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198 (1983/3) Tradition ou rupture ?

SOMMAIRE

André-Jean VOELKE - Avant-propos (p. 1-2)

Philippe JUNOD - Tradition et innovation dans l'esthétique de Piranèse (p. 3-24)

A l'image romantique d'un Piranèse halluciné, tirant de son imagination fiévreuse des visions de cauchemar, l'enquête historique tend à substituer celle d'un archéologue passionné qui cherche d'abord à faire revivre le passé. L'examen de ses écrits, et notamment du Discours apologétique en faveur de l'architecture égyptienne et toscane, montre que l'artiste a cherché dans l'Antiquité elle-même le principe de l'innovation, et que sa conception de l'invention et de l'originalité se fonde sur une pratique, elle aussi perçue comme antique, de l'éclectisme. Vu sous cet angle, Piranèse n'apparaît pas seulement comme un pionnier de l'historicisme du XIXe siècle: il acquiert une nouvelle actualité, celle que lui confère la perspective revivaliste du post-modernisme d'aujourd'hui.

André RESZLER - Vers une nouvelle tradition? L'art moderne entre l'anarchie et la tentation de l'ordre (p. 25-41)

«Nous sommes asservis à une autorité extérieure à nous-mêmes: l'autorité des livres. Cette servitude nous oblige à ne plus regarder avec nos propres yeux, mais avec les yeux des morts, avec des yeux morts. Un sort a été jeté sur nous, le spectre des livres, l'autorité du passé; et pour exorciser ces spectres, nous devons nous atteler à la grande tâche de l'auto-libération magique.» Ces phrases de Norman O. Brown résument la tentation anarchiste des grandes tendances d'avant-garde de l'époque moderne.
Pendant le demi-siècle qui précède la Première Guerre mondiale, de nombreux artistes modernes – Cézanne, Matisse, Klee, Strawinsky, Schönberg, etc. – subordonnent leur art à la création d'une tradition nouvelle. Dans le texte qui suit, j'examine leur tentative de créer un nouvel art de maîtres en empruntant à l'idéologie anarchiste ses concepts relatifs au phénomène d'autorité.

Walter LENSCHEN - Du drame religieux au théâtre socialiste: Hrotsvit de Gandersheim et Peter Hacks (p. 43-54)

Dans la tradition de Térence, Hrotsvit de Gandersheim composa, dans l'Allemagne du Xe siècle, des drames religieux en langue latine. Notre choix s'est porté sur Dulcitius, dans l'intention d'en montrer les divers aspects, aussi bien spirituels qu'érotiques. Miile ans plus tard, Peter Hacks, auteur d'orientation marxiste, reprend la thématique chrétienne des pièces de Hrotsvit pour en donner une interprétation critique.

Manfred GSTEIGER - Les modèles en histoire littéraire et le paradigme «continuité-rupture» (p. 55-63)

Lorsqu'un texte littéraire est considéré avant tout comme système autonome «fonctionnant» en lui-même et créant ses propres lois, le problème de la tradition semble de peu d'importance. Tel n'est pas le cas dans une perspective historique, bien au contraire. Comme l'a dit Wolfgang Babilas, c'est précisément la différence entre tradition et innovation qui constitue l'histoire littéraire (Tradition und Interpretation, Gedanken zur philologischen Methode, München, Max Hueber Verlag, 1961, p. 51). Dans les pages suivantes le concept «tradition et innovation» (ou «tradition et rupture») est développé à partir de la difficulté de concevoir l'histoire littéraire comme ensemble structuré. Il s'agit d'une communication lue au Xe Congrès de l'Association Internationale de Littérature Comparée à l'Université de New York (23 août 1982).

Gianni A. PAPINI - Les symboles de la tradition au XIXe siècle en Italie (p. 65-74)

La récupération de la tradition faite par le Romantisme italien n'est pas, en général, une opération philologique, mais idéologique. – Dans l'esprit du Risorgimento la tradition revêt une valeur de préfiguration et de symbole: les faits et les personnages du Moyen Age et de la Renaissance ont une fonction didactique en vue de l'Unification nationale. – Après l'Unification, le symbolisme militant doit laisser la place au symbolisme triomphant; et c'est alors le mythe de Rome impériale qui, sur la base d'une idéologie païenne et matérialiste, est mis au service du pouvoir politique et culturel. Il s'agit d'une proposition qui aura des suites fâcheuses pour l'histoire italienne des premières décennies du XXe siècle.

André-Jean VOELKE - La vie sceptique et le thème traditionnel des genres de vie (p. 75-87)

Les écrits de Sextus Empiricus, qui constituent l'exposé le plus complet du scepticisme antique, présentent la conduite du sceptique comme un véritable genre de vie. Il est donc légitime de se demander si, malgré l'intention affichée de rompre avec l'éthique dogmatique, le scepticisme ne perpétue pas à sa manière le thème traditionnel des genres de vie, qui avait connu une grande fortune chez Platon, Aristote et beaucoup d'autres auteurs. N'assistons-nous pas chez Sextus Empiricus à la renaissance d'un topos frappé de sclérose à la fin de l'antiquité? Et, si tel est le cas, ce thème ne nous fournit-il pas une clé pour l'interprétation des textes traitant de la vie sceptique?

Daniel NICOLET - Wittgenstein et la tradition. Une lecture des «investigations philosophiques» (p. 89-99)

Hors de tout contexte familier et comme solitaire, l'œuvre de Wittgenstein apparaît d'abord étrange et déconcertante; et nul ne pourra manquer d'être frappé par son style. A la lecture se révèlent toutefois, en particulier à travers les effets du style, à la fois les attaches de Wittgenstein à la tradition philosophique, et le geste complexe de refus, de rupture et de dépassement par lequel il s'en dégage, bien différent de celui d'une abolition positiviste de la philosophie, et débouchant sur tout autre chose qu'une prétendue «méthode scientifique en philosophie».

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