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201 (1984/2) Rabelais

SOMMAIRE

Arnaud TRIPET - Rabelais (p. 1-2)

Guy DEMERSON - Tradition rhétorique et création littéraire chez Rabelais (p. 3-23)

Pour Bakhtine, c'est à la forme rhétorique qu'on reconnaît le sérieux du message; pour Brault, ce pathos est parodique; pour Rabelais, comme la tenue soignée du médecin, la rhétorique du locuteur fait estimer son ethos. Mais la déformation ironique des procédés et des codes est faite pour mettre en question la crédibilité de la parole d'apparat. En littérature, la rhétorique s'oppose au sérieux comme l'allégorisme à l'expression directe et la fiction à la mimèsis. Elle n'est ni dialectique de propagande ni sophistique de pure dérision: elle est al-lusion, invitation à entrer dans le jeu. Plus son élocution est splendide, et plus l'orateur tient à rappeler que les jeux de la parole restent en marge des choses fortuites.

Michel JEANNERET - «Ma patrie est une citrouille». Thèmes alimentaires dans Rabelais et Folengo (p. 25-44)

Les festins rabelaisiens ont valeur inaugurale. Dans l'histoire des géants, ils consacrent les débuts: origine de la race, naissance ou apparition des personnages, instauration du lien communautaire. Mais le modèle convivial sert aussi à définir le rapport idéal du narrateur avec son public. Comme dans le poème macaronique de Folengo, écriture et lecture sont versées, par métaphores, dans le champ de l'alimentaire; pour la langue en fête, les mets et les mots ont une saveur égale. Topos burlesque? La célébration de la nourriture, dans Rabelais et Folengo, engage de plus larges enjeux: elle délimite une éthique, elle esquisse une poétique.

Frank LESTRINGANT - La famille des «tempêtes en mer»: essai de généalogie (Rabelais, Thevet et quelques autres) (p. 45-62)

«Lieu» particulièrement fécond de tout voyage maritime, la tempête se déplace de texte en texte avec une mobilité extrême dans les années qui précèdent et suivent immédiatement les deux éditions du Quart Livre, en 1548 et en 1552. La généalogie très partielle de ce motif sera le prétexte à évoquer moins les illustres prédécesseurs – depuis longtemps reconnus pour la plupart – que les humbles «collatéraux» de l'abstracteur de quinte essence: Bertrand de La Borderie, Jacques Colin, André Thevet. Ces dérives autour de Rabelais permettront d'observer l'entrecroisement de deux traditions: l'une, courtoise et amoureuse, assimilant l'amour au navigage; l'autre, évangélique et érasmienne, qui fait du péril en mer la pierre de touche de la vraie foi. Au terme, l'on constatera l'absence de frontière entre la fiction poétique et ce qui se donne, comme chez Thevet, pour une authentique relation de voyage.

Pierre MARI - Une politique humaniste de la parole. L'interlocution rabelaisienne (p. 63-72)

Ce texte se propose de dégager quelques modalités de l'échange discursif chez Rabelais et, au moins dans ses grandes lignes, la loi qui régit leur succession. Du premier au second Livre – et, plus précisément, entre deux épisodes significatifs: celui de l'Ecolier Limousin et celui de Thélème – la problématique rabelaisienne de la communication évolue. Entendue comme procès créateur de formes exubérantes dans le Pantagruel, l'interlocution fera l'objet, au Livre suivant, d'une réglementation conforme aux idéaux humanistes. Mais la fin du second Livre marquera aussi l'idéalisme foncier et les risques de sclérose qui guettent une politique de la parole dite humaniste.

Camilla NILLES - The economy of owing: Rabelais' Praise of Debts (p. 73-88)

La présente étude examine les structures de pensée et d'expression dans l'«Eloge des dettes». Elle s'attache à révéler un réseau serré de formes récurrentes qui confirme textuellement la vision panurgienne de l'harmonie corporelle, sociale et cosmique. Partant de l'opposition binaire propre à toute forme d'échange, elle retrace l'évolution du texte de ses figures en chiasme, qui le sous-tendent dans son ensemble et dans son dynamisme, à ses figures circulaires, symbole parfait de son unité synchronique et diachronique. Comparé à l'Encomium debiti de Robert Turner, l'Eloge de Rabelais fait, d'autre part, apparaître sa qualité propre.

Olivier POT - La mélancolie de Panurge (p. 89-114)

A travers le décodage parallèle de scènes présentées en contiguïté dans une gravure de Martin van Heemskerck (les diverses activités des «enfants de Saturne»), nous suggérons une lecture typologique de Panurge qui non seulement rende compte ponctuellement des traits et comportements de ce personnage excentrique, et leur restitue au surplus une cohérence interne, mais mette à jour également une stratégie narrative opérant à partir des formes simples (topos, exemplum, proverbe). Le destin malheureux qui conduit paradoxalement le «mélancolique» à récuser toute solution exemplaire pour lui substituer une attitude expectative, offre en prime la problématique indispensable pour faire accéder le récit rabelaisien à un statut véritablement romanesque.

M. A. SCREECH - Printers' Helps  – and Fruitful Errors (p. 115-121)

Une nouvelle Bibliographie rabelaisienne – concernant les éditions antérieures à 1640 – sera terminée l'année prochaine. Un des collaborateurs montre que l'on peut mieux saisir la portée des différents ouvrages de Rabelais en examinant comment ils se présentaient aux lecteurs. En plus, on voit comment les éditeurs de Rabelais ont pu imposer de nouveaux sens à ses écrits par la suppression ou l'adjonction de certains mots. Ce que l'on a longtemps considéré comme des plaisanteries typiquement rabelaisiennes s'explique parfois par des raisons purement techniques – le fait que certains des imprimeurs de Rabelais ne disposaient pas d'une fonte grecque, par exemple, ou qu'ils aient déplacé par erreur la bouteille du Cinquiesme Livre.

Lionello SOZZI - Physis et Antiphysie, ou de l'arbre inversé (p. 123-133)

L'apologue d'Antiphysie (Quart Livre, ch. 12) n'a pas seulement la source humaniste que Plattard avait su détecter (Calcagnini). L'aspect monstrueux des enfants d'Antiphysie (la rondeur sphérique de leur tête, leur façon de se tenir toujours la tête en bas et les pieds en l'air et de marcher «en faisant la roue») semble renvoyer à deux thèmes platoniciens: le mythe de l'androgyne et, surtout, le thème de l'homme/arbre inversé. L'antinature des «cagotz et papelars» se caractérise donc par une chaste plénitude que Rabelais trouve ridicule et par la préférence accordée par Antiphysie à un «mouvement vers le bas», par son refus, en d'autres termes, du status qui est typique de l'homme, arbre inversé dont la racine – la tête – est tournée vers le ciel, sa patrie.

Arnaud TRIPET - Le prologue de Gargantua. Problèmes d'interprétation (p. 135-150)

Le prologue de Gargantua porte sur l'interprétation et pose un problème d'interprétation. Rabelais est-il sérieux quand il nous demande de chercher du sérieux derrière le comique de son roman? Est-ce en sa fin sans prétention ou en son attaque ambitieuse que le texte contient le «modus legendi» du roman offert? En l'examinant à la double lumière du comique en deux temps, si caractéristique de l'art rabelaisien, et d'autre part de la tradition du prologue, la présente étude tente de dévoiler dans leur convergence ces composantes d'un jeu, qui n'est ni insignifiant ni traduisible hors de sa forme propre.

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