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273 (2006/1-2) La circulation internationale des littératures - Edité par Jérôme Meizoz

Fruit d'un colloque international tenu à l'UNIL du 27 au 29 janvier 2005, «La circulation internationale des littératures» aborde un terrain décisif pour une compréhension de la dynamique des littératures: s'interroger sur la circulation des oeuvres d'un espace national vers d'autres permet d'élargir la vision trop cloisonnée que nous avons des traditions littéraires nationales constituées au XIXe siècle à partir d'historiographies patriotiques.Depuis la fameuse «loi des influences étrangères» formulée par Gustave Lanson en 1904 qui invitait à étudier l'importation des modèles littéraires, notamment par le biais des traductions, les échanges littéraires internationaux ont suscité de nombreux travaux importants (Pascale Casanova, Franco Moretti, Abram de Swaan, etc.). Dans une perspective interdisciplinaire, comparatistes, historiens, linguistes et sociologues se sont donc dotés d'instruments nouveaux pour penser ces échanges en termes de «transferts» non dépourvus de rapports de force symboliques, et pour décrire les conditions sociales de la circulation internationale des textes et des formes. Etudes sur Diderot, Lenz, Jane Austen, Ramuz, Johnson, Fortini, etc.

SOMMAIRE

Avant-propos de Jérôme MEIZOZ (p. 5-8)

Anne SAADA - Diderot dans la France et l'Allemagne des Lumières: logique des espaces et logique des échanges (p. 9-36)

Cet article se propose d'examiner la logique des échanges littéraires à partir d'une étude de cas: les réceptions de Diderot en France et en Allemagne au XVIIIe siècle, ainsi que les interférences qu'elles ont eu l'une sur l'autre. Comment les textes de Diderot ont-ils pu éveiller l'attention de part et d'autre du Rhin? L'une des réponses est que le fait d'attirer l'attention des lecteurs n'est pas une propriété exclusivement propre aux oeuvres de Diderot, mais que l'intérêt porté à l'auteur résulte de la rencontre entre ses textes et l'organisation des espaces intellectuels et institutionnels qui ont doté ses oeuvres de valeur: l'espace savant et l'espace du théâtre. Cet article tend ainsi à reconstruire concrètement les conditions de possibilité de l'échange littéraire: le rôle déterminant des médiateurs, les règles de fonctionnement de ces espaces de réception, les pratiques et intérêts propres à leurs représentants.

Heribert TOMMEK - À sa place. Essai de comparaison: les trajectoires de J.-J. Rousseau et de J. M. R. Lenz (p. 37-60)

Cet article compare les trajectoires de Rousseau et de Lenz sous l'angle de la genèse de l'écrivain «autonome» et professionnel à partir de quelques données structurelles: origine sociale, entrée dans le champ littéraire, reconnaissance, retraite, issue. Il aborde la manière de trouver sa juste «place» dans le champ et la société et met l'accent sur le rapport entre l'appréhension de la division du travail et la production des idées ou des «postures» universelles. Une différence marquante entre les écrivains en question concerne la construction symbolique de leur identité et de leur trajectoire: tandis que Rousseau s'est finalement créé dans son oeuvre une identité distinctive et une place à part, contrôlée par son pouvoir littéraire de donner sens à son existence sociale, Lenz s'éreinte dans un conflit avec l'héritage paternel. Si Rousseau s'est créé le statut nouveau et légitime de l'original littéraire critique dans la société moderne, l'oeuvre littéraire de Lenz reflète quant à elle plutôt l'échec social et littéraire du Sonderling.

Paul DIRKX - Éléments pour une sociologie de l'immigration littéraire. Les agents littéraires belges francophones en France (p. 61-80)

Après avoir montré pourquoi les immigrés littéraires belges francophones en France sont peu étudiés en tant que tels, cet article s'interroge sur les déterminants de leur migration. D'une part, ces écrivains, éditeurs, etc. seraient mus par un «désir» de France qui semble préexister le plus souvent à un «désir» de France spécifiquement littéraire. Cette seconde aspiration serait fondée non seulement sur une quête de légitimité, mais aussi sur une propension à échapper physiquement à la forte «antinomie» propre à l'espace littéraire belge francophone. Une troisième et dernière partie examine la question de savoir comment et dans quelle mesure cette migration est intervenue dans la production des oeuvres dues aux écrivains que compte cette population de quelque 190 agents.

Jérôme DAVID - Agents littéraires et foires internationales du livre: premiers jalons d'une recherche en cours (p. 81-98)

Cet article propose quelques pistes de recherche pour une histoire comparée des agents littéraires, et pour une sociologie des foires internationales du livre actuelles. Il défend l'usage croisé de ces deux perspectives, au motif que leur combinaison impose des variations d'échelle inédites, instructives aussi bien pour une sociologie de l'édition ou de l'évaluation littéraire, que pour une histoire renouvelée de la littérature.

