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267 (2004/1-2) Nova studia Latina Lausannensia: de Rome à nos jours - Edité par Philippe Mudry et Olivier Thévenaz

Réunissant les contributions de chercheurs appartenant tous, à un titre ou à un autre, au « latin lausannois », ce volume veut offrir au lecteur curieux un itinéraire insolite à travers la production littéraire et culturelle latine. Dans leur diversité, les textes publiés ici couvrent un espace chronologique qui va des premiers siècles de Rome au XXIe siècle commançant, et un espace territorial qui s'étend jusque chez les Cafres d'Afrique. Ils traitent d'auteurs qui vont de Caton à Jean de Roquetaillade et à un père Jésuite du XVIIe siècle, en passant par Catulle, Pline, Apulée, Ausone ou encore Martianus Capella. Ils touchent à des domaines variés : philologie, littérature, histoire, lexicologie, anthropologie, ethnologie, musicologie, médecine... Même la science toute neuve de la synthèse de la parole y a sa place. A défaut de l'unité que nous n'avons pas voulue, ces Nova studia Latina Lausannensia ont une cohérence : ils témoignent de la force créatrice d'une langue née à la littérature il y a plus de deux millénaires et qui n'a cessé depuis d'exercer sa séduction sur les esprits.

SOMMAIRE

Philippe MUDRY - Avant-propos (p. 5-6)


François SPALTENSTEIN - La philologie: une science ou une technique? (p. 7-24)

La philologie se définit plutôt par ce qu’elle n’est pas (ni histoire, ni archéologie, etc.) que par des caractéristiques ou des attributions propres ; les philologues eux-mêmes présentent des divergences qui ne concernent pas seulement l’orientation particulière de leurs recherches, mais aussi leur attitude foncière (alors qu’inversement, pour prendre cet exemple, l’histoire économique ou l’histoire militaire restent foncièrement de l’histoire). On propose donc ici de fonder l’identité de la philologie sur la volonté d’apprécier les textes en tant qu’ils sont textes, par opposition à la volonté de connaître un aspect de l’antiquité en faisant des textes des documents pour autre chose qu’eux-mêmes ; cette distinction rend d’ailleurs justice à la nature originelle des textes et justifie aussi la philologie dans sa tradition littéraire au sein des sciences de l’antiquité.

Philippe MUDRY - Le chou de Pythagore : présence de modèles grecs dans le De agricultura de Caton (p. 25-47)

Depuis l’Antiquité, Caton doit à Pline une réputation d’opposant farouche à la culture et aux lettres grecques. Une analyse attentive des pages célèbres du De agricultura consacrées à ce qu’on a appelé la médecine du chou, medicina brassicae, y révèle pourtant une présence significative des doctrines médicales grecques. Un tel constat relativise la figure de Caton héraut de la tradition médicale italique, populaire et autochtone. Il invite aussi à réviser notre jugement sur son attitude générale envers la culture grecque. Aussi proposons-nous une interprétation nouvelle de la fameuse recommandation que, selon Pline, Caton fait à son fils Marcus à propos de la littérature grecque : illorum litteras inspicere, non perdiscere.

Claude SANDOZ - Rapine, demande de réparation, déclaration de guerre. Notes de lexicologie latine (p. 48-56)

Dans le vocabulaire latin de la guerre, les termes ne se prêtent pas toujours à une analyse immédiate et évidente, ou leur histoire pose encore une énigme. Des éléments lexicaux de ce champ sémantique font ici l’objet d’approches complémentaires. Ainsi, l’examen tient compte, sur l’axe paradigmatique, de la place des unités dans un ensemble lexical, ainsi que dans une classe morphologique, et, sur l’axe syntagmatique, de leurs associations contextuelles. Enfin, les enseignements de l’étude synchronique ouvrent la voie à une explication historique.

