Qui sont les auteurs et les victimes?

Qui maltraite?

Il n'existe pas de profil-type des auteur·e·s de mauvais traitements envers les enfants.

L’âge, la catégorie professionnelle, le salaire, la provenance culturelle ou encore le sexe d’une personne ne permettent pas de prédire la probabilité de perpétrer des violences sur des enfants.

Ceci dit, d’après les statistiques, certaines catégories de personnes, comme les hommes, les personnes rencontrant des difficultés financières ou qui sont d’origine étrangère par exemple, sont plus fréquemment mises en cause dans les cas de maltraitance envers les enfants. Ceci s’explique en partie par le phénomène du biais statistique. Nous reviendrons plus en détails sur ce sujet plus loin dans la partie „statistiques“ (lien).

La plupart du temps, l'auteur·e connaît l'enfant : elle ou il peut être son propre parent ou membre de sa famille élargie. C’est d’ailleurs un des aspects qui complique le fait que les actes de maltraitance soient reportés aux autorités. D'autres auteur·e·s font partie de l'entourage de l'enfant (amis, voisins, baby-sitter) ou ont des contacts avec elle ou lui dans le cadre d’une activité professionnelle ou institutionnelle. Les auteur·e·s qui ne connaissent pas l'enfant sont rares : ce sont en général des agresseurs sexuels. Ces agressions, de gravité très variable, surviennent généralement de manière impromptue et leurs auteur·e·s ne les répètent pas avec la ou le même enfant.

La famille est en effet le premier et le principal lieu de vie de l'enfant, qui dépend d'elle pour se développer. Habituellement, elle ou il ne peut la quitter avant 18 ans, âge auquel, légalement, elle ou il n'est plus soumis à l'autorité parentale. Aucun milieu socio-économique ou culturel n'est épargné par la problématique des mauvais traitements intrafamiliaux.

Qu’en est-il des parents dits « maltraitants » ?

Une majorité des parents violents manquent de compétences parentales, dans certaines circonstances et certains contextes. Toutefois, ces parents peuvent aussi se montrer aimants et adéquats.

Une minorité de parents sont atteints de graves troubles psychopathologiques et utilisent systématiquement la violence. Il n’est pas question de cette minorité ici. La protection des enfants est dans ces cas davantage assurée en exerçant un contrôle adéquat sur les parents, qu’en les aidant à développer leurs compétences parentales. La présence de tiers lors de contacts entre ces parents et leurs enfants permet par exemple d’assurer la sécurité psychique et physique des enfants.

La prise en charge varie par ailleurs en fonction des formes de violences (physiques, psychologiques, sexuelles, économiques) et des modalités relationnelles. Dans le cas d’une violence symétrique, parents et enfants sont peuvent reconnaître que leurs comportements sont inadéquats et problématiques. Toutefois, ils ne parviennent pas à gérer les frustrations et les conflits inhérents à la vie commune sans recourir à la violence. Ces interactions violentes sont bidirectionnelles et publiques. Dans ce cas, les séquelles psychologiques peuvent être limitées : l’identité de chacun est préservée, l’autre est reconnu.

En revanche, dans le cas d’une violence complémentaire, la relation est inégalitaire. L’autorité liée au statut de parent est utilisée de manière abusive, et non pas pour assurer la sécurité et la socialisation des enfants. Cette violence est unidirectionnelle et intime. Ici, les séquelles psychologiques sont plus profondes, l’enfant peut considérer l’exposition à la violence comme une norme et est privé d’une certaine altérité. Cette modalité relationnelle se traduit par l’émergence d’une forme d’emprise.

En regard de ces modalités relationnelles de la violence, on peut distinguer deux types de prises en charge:

- Prise en charge volontaire :    
Elle s’adresse aux parents qui sont conscients de l’inadéquation de leurs comportements (parfois suite à l’intervention de tiers : école, pédiatre, famille, etc.), et qui en souffrent. Ils souhaitent – malgré la honte qui peut les habiter – trouver des solutions pour éviter que la violence se répète et s’aggrave. L’accompagnement vise à permettre à ces parents de s’approprier ou de se réapproprier progressivement des compétences permettant de trouver des alternatives au recours à la violence. Le  suivi va donc s’orienter vers la consolidation et la (re)construction des compétences parentales.

