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253 (1999/2) Sources et intertexte : résurgences littéraires du Moyen Age au XXe siècle - Edité par Loris Petris et Marie Bornand

SOMMAIRE

André WYSS - ... Quand la garde montante remplacera la garde descendante... (p. 5-6)

Loris PETRIS, Marie BORNAND - Avant-propos (p. 7-8)

Teresa CHEVROLET - L’impossible imitation: tradition et découverte dans quelques traités théoriques de la Renaissance (p. 9-18)

L’article pose la question de l’imitatio des modèles anciens au sein de l’opposition art-nature dans les processus de création littéraire, question amplement débattue par la critique du XVIe siècle. Il confronte ainsi les modalités d’un type d’imitatio proche de l’«innutrition», qui réserverait une part importante au talent personnel (Politien, Ricci, Du Bellay, Erasme, Muzio) et celles d’un type d’imitatio défendu principalement par des critiques d’obédience plus rhétorique (Vida, Parthenio, Toscanella, Sturm, Camillo), centré davantage sur l’artifice, l’exercice formel et les pratiques rhétoriques de reconstruction verbale.

Thomas HUNKELER - Les Théorèmes de Jean de La Ceppède ou: de la poésie considérée comme transfusion sanguine (p. 19-30)

Dans le débat sur l’imitatio qui oppose au XVIe siècle les tenants d’une conception unilatérale de la transmission respectueuse aux adeptes d’une intervention plus créatrice, l’œuvre de Jean de La Ceppède occupe une place particulière. D’une part, son enracinement dans la poésie religieuse catholique et sa stricte obédience à la censure de l’Eglise font des Théorèmes sur le sacré mystère de notre rédemption (1613) l’exemple typique d’une littérature respectueuse, voire docile; d’autre part cependant, c’est la distance même entre le Christ du récit de la passion et le poète qui retrace et explicite ce «sacré mystère» qui est responsable d’un décalage massif entre l’inspirateur et l’inspiré. Pour pallier cet écart sans pour autant perdre de vue le caractère miraculeux de l’inspiration qui le force à prendre la parole, le poète a recours à un vocabulaire où se combinent des emprunts au texte biblique et au sacrement de l’Eucharistie aussi bien qu’à la théorie antique des humeurs. En effet, le problème de l’influence est envisagé et thématisé par La Ceppède de manière littérale : sang, larmes et encre sont les termes récurrents qui lui permettent de relier le sacrifice du Christ au poète qui s’en nourrit, et qui produira à son tour des larmes qui nourriront ses écrits.

Stéphanie AUBERT-GILLET - Les Imitations Chrétiennes de Simon Goulart: une réécriture réformée de L’Olive (p. 31-38)

Les poètes réformés du XVIe siècle n’ont cessé de critiquer la poésie amoureuse de la Pléiade tant pour ses thèmes impudiques que pour ses expressions recherchées. Celle-ci reste, néanmoins, un modèle déterminant et incontournable. Certains poètes, désireux de construire une véritable «poesie chrestienne», ont ainsi fait appel, consciemment ou inconsciemment, à un intertexte profane. C’est ainsi que, sous le couvert de composer une poésie religieuse, ils effectuent un véritable travail de réécriture des grandes œuvres poétiques de leur siècle.

Samuel JUNOD - Résurgences et surgissement: deux modalités de la parole dans les Tragiques d’Agrippa d’Aubigné (p. 39-48)

On parle souvent de somme lorsqu’on se réfère aux Tragiques, car c’est un texte qui absorbe avec virtuosité et fierté un nombre impressionnant de références à des savoirs et à des textes plus ou moins identifiables. Pourtant, la pratique de l’Enonciateur est d’effacer autant que possible l’identification des auteurs ou des sources, signe de leur appropriation apparemment réussie par une voix qui les prend en charge. Je m’intéresse ici moins au rapport strictement intertextuel qu’à la façon dont le texte représente le rapport de l’instance énonciatrice aux voix qu’il prend en charge, et la façon dont il tente de représenter sa propre voix parmi celles qui le sollicitent.

Carine SKUPIEN DEKENS - Sébastien Castellion: entre liberté et servitude (p. 49-56)

Sébastien Castellion, traducteur peu connu de la Bible au XVIe siècle, a tenté d’introduire dans la servitude imposée par la traduction un espace de création littéraire pour rendre le message biblique plus compréhensible. Il semble que les deux genres – imitation et création – soient incompatibles dans ce domaine sensible. Pour la plupart des traducteurs de l’époque, la lettre, autant que l’esprit des Saintes Ecritures, est inspirée et n’admet donc aucune interprétation. Pour Castellion, seul l’esprit est dépositaire du message divin, ce qui lui permet de traiter la langue biblique avec une liberté qui le fera unanimement condamner.