Olivier THÉVENAZ - Fleurs d'intertextualité : images épithalamiques chez Sappho, Catulle et Virgile (p. 57-78)

La comparaison des fiancés à des éléments d’ordre végétal apparaît comme un motif caractéristique des épithalames de Sappho. Or, comme la poétesse de Lesbos était considérée dans l’Antiquité comme la référence par excellence pour ce genre, de telles images resurgissent à différents moments de la tradition des poèmes nuptiaux, notamment dans les épithalames de Catulle. On en retrouve cependant aussi dans d’autres genres littéraires, et dans des contextes à première vue très différents. Ainsi, deux des trois comparaisons florales de l’Énéide de Virgile viennent illustrer la mort de jeunes héros. La présente étude aimerait montrer que, d’un texte et d’un contexte à l’autre, ces images véhiculent des connotations érotiques, qui dans ce dernier cas soulignent en contrepoint une dimension nuptiale de l’épopée.

Géraldine VOELKE-VISCARDI - L'image des Anciens dans l'Histoire naturelle de Pline et la peinture de portraits au Ier siècle après J.-C. (p. 79-92)

Pline l’Ancien déplore la disparition à son époque de la peinture de portraits qui offre « une image de soi reconnaissable ». Cette affirmation, dont l’étrangeté a été soulignée par de nombreux chercheurs, est à mettre en rapport avec la disparition des valeurs morales que Pline observe chez ses contemporains. Les Anciens, qui interrogent la nature qui les entoure, cultivent les qualités de leur âme. De ces hommes, le peintre peut reproduire une image vraie, esprit et corps dignes d’être représentés, mais des individus qui négligent la nature et le savoir qui en découle, le peintre ne peut pas réaliser de portrait ressemblant. L’Histoire naturelle a pour objectif de restaurer ces portraits des ancêtres en réunissant dans un livre la somme des connaissances du passé, afin qu’elles aient sur les lecteurs un effet d’émulation qui les incitera à cultiver les qualités de leur esprit.

Éric CHEVALLEY - Une promenade dans les jardins de Pline le Jeune : à propos des Lettres 2.17 et 5.6 (p. 93-110)

Comme tous les personnages de son rang, Pline le Jeune possédait plusieurs propriétés non seulement dans la région de Côme, berceau de sa famille, et dans les environs de Rome, mais aussi sur la côte du Latium et en Toscane. Notre auteur les mentionne à plusieurs reprises dans sa correspondance, et en particulier les domaines des Laurentes et des Tusci, qui font l’objet d’une longue description dans les Lettres 2.17 et 5.6. Aussi ces textes nous permettent-ils aujourd’hui encore d’entrer dans les jardins de ces deux propriétés et de goûter en compagnie de Pline aux charmes des lieux. Nous nous proposons donc de nous laisser emmener par notre auteur dans ces espaces et de partager avec lui les émotions, les plaisirs que lui procure le spectacle de la nature maîtrisée : nous nous sommes en effet limité dans notre étude aux parties consacrées aux jardins en laissant de côté tout ce qui concerne les bâtiments. Il s’agira aussi pour nous de découvrir la finalité de ces deux lettres de villa, comme on peut les appeler, car elles participent, à leur façon, au besoin de se représenter et permettent un travail littéraire original, dont Pline se montre fier.

Helena JUNOD - Image sans fond : Apulée vu par lui-même dans l'Apologie et dans les Florides (p. 111-126)

Soupçonné d’être un charlatan et un magicien, Apulée se trouve sur le banc des accusés. Pour sortir de ce traquenard, il se bat avec les seules armes dont il dispose : l’éloquence et l’érudition. Mettant pleins feux sur le rhéteur, le philosophe et le savant, l’auteur ne laisse rien dans l’ombre, sauf son propre personnage dont il n’offre, tel un miroir, qu’un reflet. Rien de surprenant donc à ce que l’illusion créée par une oeuvre d’art séduise Apulée, mais le prestige que représente une effigie le fascine. La statue promise par le Sénat de Carthage a-t-elle été exécutée ? Nul ne le sait. Reste pourtant une inscription honorifique. On n’a que les mots pour le dire.

