médicales et soignantes dans la détection et le signalement des maltraitances infantiles, jouent certainement un rôle important dans cette augmentation. L’affinement des sensibilités pour les maltraitances de type psychologique a certainement aussi eu un impact notable. Il se peut en outre que certains sévices qui, auparavant étaient classifiés comme des négligences ou voire des violences sexuelles, soient dorénavant plutôt considérés comme des maltraitances psychologiques.

Sources :

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