Joye Dominique

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© felix imhof - Version du:  27.08.2018
 

Dominique Joye nommé professeur honoraire de la Faculté des SSP

Au cours des 12 années durant lesquelles Dominique Joye a été successivement professeur associé puis professeur ordinaire à l’Institut des sciences sociales, il a profondément marqué le développement des sciences sociales à l’Université de Lausanne, et celui de notre institut.

 

Infatigable bâtisseur d’institutions et de réseaux, Dominique Joye a œuvré pour placer les questionnements méthodologiques au coeur des compétences de l’ISS. Dès 2008, il a joué un rôle prépondérant dans l’accueil du centre national FORS au sein de l’Unil et dans la création du Centre MISC (pour Méthodes, Inégalités et Changement Social), un nom évocateur et reflétant parfaitement les préoccupations de Dominique Joye en matière de recherche, à savoir la volonté de toujours lier les questions méthodologiques, qui soulèvent des défis parfois très techniques, aux enjeux sociétaux liés au pouvoir et aux inégalités. Quatre ans plus tard, il a fortement contribué à la fusion harmonieuse entre MISC et le laboratoire PAVIE, afin de créer le Centre de recherche sur les parcours de vie et les inégalités, LINES, actuellement la plus large unité de recherche de notre Faculté. Directeur de l’ISS puis Vice-Doyen à la recherche de la Faculté des SSP, Dominique Joye s’est investi à tous les échelons pour le développement des sciences sociales au sein de notre Faculté, et leur rayonnement bien au-delà.

 

Dominique Joye a fait ses études à Fribourg où il a obtenu sa maturité et à Genève où il a réussi sa licence (1977) et son diplôme (1981) en science politique. Il a défendu sa thèse à l'Université de Genève, en 1984, intitulée: Structure politique et structure sociale, analyse écologique des votations en Suisse 1920-1980. Avant d’arriver à l’Unil, Dominique Joye a travaillé à l'EPFL, enseignant en parallèle, d'abord à l'Université de Genève, puis à celle de Lausanne. En 1999, il a été nommé directeur du SIDOS, l'archive suisse de données en sciences sociales, tout en étant professeur associé à Neuchâtel, enseignant à l'Université de Berne pendant une année et professeur invité à l'Institut d'études politiques de Paris durant deux autres années.

 

Les thématiques des catégorisations sociales, des territoires, et des inégalités ont toujours été au cœur des recherches de Dominique Joye. De sa réflexion sur les liens entre les habitants d’un territoire, leur mobilité et leur citoyenneté, d’abord ancrée dans le contexte de Genève – sa ville d’élection – Dominique Joye a tiré des questionnements sur les méthodes d’enquête et d’analyse, permettant d’appréhender ces catégories et le rapport que les individus entretiennent avec elles. Dans de nombreuses publications, il a insisté sur l’importance de la mesure pour le travail scientifique, en développant un nombre conséquent de nomenclatures sur les positions sociales et spatiales, tout en prenant toujours soin de montrer leur impact sur les représentations de la société et de ses hiérarchies dans l’analyse résultante de leur utilisation.

Dominique Joye, dans sa recherche et son enseignement a ainsi inlassablement insisté sur le fait que la récolte des données ne saurait être indépendante des sociétés dans lesquelles elle s’opère. C’est cette perspective à la fois critique et méthodologique qui a marqué son travail et celles et ceux qui ont eu la chance de le côtoyer comme enseignant et collègue. Au-delà de leur portée méthodologique, ses travaux ont ainsi contribué à une compréhension plus profonde des inégalités sociales et régionales et de leur évolution. L’ouvrage Tous égaux ? qu’il a publié en 1997 avec René Levy, Olivier Guye et Vincent Kaufmann a marqué plusieurs générations de chercheuses et chercheurs travaillant sur les inégalités sociales en Suisse.

 

Très tôt, Dominique Joye a nourri un intérêt constant pour la diversité des méthodes qui permettent une représentation graphique de données complexes et multidimensionnelles. Suite à l’arrivée de FORS à Lausanne, il a pu développer et approfondir une série de recherches sur les inégalités en Suisse dans une perspective temporelle. Cette perspective s’est accentuée avec sa participation au Pôle de Recherche National LIVES, établi en 2011 entre les Universités de Genève et de Lausanne et dédié à l’étude des parcours de vie et des vulnérabilités. Dans ce cadre il a notamment dirigé l’IP14, un projet méthodologique consacré à l’évaluation de la qualité des données récoltées.

 

La reconnaissance de ses travaux l'a amené à représenter la Suisse au niveau international et à organiser les terrains locaux de grandes enquêtes comparatives comme les quatre premières éditions du European Social Survey (en tant que coordinateur national), l'International Social Survey Program depuis 2000 (plus récemment en tant que membre de son comité méthodologique) et la European Value Study (comme membre de son comité exécutif).  Jusqu’à ce jour, il continue à collaborer avec le groupe des Enquêtes internationales de FORS dans son travail de coordination du terrain de ces études en Suisse.  Son implication dans ces grandes enquêtes l’a sensibilisé aux défis de la recherche comparative et quantitative, ainsi qu’aux grands enjeux de la méthodologie d’enquête en particulier, l’effet des différentes méthodes de récolte de données sur la qualité des mesures, et le problème des non-réponse, un enjeu majeur des grandes enquêtes quantitatives. Convaincu de l’importance de ces défis dans le contexte Suisse il a saisi toutes les opportunités de faire participer la Suisse à des études méthodologiques comparatives. C’est grâce à ses efforts que la Suisse figure parmi les quatre pays qui ont participé à l’une des premières études utilisant des « modes mixtes » du European Social Survey. Cet engagement inlassable pour améliorer les méthodes d’enquête a été couronné en 2016 par la publication en tant que co-éditeur du SAGE Handbook of Survey Methodology, ouvrage de référence du domaine.

 

Collègue attentif, engagé et enthousiaste, il a supervisé de nombreuses thèses de doctorat et accompagné de nombreux chercheurs et chercheuses post-doctoraux dans leurs débuts de carrière. Toujours ouvert et positif, il a agi, aussi bien comme directeur que comme mentor, pour soutenir le développement professionnel et encourager le potentiel de nombreux jeunes collègues qui se souviennent de ses innombrables conseils, de son goût pour la nuance, de sa méfiance pour les solutions simples et de ses encouragements constants à changer de point de vue quand les phénomènes semblent trop évidents. Plein d’énergie, grand voyageur, il a marqué ses collaborateurs et collaboratrices par son énergie et son don d’ubiquité, souvent dans plusieurs pays ou plusieurs réunions presque en même temps.

 

Guy Elcheroth
Eléonore Lépinard
Caroline Roberts
Dario Spini

 

 

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