Danielle VAN MAL-MAEDER - Énonciation et exemplarité : le cas d'Ausone (p. 127-146)

Tout au long de son importante production poétique, Ausone aime à parler de lui et des siens. Sa poésie personnelle nous introduit dans l’intimité d’un père de famille, d’un rhéteur, d’un précepteur impérial et d’un homme d’État. De ses vers se dégage une impression de sincérité et de spontanéité touchantes, qui induit aisément à une lecture romantique. Cependant, la manière dont le « je » d’Ausone s’énonce dans cette poésie sert la construction discursive d’une figure exemplaire, celle d’un éminent lettré de haute moralité occupant les devants de la scène publique. Le soin que le poète apporte à son image suscite des interrogations sur le degré de sincérité de ses poèmes et sur la fiabilité des informations biographiques qu’on peut y recueillir, cela d’autant plus qu’Ausone ne dédaigne pas endosser le rôle énonciatif d’un prédécesseur pour moduler un discours moral, didactique ou récréatif qui s’inscrive dans une tradition littéraire.

Laure CHAPPUIS SANDOZ - Les seins des saintes : l'intimité profanée (p. 147-164)

Martyres dénudées dans l’arène, sur la place publique, en procession, ou contraintes à la prostitution, toutes ont en commun d’être placées dans un espace public où leur intimité se trouve dévoilée. Ces profanations qui nient l’intimité féminine sont poussées à l’extrême dans le cas des mutilations des seins qui ajoutent au déshonneur la suppression de caractères sexuels primaires. Cet article propose de lire les divers épisodes de l’hagiographie mettant en scène des saintes aux seins profanés comme un ensemble de récits où le narrateur (ou la narratrice) influe sensiblement sur l’image qu’il (ou elle) donne du corps féminin en réitérant parfois, par le récit, la profanation ou la négation de leur féminité dont les martyres furent victimes.

Muriel BOVEY - Les « choses divines » dans le De nuptiis de Martianus Capella (p. 165-180)

Les Noces de Philologie et de Mercure de Martianus Capella se divisent en deux parties : le « mythe » et les « Arts ». Cette étude montrera que la première partie se réfère à la théologie mythique de Varron en proposant un discours de type poétique sur les dieux. Du schéma tripartite de la théologie varronienne (mythique, philosophique et civile), on verra ensuite que Martianus Capella rejette la voie de la philosophie, mais qu’il fait en revanche de la partie civile (les rituels en l’honneur des dieux) le pendant de la culture profane des Arts libéraux. Finalement, on mettra en évidence la manière dont les deux parties du mythe et des Arts se rejoignent pour illustrer, par des biais différents, une sotériologie de la culture humaine et divine qui s’adresse aux deux sexes, en soulignant leur parité.

Brigitte MAIRE - Cissa, ma chissà cos'è ? Enquête sur un terme gynécologique énigmatique (p. 181-198)

Après avoir posé les contextes doctrinal et littéraire dans lesquels apparaissent les diverses occurrences du terme cissa, nous déterminons sa traduction ainsi que sa signification (troubles alimentaires et digestifs de la femme enceinte). Nous faisons état des étymologies telles qu’elles sont proposées par les Anciens et nous examinons les conditions dans lesquelles ce terme a fait son entrée dans la langue latine et plus particulièrement dans le lexique nosologique. Nous précisons quelle population présente des prédispositions à contracter la cissa et nous indiquons les divers détails du traitement. Enfin, nous mettons en rapport la manière choisie par Soranos d’Éphèse, Caelius Aurelianus et Mustio pour présenter la cissa avec le contexte doctrinal spécifique et le projet littéraire particulier à chacun de ces trois auteurs, et nous nous interrogeons sur la place occupée par la cissa dans la gynécologie moderne.

