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250 (1998/2) Philosophes et historiens anciens face aux mythes - Edité par David Bouvier et Claude Calame

SOMMAIRE

Claude CALAME - Introduction: Du mythe au muthos (p. 5-10)

1. Historiens face aux mythes

Lucio BERTELLl - Des généalogies mythiques à la naissance de l'histoire: le cas d'Hécatée (p. 13-32)

Dans la déclaration initiale des Généalogies, Hécatée dénonce le caractère contradictoire de la tradition mythique: en analysant la méthode qu'il utilise pour critiquer et interpréter les récits mythiques traditionnels, nous pourrons mettre en évidence la conscience désormais acquise d'un «espace historique» fondé sur le rapport «passé-présent» et calculable grâce à la mesure des générations. On peut donc soutenir que l'on doit attribuer à Hécatée la découverte des instruments de base pour une vision historique des événements.

Monica VISINTIN - La colère de Minos: à propos d'Hérodote, VII, 169-71 (p. 33-42)

Si rien, dans l'œuvre d'Hérodote, ne nous permet de vérifier l'existence d'une catégorie de récits qui seraient des «mythes» par opposition à d'autres qui seraient, eux, la matière privilégiée du discours de l'historien, il reste à étudier si les récits relatifs au passé le plus reculé, qui mettent en scène dieux et héros de jadis, n'occupent pas, au sein des Histoires, une fonction particulière. Dans notre étude, nous avons choisi l'exemple de la colère de Minos, pour vérifier comment la référence à cette donnée ancestrale servait à légitimer le refus des Crétois de participer aux guerres médiques, les excluant ainsi de l'histoire (Hérodote, VII, 169-71). Un exemple qui permet aussi de mettre en évidence la référence à la guerre de Troie comme modèle paradigmatique et idéologique particulier. On peut alors se demander si la valeur particulière qu'Hérodote confère au passé le plus reculé (celui que les modernes définissent comme «légendaire» ou «mythique») n'aboutit pas, malgré l'absence d'une terminologie propre, à une mythification du passé: en ce sens que le passé devient une référence dotée d'une autorité particulière.

Ezio PELLlZER - Le petit-fils de Zeus: la légende de Télèphe entre mythe et histoire (p. 43-56)

L'histoire de Télèphe, héros connu d'Homère, protagoniste de tragédies très populaires dans l'Athènes du Ve siècle, est étudiée ici, sous différents aspects, pour mettre en évidence l'utilisation d'un récit «mythologique» dans la création de paradigmes culturels et de modèles idéologiques propres à fonder le prestige et l'autorité d'une monarchie hellénistique. On a examiné le cas de la dynastie des Attalides de Pergame qui ont, au IIe siècle av. J.-C., largement recouru à l'histoire traditionnelle de ce héros pour donner un fondement héroïque et divin à leur royaume et pour conférer ainsi à leur dynastie une origine illustre, en opposition avec leurs humbles origines.
Le personnage de Télèphe et sa carrière héroïque ont également offert aux historiens modernes matière à une série d'hypothèses et de déductions qui illustrent bien les modalités d'approche et les limites d'une interprétation historique de ce genre de récits. D'où la prudence nécessaire dont il faut faire preuve dans l'analyse du discours mythologique de la Grèce antique.

II. Usages politiques du mythe

Silvia Sueli MILANEZI - Athènes: mythe comique. Représentations d'Athènes et des Athéniens dans la comédie d'Aristophane (p. 59-72)

La matière première de la comédie est, sans aucun doute, le présent. Cependant, pour le questionner, pour mettre en évidence les problèmes qui secouent la cité, les poètes comiques se servent, comme le font les poètes épiques, lyriques et tragiques, de récits mythiques qu'ils retravaillent, re-sémantisent, créant ainsi ce que certains spécialistes appellent des «mythes comiques». Il s'agit ici de mettre en évidence un autre ressort du rire et du questionnement de la cité: le «mythe du présent». En partant du quotidien, en s'attaquant aux hommes les plus en vue, Aristophane construit, d'une comédie à l'autre, une sorte de biographie comique des Athéniens. Puis, il les projette dans une sphère mythique pour mieux les critiquer, comme dans les Oiseaux, selon un procédé que B. Brecht qualifie dans ses essais sur le théâtre d'«éloignement épique». Athènes devient alors le lieu mythique par excellence, un vivier de monstres, d'êtres étranges, exotiques. Ces «mythes» du présent sont la forme la plus élaborée et la plus réussie du psogos (blâme) ou de la loidoria (insulte, raillerie): tout en provoquant le rire soi-disant de l'Autre, le poète invite les Athéniens à la réflexion et à l'action sur le présent.

Zelia DE ALMEIDA CARDOSO - Histoire et mythe dans les élégies de Properce (p. 73-82)

Avec l'amour, qui est le grand thème de Properce, la mythologie et l'histoire romaine occupent aussi une place importante dans les élégies. Cependant, tandis que les mythes ont toujours été employés par le poète, soit comme recours poétique, soit comme exemplum ou récit, l'histoire romaine n'est d'abord mentionnée que de façon timide; c'est seulement au livre IV qu'elle «éclate» avec toute sa force. L'élégie IV, 6, stratégiquement placée au milieu de ce livre, équivaut à une curieuse fusion de la mythologie et de l'histoire; elle donne une preuve éloquente du génie du poète et de son talent dans la manipulation d'un style ambigu et elle se prête à différents commentaires analytiques par sa composition.

