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286 (2010/3) Le diplomate en question (XVe-XVIIIe siècles) - Edité par Eva Pibiri et Guillaume Poisson

Ambassadeurs, envoyés, négociateurs, messagers, chevaucheurs… autant de vocables rencontrés pour désigner les acteurs de la diplomatie du Moyen Age aux Temps modernes. Si l’histoire des relations extérieures connaît un regain d’intérêt depuis une décennie, l’attention des chercheurs se porte encore trop souvent sur l’art de la négociation et les grands traités. On s’est, de fait, encore peu intéressé aux hommes sur qui reposaient les ambassades. Dans le but de saisir les évolutions et les pratiques de ce personnel diplomatique, le présent volume embrasse la longue durée, du XVe au XVIIIe siècle, et retient l’espace helvétique, au sens large, comme cadre spatial. La Suisse, par son importance politique, militaire et économique vis-à-vis de ses voisins, offre un espace propice au questionnement. Ce volume collectif apporte des éléments novateurs pour mettre en lumière les modalités de recrutement et les compétences des acteurs de la négociation étrangère auprès des cantons, qu’il s’agisse des ambassadeurs ou des membres du personnel secondaire. Fort de douze contributions réunissant des chercheurs de huit universités suisses et étrangères, cet ouvrage présente les résultats du colloque international qui s’est tenu à l’Université de Lausanne les 11 et 12 décembre 2009 sur «Le diplomate en question».

SOMMAIRE

Eva PIBIRI, Guillaume POISSON - Préface (p. 7-10)

Jean-Marie MOEGLIN - La place des messagers et des ambassadeurs dans la diplomatie princière à la fin du Moyen Age (p. 11-36)

Anne-Brigitte SPITZBARTH - Le choix des ambassadeurs bourguignons sous Philippe le Bon, troisième duc Valois de Bourgogne (1419-1467) : la stratégie de la spécialisation, entre savoir-être et savoir-faire (p. 37-60)

L’étude des 1412 ambassades et 621 ambassadeurs qui furent dépêchés pendant le règne de Philippe le Bon (1419-1467) met en évidence l’existence d’une stratégie de nomination des ambassadeurs. Celle-ci visait à créer ou conforter des spécialistes de la diplomatie et de dossiers particuliers, ainsi qu’à combiner les savoir-être et savoir-faire des uns et des autres pour assurer la représentation la plus adéquate du prince et obtenir les résultats escomptés. Sans aboutir à la professionnalisation des ambassadeurs, cette stratégie fut néanmoins l’une des manifestations de l’importance accordée par le duc de Bourgogne au levier diplomatique dans la mise en oeuvre de sa politique globale.

Eva PIBIRI - Le personnel diplomatique des ducs Amédée VIII et Louis de Savoie auprès des Bernois (XVe siècle) (p. 61-80)

Les relations entre la Savoie et Berne sont intenses au cours des principats d’Amédée VIII et de son fils Louis. C’est le cas pendant l’Ancienne guerre de Zurich (1440-1446), un conflit qui a opposé le canton de Zurich aux sept autres cantons suisses de la Confédération et lors de la guerre qui a vu s’affronter, de 1447 à 1448, le duché de Savoie et Berne à la ville de Fribourg aux frontières nord-orientales du Pays de Vaud. Si l’historiographie donne quelques informations sur certains officiers savoyards envoyés en ambassade auprès des Bernois, aucune vue d’ensemble n’existe à ce jour et surtout aucun questionnement sur les raisons qui ont poussé Amédée VIII et Louis de Savoie à choisir leurs émissaires chargés de négocier avec Berne. Il convient de rappeler que pour chaque mission, le duc et son Conseil doivent choisir l’officier le mieux à même de remplir sa tâche, l’ambassadeur permanent n’existant pas encore. Une étude approfondie de la comptabilité savoyarde, ainsi que de la rare correspondance conservée au sujet des ambassades, permet de définir les critères de sélection du personnel diplomatique savoyard devant négocier avec Berne.

Aureliano MARTINI - Antonio da Besana à Lucerne. Un représentant des ducs de Milan à la diète confédérée (1458-1468) (p. 81-98)

Entre 1458 et 1468, Francesco Sforza nomme plusieurs fois Antonio da Besana orateur du duché de Milan auprès de la diète confédérée. Son expérience administrative avait déjà permis à ce personnage de se rapprocher du milieu et des problématiques liés aux marchands suisses qui visitaient les foires lombardes. Ainsi, la conduite des pourparlers a pu bénéficier de sa profonde connaissance des sujets de débat et de l’existence d’un véritable réseau de contacts dans les milieux commerciaux et politiques des cantons. L’analyse de ses compétences, de son action auprès des Cantons et de ses liens personnels permet enfin de montrer l’important apport de l’orateur aux relations diplomatiques entre le duché de Milan et la Confédération suisse.

Klara HÜBNER - Au nom du bien commun. Fonctions et compétences du personnel auxiliaire dans la diplomatie des villes de la Confédération au Moyen Age tardif (p. 99-118)

L’étude des petits fonctionnaires de villes à la fin du Moyen Age (soutiers, chevaucheurs, messagers à pied) et de leurs rôles dans la diplomatie constitue un nouveau champ de recherche. Jusqu’à présent, on s’est surtout intéressé à leurs fonctions comme accompagnateurs ou comme transmetteurs de nouvelles, alors qu’ils soutenaient également les diplomates dans des charges plus inattendues, comme transporteurs de fonds, informateurs ou même espions. Liés par des rapports sociaux (par exemple par d’autres membres de leur famille au service de la ville, ou par des liens de clientèle avec des membres du petit conseil, ou même des mariages), certains d’entre eux ont pu acquérir des positions de confiance très prononcées qui ont pu favoriser l’ascension sociale de leur famille sur plusieurs générations.