Daniela CASTALDO - Archéologie musicale en Suisse (p. 199-210)

Les fragments d’instruments de musique mis au jour sur les sites romains de Suisse représentent presque les seules sources de renseignements disponibles pour tenter de reconstituer les occasions de la pratique musicale et les contextes d’utilisation des instruments de musique dans les divers moments de la vie publique et privée des anciens centres militaires et urbains de la Germanie Supérieure. Dans les sièges de campements militaires, comme Vindonissa (Windisch) et Augusta Raurica (Augst, dans les environs de Bâle), on a retrouvé des embouchures de cornua et de tubae, des instruments à vent en bronze utilisés principalement dans des contextes militaires, pour donner des signaux aux soldats dans le camp et pendant la bataille, mais aussi dans le cadre des jeux de l’amphithéâtre. Dans la cité d’Aventicum (Avenches), on a retrouvé à proximité de l’amphithéâtre les restes d’un orgue hydraulique, utilisé probablement dans des occasions officielles ; à Augusta Raurica ont été mis au jour une cheville de lyre en os et un grelot en bronze ; à Vidy, l’ancien port de Lausanne sur le Léman, on a retrouvé un sistre, un instrument lié au culte d’Isis.

Justin FAVROD - De la Germanie de Tacite à la germanité des Burgondes : permanence de quelques coutumes (p. 211-222)

Quatre siècles séparent la Germanie de Tacite et la Loi des Burgondes ou Loi Gombette. Les deux textes indépendants l’un de l’autre sont de nature très différente. Toutefois, plusieurs coutumes qu’ils révèlent sont semblables. Il apparaît donc que des coutumes germaniques ont perduré. Inversement, les similitudes entre les deux documents laissent à penser que Tacite fournit des informations exactes sur les Germains malgré le caractère très rhétorique de son essai.

Christine MOREROD-FATTEBERT - Bella per espericos surgent mortalia campos: comme un écho de Lucain dans une prophétie « de Merlin » conservée par Jean de Roquetaillade (p. 223-230)

Dans son Liber ostensor, Jean de Roquetaillade (XIVe s.) fait figurer une suite de six vers d’allure prophétique qu’il attribue de près ou de loin à Merlin. Parmi eux se trouve un hexamètre directement inspiré de Lucain. Par quel chemin Lucain est-il arrivé là ? et les vers eux-mêmes, d’où proviennent-ils ? On n’en sait rien.

François MOTTAS - Un Jésuite chez les Cafres (p. 231-250)

Au cours de l’hiver 1643-1644, le Jésuite Michael Boym, missionnaire en Chine, fait escale sur la côte de l’actuel Mozambique, où se côtoient alors Cafres et Portugais. La lettre qu’il rédige au terme de son séjour révèle un esprit curieux des moeurs des populations visitées et de leur environnement. On y découvre maint détail intéressant sur les peuples indigènes, leur façon de vivre (habitat, habillement, coiffure, parure, exploitation des ressources naturelles, alimentation, armement) et leurs pratiques religieuses et sociales (cultes, funérailles, médecine, divination, justice, guerre et chasse, cannibalisme), qui s’inscrivent dans un contexte politique agité, marqué par l’expansionnisme du royaume des Maravi, le développement de l’esclavage et l’intensification des échanges commerciaux avec les comptoirs portugais.

Olivier BIANCHI - César parle-moi ! La synthèse de la parole appliquée au latin classique. (p. 251-269)

La langue latine n’est parvenue jusqu’à nous que sous sa forme écrite. Son oralité ne doit cependant pas être mésestimée : elle offre une dimension supplémentaire à l’étude des oeuvres antiques. Mais si le locuteur humain ne peut s’affranchir complètement, en tentant de restituer la prononciation du latin, des habitudes phonologiques et prosodiques propres à sa langue maternelle, la synthèse de la parole (science de simulation informatique) permet un contrôle total sur chacun des éléments de la chaîne parlée. Dans cette présentation générale de la synthèse de la parole appliquée au latin classique, nous rappelons quelles sont les sources qui nous renseignent sur sa prononciation et proposons des solutions pour pallier l’absence de locuteurs natifs et les limitations technologiques actuelles. Les étapes de cette reconstruction sont décrites en accordant une importance particulière aux composantes phonologique et prosodique.

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