Claude MOSSÉ - La construction d'un mythe historique: La Vie de Lycurgue de Plutarque (p. 83-88)

La Vie de Lycurgue de Plutarque représente l'aboutissement de l'élaboration d'un mythe historique. Les mesures attribuées au législateur spartiate (mise en place d'un système politique, partage égalitaire du sol, éducation renforçant le caractère communautaire de la vie civique) répondent à des circonstances précises. Le système relève des débats concernant la meilleure constitution qui se déroulent dans les milieux philosophiques d'Athènes à partir des dernières décennies du Ve siècle. Le partage égalitaire répond à la crise que connaît Sparte à partir de la fin du IVe siècle. Quant à l'éducation, elle ne présente sa forme achevée qu'en référence aux programmes de paideia élaborés par Platon.

III. Philosophes face aux mythes

Michel FATTAL - Mythe et philosophie chez Parménide (p. 91-104)

Si Parménide n'attribue pas à l'instar de Xénophane une connotation fortement négative au discours mensonger de la tradition poétique, il n'en demeure pas moins qu'on assiste chez lui à une véritable transmutation du discours homérique et hésiodique notamment en ce qui concerne le problème complexe de la vérité, de la tromperie et de la vraisemblance. Son originalité philosophique résiderait non seulement dans l'élaboration d'un logos qui incarnera pour la première fois l'idée d'une «raison critique personnelle» capable de «juger» une réfutation énoncée par l'autorité d'une «maîtresse de vérité» et dans l'établissement d'une gnômê susceptible de faire le choix entre le plus vraisemblable et le moins vraisemblable; mais également dans le fait d'entamer, bien avant Platon et à la différence du Sophiste, une réflexion sur la vérité et l'erreur qui est commandée par la question des bons et des mauvais mélanges, des bonnes et des mauvaises séparations.

Ada NESCHKE - Mythe et histoire d'après Aristote (Poétique, chap. 9); contribution à une histoire des concepts (p. 105-118)

La Poétique d'Aristote constitue un chapitre-clé dans l'évolution des mots «mythes» et «histoire». Les deux appellations acquièrent chez le Stagirite une valeur terminologique qui renvoie à des concepts précis. En effet, Platon se sert encore du champ sémantique large du terme muthos, qu'il utilise pour désigner un récit traditionnel ou fictif relatif aux héros et aux dieux; mais ce récit ne constitue, dans le contexte platonicien, qu'une manière de parler à laquelle le discours argumenté - le logos - seul peut donner une signification. Par contre, Aristote dote le terme muthos d'une signification plus précise pour désigner la fiction d'une action humaine représentée dans ses traits généraux et réguliers, grâce au savoir (technê) du poète. Ainsi, le «mythe» s'oppose à l'historia qui porte, elle, uniquement sur le fait singulier. Cette position aristotélicienne influencera la conception du «mythe» comme fabula («fable / plot») de la poésie, tandis que l'histoire gardera sa signification de recherche du fait singulier jusqu'au XVIIIe siècle.

Jacyntho LINS BRANDÃO - Histoire et fiction chez Lucien de Samosate (p. 119-130)

Lucien de Samosate a fondé sa théorie des genres du discours sur le principe de l'akratos eleutheria du poète. Par rapport à cette liberté pure qui appartient seulement aux poètes, aux peintres et aux songes, il établit des limites pour la liberté de l'historien, qui ne doit pas se préoccuper de chercher le beau, mais simplement la vérité, car le but de l'histoire n'est pas le plaisir, mais l'utilité. La liberté de l'historien ne se confond pas avec celle du poète, car elle n'est pas une liberté pure. Elle est réglée par une sorte de limite mimétique, concernant les rapports entre la vérité des faits et la vérité du récit.

Clarisse HERRENSCHMIDT - Mythe et non histoire en Iran mazdéen (p. 131-144)

Cet article tend à montrer que le Zamyâd Yasht (It. 19) actualise la plus ancienne version de la cosmologie mazdéenne et qu'il pourrait constituer la source de Théopompe, cité par Plutarque (Isis et Osiris, 47). Le mythe cosmologique fait des Iraniens les élus d'Ahura Mazdâ, mais ne pose pas l'histoire comme le champ d'expérimentation de l'homme, qui n'est rien d'autre que l'actualisation du plan divin, ni le temps comme un déroulement linéaire, car seul compte le temps de la religion qui progresse ou recule. Hérité par les Iraniens devenus musulmans, transformé mais conservé dans l'histoire légendaire que relate Firdouci dans Le Livre des Rois, le mythe cosmologique mazdéen a profondément coloré la civilisation persane.

David BOUVIER - Conclusion: le mythe comme objet historique ou philosophique (p. 145-153)

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