Ruxandra Irina VULCAN - Le dialogue humaniste et la persuasion (p. 57-66)

Dans le dialogue littéraire humaniste, il existe un ressort rhétorique qui préside à l’organisation discursive et au déroulement dialogique: la persuasion.

Cécile MARGELLOS - Le modèle ficinien dans le Sympose de Louis Le Roy (p. 67-76)

A mi-chemin entre servitude et indépendance, récupération et rejet, la traduction et le commentaire du Banquet de Platon par Louis Le Roy laissent transparaître l’attitude ambivalente de leur auteur à l’égard de Ficin et sont révélateurs à la fois des multiples attaches qui les lient à leur modèle et d’une volonté manifeste de s’en affranchir.

Monika SIMON - Deux lectures de Platon au XVIIe siècle: Claude Fleury et André Dacier (p. 77-86)

L’engouement que suscite, à la Renaissance, la redécouverte des dialogues de Platon ne semble pas déborder sur le Grand Siècle; on ne saurait prétendre, toutefois, que le XVIIe siècle a ignoré le philosophe grec. En confrontant leurs jugements aussi complémentaires que contradictoires, cet article veut montrer que l’attitude de Claude Fleury et d’André Dacier à l’égard de Platon reflète l’ambiguïté de ce siècle à la fois attaché à la tradition humaniste et soucieux de faire table rase des interprétations du passé.

Isabelle CHARIATTE - Du vrai Amant au vrai honnête homme: images de l’amour dans L’Astrée d’Honoré d’Urfé et les Maximes et Réflexions diverses de La Rochefoucauld (p. 87-98)

Cette communication a pour objectif d’établir un lien entre Honoré d’Urfé et La Rochefoucauld, en rapprochant deux représentations idéales, celle du vrai amant de L’Astrée et celle du vrai honnête homme des Maximes et Réflexions diverses. Certaines caractéristiques identiques aux deux idéaux permettent non seulement de reconnaître une filiation possible entre les deux auteurs, mais rappellent également la culture mondaine de La Rochefoucauld. En tenant compte de l’évolution littéraire de l’idéologie amoureuse, nous comprenons alors pourquoi la recherche d’un idéal ne peut demeurer dans l’univers amoureux et de quelle façon elle est récupérée par La Rochefoucauld dans l’univers mondain et transformée afin d’aboutir à l’idéal du vrai honnête homme.

Daniela DI MARE - Déserts de la Thébaïde: l’ultime étape d’un parcours. Autour de Rosset et de Camus (p. 99-110)

A partir de la lecture d’un récit tiré des Histoires tragiques de François de Rosset, on tentera de déterminer comment l’auteur intègre et adapte le thème de la retraite. On se demandera également quelle a pu être l’influence de ce récit sur la rédaction d’Histoires dévotes de Jean-Pierre Camus. Mise en exergue, la nouvelle de Rosset devrait apparaître comme une charnière, comme un texte pivot qui réécrirait la tradition de la retraite du chevalier, et poserait en même temps les fondements pour un nouvel usage de la retraite, un usage qui surgirait du texte pour opérer également dans l’univers de la réception.

Alain CORBELLARI, Daniel MÉTRAUX - Sacré Charlemagne! (p. 111-122)

Le Charlemagne de Girart d’Amiens (23'348 vers qui attendent depuis sept siècles leur editio princeps) représente l’aboutissement de trois cents ans d’épopée française consacrée au grand empereur d’Occident: c’est ce chemin que l’on parcourt ici dans ses grandes lignes, en tentant de montrer comment dans cet intervalle évoluent conjointement la figure légendaire du personnage titre, le statut de l’auteur médiéval et les relations parfois conflictuelles de la société féodale à son double littéraire.

Alain CERNUSCHI - Quand redire c’est faire. Epigraphes et citations latines chez quelques encyclopédistes (p. 123-134)

Quelques micro-analyses de cas suggèrent une pratique de l’épigraphe latine où le travail sur la citation implique le lecteur et fait apparaître des revendications propres aux Lumières.