Kristina SCHULZ - La volonté d'autonomie. Esquisse de l'état des champs littéraires en Suisse à l'époque nazie à travers les prises de position envers les écrivains exilés en Suisse (p. 99-112)

Dans l'histoire des relations intellectuelles européennes, la période de la Seconde Guerre Mondiale constitue un moment clé. Dès 1933, les mouvements de migration, conséquence des politiques répressives notamment national-socialistes et, en 1938/39, de la guerre, ont bouleversé la vie littéraire dans de nombreux pays d'Europe. Durant cette période cruciale, la Suisse voit l'arrivée (et le départ) d'écrivains reconnus allemands et français. Ces nouveaux arrivants ont-ils influencé le fonctionnement de l'espace littéraire suisse? Cet article esquisse une recherche en cours en déterminant dans un premier temps les conditions de la production littéraire des exilés arrivant en Suisse, et, dans un deuxième temps, en examinant la dynamique des processus de négociation entre les auteurs suisses et les écrivains et écrivaines exilés. L'exposé porte notamment sur la structure spécifique de l'espace littéraire suisse via les notions de «champ» et de «sous-champ».

Ioana POPA - Politique et poésie au service de la traduction: les «poètes-traducteurs» communistes (p. 113-150)

L'article analyse une filière spécifique de traducteurs ayant contribué à l'importation en France des littératures d'Europe de l'Est: les poètes français membres ou proches du Parti Communiste. La construction de la position de médiateur d'une littérature étrangère par ces traducteurs fait intervenir des ressources à la fois politiques et littéraires, tout en leur rapportant des bénéfices symboliques. L'article montre, en outre, comment les appartenances générationnelles variées de ces traducteurs, leurs positions poétiques diverses et les ressources linguistiques et culturelles associées à leurs positions sociales s'articulent avec des approches contrastées de la traduction. Ces approches sont, enfin, mises en rapport avec les politiques spécifiques de traduction des oeuvres littéraires menées par les Unions des Écrivains des différents pays communistes.

Lucia DRAGOMIR - Les échanges culturels de l'Union des Ecrivains de Roumanie dans les années 1960 (p. 151-168)

L'Union des Écrivains de Roumanie, créée selon le modèle soviétique à la suite d'un Décret du parti communiste après son avènement au pouvoir, a été la seule institution de la vie littéraire entre 1949 et 1989. Contrôlée donc par le pouvoir en place, elle a une marge d'autonomie faible pour ce qui est des initiatives concernant ses membres et leur profession. L'Union des Écrivains élargit la sphère de ses échanges culturels internationaux à partir des années 1960. Cependant, ces échanges sont tributaires dans une certaine mesure de l'influence politique. La marge d'autonomie de l'institution est très faible dans ce domaine, puisque le régime en place a un dispositif de contrôle très strict. Sont privilégiées par conséquent les relations culturelles avec les associations littéraires occidentales qui se situent dans des positions littéraires et idéologiques «progressistes» par rapport aux Unions des Écrivains des «pays-frères».

Valérie COSSY - Jane Austen en français: ou comment genre romanesque et rapports sociaux de sexe résistent ensemble à la traduction (p. 169-194)

À partir de divergences importantes observées entre les textes anglais et les premiers textes traduits des romans de Jane Austen, cet article propose de mettre à profit le concept de «communauté interprétative» développé par Stanley Fish pour comprendre les statuts très différents de l'oeuvre d'Austen dans le discours critique anglo-saxon et dans le discours critique français. Les premières traductions ont eu pour effet d'associer Austen à une production romanesque étiquetée «sentimentale» et «féminine», étiquettes particulièrement stigmatisantes en France au moment où le roman s'institue en genre littéraire noble. Cette réception initiale et les termes dans lesquels s'opère la consécration du roman réaliste au XIXe siècle constituent la communauté interprétative qui détermine jusqu'à nos jours les interprétations et les commentaires dont l'oeuvre d'Austen fait l'objet en français.

Cyrille FRANCOIS - Traduire une réécriture: quand Strändernas svall d'Eyvind Johnson devient Heureux Ulysse... (p. 195-218)

La traduction ne consiste pas en une simple transposition d'une langue dans une autre langue. Tout texte s'inscrit dans un interdiscours, propre à son champ littéraire, qui se manifeste dans sa textualité même. Traduire un texte, c'est passer d'un interdiscours à un autre: on change de langue, mais on change aussi le cadre de références du texte, les catégories génériques et les relations intertextuelles qui conditionnent sa production et sa réception. Strändernas svall comporte certains aspects qui ne conviennent pas aux lecteurs français, de sorte que le traducteur a dû adapter le roman au champ littéraire français. En tant que réécriture de l'Odyssée, le texte crée un dialogue entre l'épopée d'Homère et sa réception en Suède. Lorsque le texte est adapté au public français, le dialogue est déplacé vers la réception de l'épopée en France. Or le statut littéraire de l'Odyssée y est fort différent. En s'engageant dans un dialogue intertextuel propre au contexte d'énonciation français, le traducteur crée un texte singulier qui perd certains effets de sens du texte original, mais qui en gagne aussi de nouveaux.