Antonio TRAMPUS - Le diplomate vénitien entre les XVIe et XVIIIe siècles : statut, rôles et fonctions (p. 119-136)

Le but de cet article est de présenter la figure du diplomate vénitien, ses caractéristiques et ses fonctions, pour comprendre dans quelle mesure et pourquoi ces ambassadeurs sont devenus un modèle pour les Etats européens. Le modèle théorique de la diplomatie vénitienne aux XVIIe et XVIIIe siècles est comparé avec son fonctionnement pratique dans le cadre de la politique de neutralité et du déclin économique de la République. La description du cas de Venise offre des preuves pour une relecture du rôle du diplomate face à la rapidité des changements sociaux et économiques et à la distance – typique de la culture politique et juridique vénitienne – entre la théorie juridique et la loi vivante.

Guillaume POISSON - Le rôle des secrétaires-interprètes de l’ambassadeur de France à Soleure dans la seconde moitié du XVIIe siècle (p. 137-154)

Cette contribution souhaite apporter quelques éléments de réponse à l’appel lancé par l’historien de la diplomatie Picavet en 1930 sur la méconnaissance des secrétairesinterprètes de France. A l’aide d’un corpus de sources administratives, financières et personnelles, cette étude permet de mieux connaître ce personnel encore trop souvent qualifié de « secondaire ». Occupant un nombre de personnes variable selon les ambassades, les secrétaires-interprètes proviennent de quelques familles bien installées avec de « louables qualités ». Cet article soulève également l’importante question du double état des interprètes : serviteurs du roi de France et sujets des cantons. Les différentes fonctions et l’ancrage local de ce personnel montrent clairement l’importance de ces « pratiqueurs » de la diplomatie pour la politique française auprès des cantons dans cette seconde moitié du XVIIe siècle.

Claire-Marie LOMENECH - Les ambassadeurs suisses à Paris en 1663. Usages protocolaires : entre tradition et politique (p. 155-162)

Louis XIV invite les ambassadeurs des cantons suisses à jurer le renouvellement d’alliance le 18 novembre 1663 à Paris. L’étude du protocole en vigueur lors de cette cérémonie permettra une meilleure compréhension du rôle des ambassadeurs du Corps helvétique dans une mise en scène savamment orchestrée.

Andreas BEHR - Les diplomates de la cour d’Espagne auprès des XIII cantons et des Grisons au XVIIe siècle (p. 163-180)

Au XVIIe siècle, six membres de la famille Casati faisaient office de représentant de la cour d’Espagne auprès du Corps helvétique et des Grisons. Cette monopolisation d’un poste d’ambassadeur par une seule famille est un phénomène exceptionnel dans la politique extérieure espagnole. L’analyse montre que c’était en premier lieu le vaste réseau dont disposaient les Casati dans les cantons confédérés, à Milan et à la cour de l’archiduc d’Autriche qui rendait ces patriciens milanais relativement indépendants et indispensables au service espagnol dans le territoire de la Suisse actuelle. Leur intégration à Lucerne, lieu de l’ambassade, a culminé en 1680 avec l’admission d’Alfonso au patriciat local.

Christopher STORRS - British Diplomacy in Switzerland (1689-1789) and Eighteenth Century Diplomatic Culture (p. 181-216)

This essay explores the men who represented England (Britain following the Union of England and Scotland in 1707) between 1689 and 1789. It looks at what they were expected to do, at their origins, and at their careers. Reflecting the relative lack of importance of Switzerland in British diplomacy in the eighteenth century, resident British missions there were infrequent. In addition, most British diplomats sent to Switzerland were of relatively inferior social status, and most were appointed at a very junior diplomatic rank. In conclusion, British diplomacy and diplomats in Switzerland do not easily fit into the “ diplomatic culture ” which some historians have identified as developing in the eighteenth century and which clearly applies to the more important Courts to which Britain sent representatives after 1689.

Fabrice BRANDLI - Le personnel diplomatique de la résidence de France à Genève : profil social et culture politique (1679-1798) (p. 217-244)

Entre 1679 et 1798, la résidence de France à Genève détient le monopole de la représentation diplomatique officielle auprès de la République. Les résidents, les secrétaires et les aumôniers occupent les échelons les plus modestes au sein du corps diplomatique français à l’étranger en même temps qu’ils participent, d’une manière plus ou moins prononcée, à la sociabilité éclairée des élites politiques genevoises. En reconstituant le parcours du personnel diplomatique français à Genève, il s’agit de mesurer la corrélation entre les stratégies d’ascension sociale d’agents secondaires et leur adhésion aux normes culturelles dominantes de la France des Lumières et de la Révolution. En admettant la diplomatie comme un ensemble de pratiques sociales de l’altérité, cette adhésion s’exprime notamment à travers l’interaction entre des cultures politiques différentes au sein de laquelle les agents diplomatiques produisent des représentations destinées à identifier leurs interlocuteurs – ici, les Genevois – sur un mode qui n’échappe pas au registre de la disqualification.

Christian WINDLER - En guise de conclusion : quelques jalons pour une nouvelle histoire des relations extérieures et de la diplomatie (p. 245-258)

Index des personnes (p. 259-270)

Index des lieux (p. 271-274)

Adresses des auteurs (p. 275-276)

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