Sylvie JEANNERET - Victor Hugo et William Shakespeare (p. 135-146)

Dans son essai consacré à Shakespeare (1864), Victor Hugo développe les caractéristiques fondatrices du drame moderne. Tout au long de ce commentaire sur son prédécesseur, Hugo impose au lecteur la vision de sa propre poétique, affirmée durant les années d’exil.

Adrien GÜR - Verlaine entre voix anciennes et voix musiciennes (p. 147-156)

Appelée ouvertement pour asseoir une démarche, mais aussi réévaluée ou réarticulée au fil des formes et des motifs composant les textes, la musique du vers est une donnée essentielle de la poétique de Verlaine. Elle se dessine – dans le jeu subtil de ses décalages – comme le support, le cadre et l’indice des réminiscences littéraires vagues et variées dont les œuvres sont chargées. La priorité accordée à la ligne musicale de la parole poétique accompagne et détermine le régime allusif et furtif de l’intertextualité qui s’y déploie.

Philippe SUDAN - Des Regrets au désenchantement: éclairage sur un recueil de sonnets (p. 157-166)

La poésie de la Renaissance a-t-elle eu une «influence» décelable sur celle du XIXe siècle, et cette influence s’étend-elle à «l’architecture» des recueils? Par son sujet et sa structure rigoureuse, Il Pianto d’Auguste Barbier est un recueil composé de sonnets qui présente des analogies avec Les Regrets et surtout avec Les Antiquités de Du Bellay. Il entretient aussi des liens avec le romantisme désenchanté de 1830 et avec Les Fleurs du Mal.

Regina BOLLHALDER MAYER - L’Heure sexuelle de Rachilde: une Cléopâtre décadente (p. 167-178)

Pour Rachilde, auteur exemplaire de la Décadence, l’Antiquité constitue une source d’inspiration de premier ordre. La décadence romaine lui sert de point de mire à la représentation de la décadence «moderne», ressentie en termes de chute, de déclin et de perversion. Paru en 1898, L’Heure sexuelle opère le téléscopage de la célèbre reine d’Alexandrie et d’une petite prostituée du Paris fin-de-siècle. Cette récupération «décadente» de Cléopâtre, si elle illustre le rapport conflictuel entre les sexes à la fin du XIXe siècle, invite aussi à une réflexion sur l’écriture décadente qui est une écriture érudite, riche en réminiscences littéraires.

Maud DUBOIS - L’œuvre romanesque de Monique Saint-Hélier et les techniques narratives développées par Virginia Woolf (p. 179-188)

L’œuvre romanesque de Monique Saint-Hélier, qui commence à paraître dans les années trente, a bénéficié du renouveau apporté par le roman anglo-saxon. Plus particulièrement, certaines similitudes frappantes en matière de techniques narratives se font jour si l’on rapproche les écrits de la romancière suisse de ceux de Virginia Woolf.

Jean-Jacques QUELOZ - Une quête poétique: Images de marque de Michel Leiris (p. 189-200)

Images de marque occupe une place à part dans l’œuvre de Leiris puisqu’il constitue le dernier ouvrage publié par l’auteur lui-même. Certains traits de ce texte, tels le recours à l’anaphore, l’importance accordée au présent, l’absence de pagination, se dotent d’un relief particulier dès lors qu’ils sont lus à la lumière du Livre de Monelle de Marcel Schwob. Ils acquièrent un sens; ils donnent également résonance à ce qui singularise le plus le texte de Leiris, à savoir l’évacuation du «je». Le lecteur découvre alors une «image de marque»: celle d’un auteur qui n’a cessé d’être en quête de poésie.

Brooks LA CHANCE - Intertextualité française et construction d’identité dans Le Testament français d’Andreï Makine (p. 201-210)

Le Testament français d’Andreï Makine laisse une part importante à la pratique intertextuelle. Or, on se rend compte que celle-ci est très clairement au service d’une inscription du texte et de l’auteur au sein du champ littéraire français. En effet, si les références à la littérature enfantine ou scolaire (Hérédia), à Chateaubriand, Nerval ou Proust, visent à susciter la nostalgie d’un temps ou triomphaient la «belle langue» et les «belles formes» françaises, l’exotisme (russe) et l’érotisme soulignés par la citation d’un poème de Baudelaire renvoient au fantasme séducteur d’une origine perdue, à retrouver par la poésie. Le roman de Makine concilie ainsi, sur le mode d’une «traduction» mythique, l’attrait de l’ailleurs avec les certitudes identitaires.

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