Anne-Laure PELLA - De l'arménien à l'espéranto: Ramuz au fil du temps et des langues (p. 219-236)

Dès leurs premières publications, les oeuvres de l'écrivain romand Charles Ferdinand Ramuz ont fait l'objet de nombreuses traductions et continuent d'alimenter aujourd'hui le marché littéraire de plusieurs pays non francophones. On recense ainsi à l'heure actuelle plus de 300 traductions en quelque 31 langues. L'exposé se propose de retracer le parcours international de cette oeuvre en partant du plus récent foyer de traduction - l'Arménie - pour remonter à la toute première traduction d'un roman de Ramuz, effectuée en 1911 en espéranto. Le contraste entre ces deux langues - reterritorialisée pour l'arménien et déterritorialisée, par définition, pour l'espéranto - nous permet de questionner les lieux de la traduction dans l'oeuvre de Ramuz, en mettant à profit les outils développés par une géographie des littératures.

Bibiane FRÉCHÉ - La création des Biennales de poésie de Knokke en 1952 ou l'ascension tranquille du Journal des Poètes sur la scène littéraire internationale (p. 237-254)

Le parcours de l'équipe du Journal des Poètes, né en Belgique au début des années trente, apparaît comme particulièrement emblématique d'une stratégie d'émergence dans le champ littéraire français. Acquérant petit à petit tous les éléments nécessaires à son institutionnalisation, et se basant sur un large réseau international patiemment bâti, le groupe du Journal des Poètes tente de faire de la Belgique francophone le «centre» de la poésie. Mais ce centre, dont la pierre angulaire est la Biennale internationale de poésie de Knokke créée en 1952, transcende largement les frontières du champ littéraire français et enraie le processus de reconnaissance symbolique mis en place par le groupe.

Rosario GENNARO - Échanges internationaux et nationalisme littéraire. Écrivains italiens entre Rome et Paris (p. 255-276)

Cet article a pour objet deux trajectoires italo-françaises: celle de Giuseppe Ungaretti, premier poète italien de l'entre-deux-guerres et grand médiateur culturel entre la France et l'Italie, et celle de 900, célèbre revue des années vingt liée à l'avant-garde parisienne. Ungaretti et 900 poursuivent deux stratégies, une pour la France et une pour l'Italie. La recherche d'une légitimité nationale les amène, dans leur pays, à une valorisation de l'idée de patrie qui déborde la sphère strictement littéraire pour s'ancrer dans le rapport, hétéronome à certains égards, avec la politique. La collaboration avec les milieux parisiens les plus autonomes les incite par contre à faire abstraction du nationalisme, surtout lorsqu'il pourrait trahir une attitude hétéronome vis-à-vis du pouvoir.

Riccardo BONAVITA - Traduire pour créer une nouvelle position: la trajectoire de Franco Fortini, d'Éluard à Brecht (p. 277-292)

Franco Fortini, poète, essayiste et traducteur, est l'un des intellectuels qui ont le plus marqué la culture italienne de la deuxième moitié du XXe siècle. Son oeuvre est caractérisée par des options à contre-courant, notamment par l'effort permanent de concilier autonomie et engagement, un pari très difficile et risqué dans le champ littéraire italien. La traduction et l'internationalisation ont joué un rôle très important dans l'évolution de sa poétique, en contribuant de manière décisive à encourager et à légitimer ses choix. Ainsi, à la Libération, il s'appuie sur des modèles littéraires étrangers, comme la poésie française de la Résistance, et d'abord celle d'Éluard, pour tenter de créer une nouvelle position. À la fin des années 1950, le travail de traduction et d'interprétation qu'il consacre à un autre poète étranger, Bertolt Brecht, agit comme un catalyseur lui permettant de parvenir enfin à élaborer le nouveau langage poétique qui convient à son inspiration.

Thibault LACHAT - Auguste Viatte et les échanges culturels francophones: un intellectuel à la croisée des champs culturels français et francophones (p. 293-312)

Dans cet article, nous essayons de définir le regard que porte Auguste Viatte2 sur la francophonie, les échanges culturels ainsi que leur rôle dans une géopolitique coloniale et postcoloniale, et par là d'expliciter la place particulière que cet auteur occupe dans les champs culturels français et francophone. Pour ce faire, j'aborderai cette problématique à travers les différents écrits de Viatte (articles, livres, journaux personnels, rapports) d'un point de vue chronologique (des années 1930 aux années 1950) avec l'accent mis sur quatre dimensions: le rôle de la colonisation et des colonies dans les années 1930; l'utilité de la périphérie francophone pendant la Seconde Guerre mondiale; le développement d'une présence culturelle française solide en Haïti au sortir de la guerre; et le rôle de l'association Culture française dans le contexte des décolonisations.

COORDONNÉES DES AUTEURS (p. 313)

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