- Prise en charge contrainte :    
Elle concerne les parents dont les violences ont été repérées socialement et dont la gravité est telle qu’une mesure contraignante (civile ou pénale) leur est imposée. Dans un premier temps, la prise en charge vise faire prendre conscience aux parents du caractère illégal et inadéquat de leurs comportements. En parallèle, une forme de contrôle social tend à assurer la sécurité des enfants, dans certains cas par leur placement. Pour autant que les parents émettent une demande personnelle de changement, un accompagnement proche de celui qui est développé pour les parents « volontaires » est possible.

Pour aller plus loin :

R. Perrone et M. Nannini Violence et abus sexuels dans la famille, Paris : ESF, (1995) 2006.
N.B. Cet ouvrage est disponible à la bibliothèque de l’Observatoire (
à lien vers Documentation).

Les membres de l'entourage de l'enfant, y compris les professionnel·le·s de l'enfance sont aussi à l'origine de mauvais traitements : par exemple les voisins ou les amis de la famille, le personnel de crèches, d'écoles, d'institutions socio-éducatives, les membres du clergé, d'associations de loisirs ou encore de clubs sportifs.

La maltraitance institutionnelle se manifeste lorsque des mauvais traitements perdurent ou sont engendrés en raison du mode de fonctionnement d'une institution (écoles, établissements de placement à caractère médical ou social). Le système judiciaire peut aussi être maltraitant lorsqu'il multiplie les auditions d'enfants victimes de mauvais traitements, entraînant une revictimisation.

Les professionnel·le·s susceptibles d'être confrontés à un enfant maltraité sont nombreux et appartiennent à des institutions et à des domaines variés : la Justice (civile et pénale), la police, le monde éducatif et scolaire (ordinaire et spécialisé), le domaine social, culturel et des loisirs, celui de la petite enfance, le domaine médical et psychologique. Les membres de ces divers domaines travaillent au sein de structures tant publiques ou que privées.

Cette énumération non-exhaustive de professions met en évidence l’importance du travail interdisciplinaire autour des situations de maltraitance. Un enfant fréquente généralement plusieurs structures au fil de son développement et une même structure recouvre souvent une palette très variée d’expertises. Mais la collaboration entre professionnels n’est pas démunie de défis ni de difficultés. Pour plus d'informations à ce sujet, prenez connaissance de notre étude auprès des professionnels.

Qui est maltraité?

Tant les garçons que les filles sont concernés par les mauvais traitements même si ces dernières sont surreprésentées parmi les victimes d'abus sexuels.

En Suisse, on parle de mauvais traitements envers les enfants jusqu'à l'âge de 18 ans révolus, âge de la majorité. Selon le cadre légal, les mesures (de protection et de répression) prévues dépendant du fait que l’individu soit mineur ou non, ou que l’auteur soit un membre de la famille ou non.

Aucun âge ne semble épargné par les mauvais traitements. Cependant, la forme et les caractéristiques de ces derniers varient selon le niveau de développement de l'enfant. Enfin, de nombreuses recherches soulignent une fréquence importante de maltraitance envers les bébés, souvent sous-estimée.

On retrouve des enfants et adolescents victimes de mauvais traitements dans tous les milieux socio-économiques et culturels.

Les enfants expriment de façon très variée les mauvais traitements subis. L'âge, le niveau de développement atteint, le type de maltraitance subie, le type de lien avec l'auteur, entre autres éléments, influencent les symptômes manifestés (si symptôme il y a). Ainsi, le « syndrome de l'enfant maltraité » n’existe pas et aucun symptôme en soi ne spécifie la présence ou l'absence de mauvais traitements.

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